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Pourquoi il faut accélérer l’examen du dossier d’agrément de Starlink au Cameroun

dimanche 23 février 2025

Régulation des télécoms

J’ai écouté le vice-président américain James David Vance le 11 février 2025 au Grand Palais à Paris lors du Sommet pour l’action sur l’IA. Ses propos ont suscité en moi une réflexion sur la situation de l’entreprise américaine SpaceX qui déploie sa solution d’Internet par satellite Starlink dans de nombreux pays africains, dont le Cameroun. Oui, je ne me suis pas empêché de penser au Cameroun. À Paris, JD Vance a défendu une vision libérale et optimiste de l’intelligence artificielle (IA).

Mais surtout, après avoir vanté les avancées technologiques américaines en matière d’IA, il a vivement critiqué les réglementations excessives imposées par certains gouvernements aux sociétés américaines, affirmant que les États-Unis ne peuvent plus accepter cela.

« Nous sommes troublés par le fait que certains gouvernements envisagent de serrer les vis sur des sociétés américaines dans leur pays. Les États-Unis ne peuvent pas accepter cela. C’est mauvais pour les États-Unis, mais pour vos pays également », a-t-il déclaré.

« Beaucoup de nos sociétés font face à des réglementations énormes, comme la police de la mésinformation et de la désinformation. Pour les plus petites entreprises, ces règles sont difficiles à gérer, avec des coûts élevés, des amendes et parfois même des blocages d’utilisateurs », a expliqué le colistier de Donald Trump à la récente élection présidentielle américaine.

S’il s’adressait davantage aux pays européens, le discours du vice-président américain s’adresse également aux pays africains. Notamment à ceux qui compliquent la tâche aux entreprises américaines actives en Afrique. Parmi ces entreprises américaines actives en Afrique, Starlink d’Elon Musk, fervent soutien de Donald Trump qu’on ne présente plus. De nombreux pays africains comme le Cameroun, la Côte d’Ivoire, la RD Congo et la Guinée ont demandé à SpaceX d’arrêter le déploiement de Starlink.

Tout récemment encore, Starlink, qui avait dans son chronogramme prévu un déploiement au Cameroun en 2025, a repoussé ce déploiement en 2026. Ce qui laisse entendre qu’il y a des freins dans l’examen du dossier de Starlink.

Réexaminer les interdictions et blocages de Starlink

Considérant l’arrivée de Donald Trump et de son allié Elon Musk à la Maison-Blanche, considérant le rôle primordial qu’occupe désormais Elon Musk, le patron de Starlink, dans l’administration Trump (chef du Département de l’efficacité gouvernementale, DOGE) et vu le discours engagé de JD Vance, je pense que c’est le moment pour ces pays africains de réexaminer leur position sur Starlink. Et d’accélérer le traitement du dossier de la société d’Elon Musk et de bien d’autres. Surtout dans ce contexte où les États-Unis ont mis fin à tout leur programme d’aide et de soutien en faveur de nombreux pays, y compris en Afrique.

Au regard de la stratégie offensive de l’administration Trump dans la gestion et la protection des intérêts américains sur la scène internationale, il n’est pas conseillé de mettre des freins dans le déploiement des entreprises américaines. Et plus encore d’une entreprise appartenant à Elon Musk. Ses « DOGE Kids » sont certainement en mode veille et préparent la riposte à réserver aux gouvernements qui entravent le fonctionnement de leurs entreprises et, par ricochet, de leurs intérêts.

Contre les censures de l’Internet

Le discours du vice-président américain traduit sans doute ce qui se prépare au cœur de l’administration Trump. Plus encore, c’est un message aux gouvernements africains qui bloquent l’Internet en période de crise ou d’élection. Cela dit, Vance a mis en garde contre l’utilisation de l’IA à des fins de censure ou de contrôle des opinions.

Pour l’Afrique, cela signifie que les gouvernements africains doivent éviter d’utiliser l’IA pour surveiller ou réprimer les opinions dissidentes et que des lois doivent être adoptées pour garantir que les outils d’IA utilisés par les gouvernements (comme la reconnaissance faciale) respectent les droits fondamentaux des citoyens.

En Afrique du Sud, par exemple, des débats sont en cours pour encadrer l’utilisation de la reconnaissance faciale par les forces de l’ordre, afin d’éviter les abus.

Vance a insisté sur l’importance de créer un environnement réglementaire qui encourage l’innovation plutôt que de l’étouffer. Les gouvernements africains doivent trouver un équilibre entre la protection des citoyens (notamment en matière de données personnelles) et la création d’un cadre favorable à l’innovation. Comme aux États-Unis, les pays africains pourraient mettre en place des « zones d’innovation » ou des « sandbox réglementaires » pour permettre aux startups et aux entreprises de tester des solutions d’IA sans craindre des sanctions immédiates.

Une « sandbox réglementaire » est par exemple en cours d’implémentation au Cameroun. Au Rwanda, par contre, le gouvernement a déjà mis en place des politiques favorables aux technologies émergentes, comme les drones, en créant un cadre réglementaire flexible qui a attiré des investissements et des partenariats internationaux. Ce qui n’est pas encore le cas au Cameroun, où certains ont récemment passé quelques jours en cellule pour utilisation ou promotion de l’utilisation des drones.

Aussi, c’est aussi un moyen de demander aux pays africains d’encadrer avec plus d’attention les activités des multinationales, sans tomber dans une régulation excessive. Nos pays africains pourraient exiger des entreprises étrangères qu’elles respectent les lois locales, contribuent à l’économie locale (par exemple, via des taxes ou des transferts de compétences) et protègent les données des utilisateurs africains. Cela, sans pour autant mettre un frein aux activités des entreprises américaines. Ce qui implique déjà les États à mettre en place des lois sur les données personnelles. Comme le Nigeria, le Kenya ou encore tout récemment le Cameroun.

Enfin, pour une meilleure collaboration internationale, il est crucial pour les pays africains de s’impliquer activement dans les forums internationaux sur l’IA afin de défendre leurs intérêts, de partager leurs expériences et d’apprendre des autres.

Au Sommet pour l’action sur l’IA à Paris, par exemple, on comptait en effet sur les doigts les pays africains officiellement représentés. Vivement qu’il y ait une présence et une implication plus fortes des pays africains dans ces forums internationaux sur le développement, l’avenir et la régulation de l’IA et du numérique et que les pays africains comprennent et décryptent mieux le message de Vance.

Beaugas Orain DJOYUM, directeur de publication de Digital Business Africa et DG d’ICT Media STRATEGIES.

(Source : Digital Business Africa, 23 février 2025)

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