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Pour l’inclusion financière, « que les télécoms entrent dans le GIM-UEMOA »

lundi 9 mars 2020

Portrait/Entretien

Dans l’espace CEDEAO, le mouvement vers l’inclusion financière est opéré par les Etats, les institutions financières formelles et les télécoms. Trois entités dont les intérêts, divergents dans bien des cas, ne favorisent pas la mise en place d’un écosystème à la fois robuste et interconnecté. Interrogé par CIO Mag à l’occasion du Forum Inclusif d’Abidjan, Georges Kouassi Kouakou, expert en banque digitale, directeur général de Leader Conseils, explique les causes de cette situation.

CIO Mag : Quel est le point d’achoppement entre Etats, banques et télécoms dans la marche vers l’inclusion financière par le numérique ?

Georges K. Kouakou : Je ne dirai pas qu’il y a un point d’achoppement, mais nous sommes à la croisée des chemins. Ce qu’il faudrait, c’est que le régulateur continue d’inviter à la table de négociations tous les acteurs. Parce qu’il s’agit de permettre à tous les habitants de notre espace Cedeao de pouvoir accéder aux services financiers. Pour cela, il faut la conjugaison des efforts des différents acteurs.

Il est vrai que les intérêts sont quelque peu divergents : le régulateur, c’est l’ensemble des Etats qui souhaiterait que tout le monde puisse accéder aux services à moindre coût. Les télécoms font des investissements qu’ils souhaitent rentabiliser, et tout de suite. C’est donc un ensemble d’intérêts qu’il faut faire converger pour avoir des services efficaces et moins chers. Voici le but du jeu, et c’est seulement à la table de négociations qu’on peut trouver des solutions idoines pour toutes les parties.

L’une des raisons que vous avez évoquées est liée à cette somme d’argent disponible sur les comptes mobile money ?

Disons que la société qui veut émettre de la monnaie électronique trouve d’abord un partenaire bancaire chez qui elle doit pouvoir déposer ses fonds. La banque, du fait de sa qualité d’établissement financier dispose de l’agrément d’émetteur de monnaie électronique. En ce qui concerne le déposit qui est mis dans la banque, il va avoir une création de monnaie correspondante qui va être distribuée sur les comptes des différents souscripteurs à une plateforme donnée. Mais il est clair que ces fonds-là ne sont pas totalement utilisés. Ils constituent donc un enjeu stratégique parce qu’ils sont à la disposition des tiers.

Selon vous, en Côte d’Ivoire, ces fonds étaient estimés à 300 milliards de FCFA en 2017 ?

Ça, c’était pour un seul opérateur. L’épargne existe. Elle est énorme. Il s’agit maintenant de trouver des solutions qui intéressent la population pour qu’elle puisse épargner davantage. Les gens gardent de l’argent sur leurs comptes mobile money pour des raisons quelconques. Il est clair que, n’ayant pas de compte dans une banque classique, ils ne peuvent y épargner. Et le taux de bancarisation en Côte d’Ivoire est de 26%.

En d’autres termes, il y a une marge importante de la population qui n’épargne pas dans une banque mais qui garde ses revenus sur elle. C’est pourquoi je disais d’entrée de jeu que les Etats doivent conjuguer leurs efforts pour pouvoir adresser ces populations avec des solutions idoines, pas trop chères, disponibles sur l’ensemble du territoire pour que tout le monde puisse participer à l’inclusion financière.

Dans certains pays, la banque centrale, les télécoms et le régulateur ont travaillé à la création d’une plateforme nationale de paiement électronique, avant de délivrer des agréments d’émetteurs de monnaie électronique. C’est pratiquement l’inverse dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. N’a-t-on pas mis la charrue avant les bœufs ?

Non, nous n’avons pas mis la charrue avant les bœufs, bien au contraire. Je pense que notre régulateur, qui est la Bceao, a été avant-gardiste. Parce que depuis 2005-2006, il avait déjà intégré la notion d’émetteur de monnaie électronique, qui peut ne pas être une banque ni une structure de microfinance mais un privé qui décide de créer de la monnaie par le truchement d’une banque. Une structure sollicite donc auprès de la Bceao, et avec son partenaire bancaire, un agrément pour pouvoir émettre la monnaie électronique.

Le régulateur bancaire a donc fait ce qu’il fallait ?

Oui, et il a également mis en place le GIM-Uemoa. Une plateforme assez formidable à mon sens qui interconnecte aujourd’hui plus de 126 banques.

Mais alors, qu’est-ce qui coince dans la mise en place d’un écosystème robuste ?

Il reste maintenant aux opérateurs télécoms à venir sur cette plateforme pour qu’on ait un véritable écosystème qui adresse l’ensemble des populations. En ce moment-là, on aura fait un bond énorme.

Dans certains pays on parle de switch national. Avec le GIM-Uemoa, nous avons l’avantage d’avoir est un switch régional. Il faut donc que toutes les énergies, notamment les opérateurs, entrent dans le GIM pour lui permettre d’éclore.

Qu’en est-il de l’éducation financière des populations ?

Il revient à l’Etat de faire de l’éducation financière, à travers ses démembrements. Chacun doit jouer son rôle. Les banques, les opérateurs télécoms et les autres émetteurs de monnaie électronique sont des entités privées. Vous n’allez pas leur demander de faire de la sensibilisation. Elles vont estimer que c’est une action qui n’est pas rentable tout de suite. Ou alors l’Etat crée des fonds. Par exemple, une côte part peut être dégagée sur les taxes qui sont prélevées sur les opérations de transfert d’argent par téléphonie mobile pour promouvoir l’éducation financière dans nos espaces.

La question centrale ici, c’est donc qui finance ?

Exactement, on ne va pas encore demander aux bailleurs de fonds d’investir dans l’éducation financière de nos populations. Il revient à nos Etats de le faire. Et un des axes consiste à prélever une côte part sur les taxes qui sont collectées, afin de mener de véritables campagnes dans les hameaux, les coins les plus reculés de nos Etats pour que tout le monde soit sensibilisé et est envie d’ouvrir un compte mobile money.

Propos recueillis par Anselme Akéko

(Source : CIO Mag, 9 mars 2020)

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