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Accueil > Batik > Archives des éditoriaux > Année 2009 > Pour une défense conséquente des intérêts des consommateurs

Pour une défense conséquente des intérêts des consommateurs

samedi 28 février 2009

Le 6 février 2009, l’Association des consommateurs du Sénégal (ASCOSEN) et l’Union nationale des consommateurs du Sénégal (UNCS) se sont lancées dans un pari difficile en appelant les Sénégalais et les Sénégalaises à boycotter les services de télécommunications, notamment en éteignant leurs téléphones portables, afin de protester contre l’instauration de la Redevance d’utilisation des télécommunications (RUTEL). Si ces deux associations se sont empressées de crier victoire en parlant d’ « un mouvement très largement suivi », la plupart des observateurs se sont montré beaucoup plus réservés quant à l’impact de ce mouvement que seuls les opérateurs ont été véritablement en position d’évaluer de manière indiscutable. A la décharge du mouvement consumériste sénégalais, Il faut dire que le boycott est une forme de protestation plutôt difficile à mettre en œuvre puisqu’elle fait appel à la mobilisation de personnes que rien ne lie a priori en dehors du simple fait de consommer les mêmes produits ou services ou de partager les mêmes idéaux. Elle exige donc un niveau élevé de conscience, un fort degré de conviction et un engagement sans faille chez ceux qui doivent mettre en œuvre le boycott puisqu’il n’existe pas vraiment de liens de solidarité objectifs qui les unissent comme il peut en exister par exemple entre les membres d’un même syndicat. Dans un pays comme le Sénégal, où l’opinion publique est loin de constituer un élément déterminant de la vie politique, économique, culturelle et sociale et où cette forme de mobilisation est peu connue du grand public, il était donc particulièrement risqué d’appeler à un boycott. De plus, il faut bien voir que dans un contexte de grave crise économique et sociale, marqué depuis des mois par des hausses importantes des prix du carburant, de l’électricité, du gaz, des transports en commun et des principaux produits de première nécessité (riz, huile, pain, sucre, etc.) ainsi que des pénuries en tous genres, l’instauration d’une taxe de « seulement » 2% sur l’ensemble des services de télécommunications est passée quasiment inaperçue. Pire, entre le moment où la décision de déclencher ce boycott a été prise et le jour où elle devait être appliquée, il ne s’est guère écoulé que trois jours ce qui était tout à fait insuffisant pour mener une campagne d’information et de sensibilisation efficace dans le pays, via les médias comme à travers d’autres moyens de sensibilisation (meeting, affiches, SMS, etc.). Par ailleurs, il faut bien reconnaître que le mouvement consumériste sénégalais, qui se caractérise notamment par sa grande atomisation avec plus d’une demi-douzaine d’associations (ASCOSEN, UNCS, SOS consommateurs, ADETEELS, ASDEC, ADEC, LCS, etc.), compte peu de militants dans ses rangs et possède de ce fait une faible capacité de mobilisation sur le terrain. Enfin, au-delà de ces éléments d’explication, on ne peut manquer de s’interroger sur la pertinence d’une journée sans téléphone lorsque l’on sait que 99,28% des 5 400 000 abonnés à la téléphonie mobile le sont avec des formules pré-payées avec pour conséquence que la non utilisation de leur crédit ne pénalise en rien les opérateurs, bien au contraire, puisque ces derniers ont d’ores et déjà empoché le prix de la recharge qu’elle soit utilisée ou pas ! Cela étant, il n’en reste pas moins qu’avec le développement important de la téléphonie mobile et l’exacerbation de la concurrence qui en découle avec pour conséquence la multiplication d’offres, plus ou moins transparentes, il devient de plus en plus nécessaire que la défense des intérêts des consommateurs soit prise en charge de manière conséquente. Certes, il aurait été préférable que ces questions soient sous un angle politique mais il faut bien constater que de 1996, date à laquelle le code des télécommunications avaient été modifié pour permettre la privatisation de la Sonatel, à nos jours, les partis politique sénégalais se sont signalés par leur peu d’intérêt pour les questions relevant du développement de la société de l’information.

Amadou Top
Président d’OSIRIS

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