Pour une politique d’adoption numérique à la hauteur de la politique d’infrastructure
lundi 20 avril 2026
Le Sénégal vient de mettre en ligne ses premiers services administratifs dématérialisés : casier judiciaire, certificat de nationalité, attestation de non-appartenance à la fonction publique, le tout accessible depuis un portail unique. Le New Deal technologique entre dans le concret, et c’est une bonne nouvelle sur le papier.
Sauf que 7,5 millions de Sénégalais n’utilisent pas internet.
Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le rapport Digital 2026 de DataReportal, publié sur la base des données d’octobre 2025. Le taux de pénétration internet au Sénégal est de 60,6 %, un chiffre qui n’a pas bougé d’un seul point en douze mois. Quatre habitants sur dix n’ont aucun contact avec le web, ni navigateur, ni messagerie, ni service en ligne.
On entend souvent que le problème viendrait de la couverture réseau, que des localités entières resteraient dans l’ombre et que le signal ne passerait pas. Les chiffres racontent une tout autre histoire. Le pays totalise 23,3 millions de connexions mobiles pour 19 millions d’habitants, dont 91,3 % en haut débit 3G, 4G ou 5G, et le débit fixe médian a progressé de 6,3 % en un an. Le réseau couvre large, monte en puissance chaque trimestre, et n’a franchement plus grand-chose à prouver.
Alors où est le trou ?
Il se situe entre le réseau et le citoyen, entre la carte SIM et la capacité à s’en servir pour autre chose qu’un appel vocal ou un transfert d’argent. À peine 28,5 % de la population est active sur un réseau social, Facebook touche 3,6 millions de personnes dans un pays de 19 millions, et sur X on dénombre 263 000 comptes.
Dématérialiser un casier judiciaire est une avancée nécessaire, mais dans un pays où quatre personnes sur dix n’utilisent pas internet, l’avancée reste invisible pour ceux qui en ont le plus besoin, pas parce que la porte est fermée, mais parce que personne ne leur a montré qu’elle existait.
Ce qui manque au Sénégal, ce n’est pas un satellite de plus ou une antenne supplémentaire, c’est une politique d’adoption numérique à la hauteur de la politique d’infrastructure : des interfaces en wolof, en pulaar, en sérère, des relais humains dans les points d’accès communautaires, de la formation de masse dans les régions et pas uniquement des pilotes à Dakar.
Sans cette couche-là, la transformation digitale de l’État ne manquera pas son objectif, elle l’atteindra à moitié : elle servira d’abord ceux qui savaient déjà se débrouiller sans elle.
Mansour Ndao
(Sources : LinkedIn, 20 avril 2026)
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