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Piratage numérique, crypto et cocaïne : SUNU prise dans la toile d’un réseau international d’escrocs connectés

mardi 24 juin 2025

Cybersécurité/Cybercriminalité

La BICIS, fraîchement passée sous le giron du groupe Sunu, pensait ouvrir une nouvelle ère digitale avec le lancement de son application « My Sunu Corporation ». Mais la phase de migration depuis l’ancien système Connexis, entamée le 7 avril 2025, a tourné au cauchemar cybernétique : des pirates informatiques se sont infiltrés dans les rouages du système, subtilisant au moins 211 millions de FCFA depuis les comptes de clients de renom — pharmacies, cabinets de notaires, entreprises diverses…

L’information, révélée par le journal Libération, a provoqué un véritable séisme dans le secteur bancaire. Face à l’ampleur des faits, le parquet financier a immédiatement demandé l’ouverture d’une information judiciaire confiée au juge du troisième cabinet financier.

Des cibles bien choisies, un scénario bien huilé

Derrière ce casse numérique digne d’un thriller, on retrouve Khadim Khouma, gérant de la société Bamba Global Industrie Suarl, active dans la vente d’unités Wave et de monnaie électronique, et son agent de recouvrement, Modou Diom. Les deux hommes ont été arrêtés par la Section de recherches (SR) de Dakar.

L’enquête montre une mécanique bien rôdée : des fonds frauduleusement débités sur des comptes de la BICIS ont été redirigés vers des comptes de prête-noms, avant d’être convertis en cryptomonnaie (USDT). À l’origine de cette opération : Sunday Akamibé, un ressortissant nigérian aujourd’hui en fuite, présenté comme le cerveau du réseau.

Des virements en chaîne… jusqu’à 300 000 FCFA de commission par opération

Lors de son audition, Modou Diom a expliqué avoir reçu des instructions de Sunday Akamibé pour obtenir des numéros de comptes à utiliser comme points de chute. Il avoue avoir fourni celui de D. Gaye, qui s’est présenté spontanément aux enquêteurs, ainsi que deux comptes appartenant à son employeur Khadim Khouma.

À chaque transaction réussie, Modou Diom recevait 300 000 FCFA. En contrepartie, il devait convertir les fonds en USDT et les transférer sur des comptes désignés. Il jure cependant que Khadim Khouma ignorait l’origine illégale de ces virements.

L’argument de l’ignorance ne convainc pas

Interpellé à son domicile, Khadim Khouma a affirmé avoir cru à une opération classique de change. Il reconnaît avoir reçu deux virements totalisant 35 millions de FCFA, convertis en cryptomonnaie sur demande de son agent. Il nie connaître Sunday Akamibé et affirme n’avoir jamais soupçonné une origine frauduleuse.

Mais selon Libération, les enquêteurs ont établi que Khadim Khouma ne disposait d’aucun agrément légal pour exercer ce type d’activité. Un détail lourd de conséquences en matière d’évasion fiscale et de blanchiment.

Drogue, blanchiment et traque numérique

La perquisition dans le bureau de Sunday Akamibé a permis de découvrir 10,684 millions de FCFA en liquide et, surprise, 36 boulettes de cocaïne, faisant basculer l’affaire dans une autre dimension : cybercriminalité, blanchiment de capitaux et trafic international de drogue.

En tout, 11 autres bénéficiaires de virements frauduleux sont activement recherchés. Certains seraient commerçants ou gérants de points de transfert d’argent.

Une tempête judiciaire en préparation

Le parquet a dressé un tableau judiciaire accablant : association de malfaiteurs, complicité de vol par introduction frauduleuse dans un système informatique, recel, violation de la réglementation sur les changes, détention de drogue, trafic international et blanchiment de capitaux. Autant de chefs d’accusation qui pourraient faire basculer les prévenus dans une longue procédure pénale.

En attendant, Khadim Khouma et Modou Diom seront édifiés sur leur sort dans la journée. Pendant ce temps, la traque de Sunday Akamibé continue, tout comme les investigations sur la faille informatique exploitée pendant la migration de la BICIS.

(Source : Dakar Actu, 24 juin 2025)

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