Protection des enfants en ligne, vers une communauté de pratique pour coordonner la riposte au Sénégal
mercredi 27 mai 2026
Réunis le 19 mai 2026 à Dakar, les principaux acteurs engagés dans la protection des enfants en ligne au Sénégal ont plaidé pour une réponse collective face à la montée des viloences numériques visant les mineurs. Organisé par Polaris Association avec l’appui stratégique et technique de UNICEF, cet atelier de concertation a surtout été marqué par la volonté de mettre en place une communauté de pratique multi-acteurs destinée à coordonner les initiatives autour de la sécurité numérique des enfants.
Dans un contexte marqué par l’augmentation rapide de l’accès des jeunes aux technologies numériques, les échanges ont mis en lumière des risques de plus en plus préoccupants : cyberharcèlement, exploitation sexuelle en ligne, exposition à des contenus inappropriés, manipulation informationnelle ou encore atteintes à la vie privée. Les organisateurs ont rappelé que les mécanismes de prévention et de signalement demeurent encore insuffisamment connus des communautés, alors même que les enfants sont de plus en plus exposés à ces dangers dans leur quotidien numérique.
Chargée de la protection de l’enfant à l’UNICEF Sénégal, Fabienne Landerer a souligné que cette problématique est devenue « un sujet assez important pour l’UNICEF ». S’appuyant sur une étude récemment conduite dans six régions du pays (Kolda, Sedhiou, Tambacounda, Ziguinchor, Kédougou et Dakar), elle a révélé que 60 % des enfants sénégalais se connectent à Internet au moins une fois par jour, tandis que 24 % y accèdent au minimum une fois par semaine. « Aujourd’hui, on parle vraiment d’une enfance sénégalaise connectée », a-t-elle insisté, estimant que le numérique impose désormais de nouvelles formes de protection adaptées aux réalités actuelles.
Selon elle, si Internet constitue un puissant levier d’apprentissage et de développement des compétences, il facilite également la migration des violences hors ligne vers l’espace numérique. Cyberharcèlement, sextorsion, atteintes à la santé mentale ou exploitation via les réseaux sociaux illustrent, d’après elle, « une multitude de violences » auxquelles les enfants sont désormais confrontés. Pour répondre à cette évolution rapide des usages, Mme Landerer a plaidé pour une action concertée entre institutions publiques, société civile et partenaires techniques afin de bâtir « une communauté qui va ensemble agir contre ce fléau ».
Les travaux se sont notamment appuyés sur les résultats d’une étude nationale réalisée par Bantare Impact Group pour le compte de l’UNICEF. Fondatrice et directrice exécutive du cabinet, Aïcha Awa Ba a révélé que 31 % des parents interrogés reconnaissent partager des données personnelles ou des images de leurs enfants sur Internet. Une réalité qui, selon elle, doit « alerter les décideurs » sur les enjeux liés au consentement et à la protection des données des mineurs. Elle a également attiré l’attention sur l’émergence de nouvelles menaces comme les réseaux pédocriminels, l’addiction aux paris sportifs, les plateformes de gaming ou encore les impacts du numérique sur la santé mentale des enfants.
Au-delà des constats, les participants ont insisté sur l’urgence d’une meilleure coordination entre les différents intervenants. Pour Ousseynou Gueye, directeur exécutif de Polaris Association, la protection des enfants en ligne ne peut être abordée comme « un sujet ponctuel », mais constitue désormais un enjeu structurant nécessitant agilité et collaboration permanente. Il a estimé que les mutations rapides de l’environnement numérique imposent une coopération étroite entre institutions publiques, société civile et partenaires techniques afin de développer des réponses adaptées à des pratiques numériques en constante évolution.
Présent à l’atelier, Thierno Ndiaye, chargé de communication de la cellule d’appui à la protection de l’enfance du ministère de la famille, de l’action sociale et de solidarité, a rappelé que l’État reste « le premier garant en matière de sécurité des enfants ». Il a détaillé les dispositifs juridiques et institutionnels déjà mis en place par les autorités sénégalaises, notamment les plateformes de signalement et les mécanismes portés par les ministères de la Famille, de la Justice et de l’Éducation nationale. Tout en reconnaissant les difficultés liées à l’accessibilité et à la vulgarisation de ces outils, il a salué la volonté des différents acteurs de créer un cadre de concertation capable « d’harmoniser les interventions » autour de cette problématique.
La mise en place d’une communauté de pratique a ainsi constitué l’un des principaux résultats de cette rencontre. Conseillère stratégique de Polaris Association, Sandrine a défendu la nécessité de mutualiser les compétences face à l’ampleur des défis numériques touchant les jeunes. « Si on reste chacun de notre côté, on n’impactera pas », a-t-elle déclaré, estimant que « l’union fait la force » face à l’explosion des plateformes numériques, des addictions et des nouvelles formes de violences en ligne. Elle a expliqué qu’une charte d’adhésion est actuellement en cours de finalisation afin de fédérer des organisations, des experts, des influenceurs, des médias mais aussi des citoyens engagés partageant les mêmes valeurs et la même volonté d’agir. Des tables rondes sectorielles devraient prochainement être organisées avec les médias, les influenceurs et les institutions publiques afin de renforcer cette dynamique collective. « La société civile ne pallie pas l’État, la société civile renforce l’État », a-t-elle insisté, soulignant la collaboration déjà engagée avec la Cellule d’appui à la protection de l’enfance (CAP).
(Source : SenePlus, 27 mai 2026)
OSIRIS