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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2011 > Août > Pour une pénétration « humaine » de la téléphonie mobile en Afrique

Pour une pénétration « humaine » de la téléphonie mobile en Afrique

lundi 8 août 2011

Téléphonie

Entretien avec Dr Anasser Ag Rhissa, expert en TIC et télécoms et président de l’ONG Tilwat Training and Research, basée à Evry, en France. Le Dr Anasser intervient dans le domaine du développement international par l’apport des TIC.

Si en Europe, le taux de pénétration du téléphone mobile avoisine les 100%, d’après l’Union internationale des télécommunications (UIT), ce taux n’est que de 40% en moyenne en Afrique.

Réseau Télécom Network : Peut-on parler de l’explosion de la téléphonie mobile en Afrique de l’Ouest ? Si oui, pourquoi ?

Dr Anasser Ag Rhissa : Non, il y a une bonne pénétration du téléphone mobile en Afrique de l’Ouest, mais pas une explosion. Si en Europe le taux de pénétration du téléphone mobile avoisine les 100%, d’après l’Union internationale des télécommunications (UIT), ce taux n’est que de 40% en moyenne en Afrique. Selon une étude de Wireless Intelligence, fin 2010 le nombre d’abonnés en téléphonie mobile en Afrique a connu une progression de plus de 20% par rapport à 2009. La progression n’est que de 1% en Europe sur la même période.

Au Niger, l’Institut de la statistique estimait, en 2009, un taux de pénétration du téléphone mobile de 28%, contre 4,6% en 2005. En Egypte, un tel taux a atteint, en 2009, une augmentation d’environ 34% par rapport à 2008, selon l’autorité nationale de régulation. Ce qui constitue, comme le disent plusieurs spécialistes, une bonne pénétration. Certains parlent même de révolution de la téléphonie mobile en Afrique, en particulier en Afrique de l’Ouest. Cette pénétration, quoique bonne, est ralentie par les frais fiscaux des équipements et des services mobiles, considérés comme des produits de luxe. Selon une étude du cabinet Frontier Economics pour l’association GSM des opérateurs mobiles au niveau international, les recettes fiscales, entre 2000 et 2012, induites par la téléphonie mobile seront de 71 milliards de dollars en Afrique subsaharienne pour un investissement estimé entre 85 et 98 milliards de dollars.

RTN : L’Afrique de l’Ouest accuse un retard dans le développement de l’internet haut débit. Quelles sont les causes de ce retard ?

Dr AAR : Selon le rapport African Broadband Markets, publié par Balancing Act, au moins vingt, sur cent opérateurs historiques de télécommunications fixes, ont déployé de l’ADSL jusqu’en septembre 2005. Le retard dans le développement de l’internet haut débit est lié au retard dans l’installation des infrastructures télécoms haut débit, type ADSL, et à l’insuffisance de leur ouverture à la concurrence, mais aussi au fait que les infrastructures sans fil (WiFi, WiMax, Fixed Wireless Access, CDMA 2000...) n’ont pas une pénétration conséquente en Afrique de l’Ouest. Elles n’ont pas une pénétration conséquente parfois à cause du régime des licences en place, dans chaque pays, pour les fréquences permettant d’accéder aux services (exemple 3,5 GHz pour l’accès aux services FWA (Fixed Wireless Access), 2,4/5 GHz pour le WiFi dont la licence est gratuite pour le monde scientifique, industriel et médical...).

L’insuffisance de l’ouverture des infrastructures télécoms haut débit à la concurrence est réelle, en particulier pour l’ouverture de la boucle locale (reliant les utilisateurs au central téléphonique) à la concurrence à travers, par exemple, le dégroupage des connexions de la boucle locale appartenant à l’opérateur télécom historique, ou la revente et la location de l’ADSL. Au Niger, par exemple, il serait intéressant que le dégroupage total devienne une réalité pour que plusieurs fournisseurs d’accès Internet proposant du haut débit s’installent. Il serait judicieux que l’ARM, l’opérateur historique, Sonitel, et le Ministère de la communication et des nouvelles technologies favorisent cette concurrence pour combler le retard et induire, ainsi, une baisse des tarifs des connexions à haut débit.

De même, en téléphonie mobile, le haut débit via l’offre UMTS tarde à venir. Il faut, par contre, noter une grande pénétration des connexions GPRS et 3G pour support d’Internet moyen débit. L’internet moyen débit, voire haut débit, via une connexion satellite étant chère, seuls quelques rares clients l’utilisent et, en plus, il peut se poser, suivant les pays, des limitations liées à la réglementation pour l’accès aux services bidirectionnels de la bande de fréquences Ku des liaisons VSAT. Au Niger, l’opérateur Sonitel peut mettre à disposition d’un client qui en fait la demande des liaisons haut débit, type ADSL ; de même, via WiMax, des clients peuvent se connecter en haut débit, chez Orange ou IXCOM. Concernant l’accès à des liaisons satellites, le haut débit sans fil permet une réception jusqu’à deux mégabits par seconde (MBPS) pour une émission à 512 KBPS (Kilobits par seconde).

RTN : Quelles sont les solutions pour combler le retard ?

Dr AAR : Les solutions pour combler ce retard sont de trois ordres. Premièrement, avoir une stratégie d’accès universel comme celle proposée par l’UIT, un programme d’accès pour tous à l’internet, en commençant par l’éducation, et que les opérateurs télécoms investissent dans la modernisation de leurs infrastructures télécom et leur ouverture au haut débit et au multimédia (ADSL, NGN...).

Deuxièmement, attirer les opérateurs de service et les fournisseurs d’accès Internet proposant du haut débit en organisant l’ouverture à la concurrence, en dégroupant les connexions de la boucle locale, en rendant les licences moins chères et en diminuant les taxes et les frais fiscaux des équipements et services mobiles.

Troisièmement, créer, avec l’aide de l’Etat, des partenaires au développement et des ONG, des points de regroupement communautaires (exemple des télécentres communautaires) pour l’accès à Internet. Le régulateur et l’Etat doivent prendre cet aspect au sérieux afin d’attirer des opérateurs de service et plus de clients, pour favoriser ainsi la croissance dans le domaine et contribuer à combler le retard. Un effort doit être fait, sous le contrôle du régulateur, sur l’interconnexion des réseaux d’opérateurs afin que les prix des communications et des abonnements Internet diminuent.

RTN : Quel est votre message aux entreprises de téléphonie mobile en matière de responsabilité sociétale ?

Dr AAR : Aider pour une pénétration « humaine » de la téléphonie mobile en Afrique : 1) en important des téléphones avec un DAS réduit (débit d’absorption spécifique, quantité d’énergie radio fréquence absorbée par le corps humain du porteur du téléphone, varie de 0,12 W/Kg à 1,69 W/kg), exposé au moment de la vente et indiqué dans la documentation commerciale, 2) renforcer les capacités des acteurs pour une meilleure consommation de l’offre de téléphonie mobile, et 3) protéger l’environnement par une vraie politique éco-responsable.

Une telle politique, éco-responsable, doit conseiller l’utilisation de composants générant une faible quantité de gaz à effet de serre, et doit pousser au recyclage des portables et équipements détériorés. Actuellement, aucun effort coordonné n’est fait dans ce sens. Il serait intéressant de prendre le problème à la base en construisant des portables et des équipements suivant le procédé d’éco-conception, c’est-à-dire construire des produits plus favorables à l’environnement et réfléchir à leur recyclage avant même la conception des produits.

Propos recueillis par Souleymane Maâzou

(Source : Réseau Télécom Network, 8 août 2011)

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