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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2019 > Mai 2019 > Ousmane Thiongane : « Comprendre les enjeux de « L’appel de Christchurch »

Ousmane Thiongane : « Comprendre les enjeux de « L’appel de Christchurch »

jeudi 16 mai 2019

Cybersécurité/Cybercriminalité

« Pour un internet libre, ouvert et sûr : Comprendre les enjeux de « L’appel de Christchurch ». Tel est le titre d’une contribution de M. Ousmane Thiongane, Juriste, expert en humanités numériques et Conseiller Spécial du Président de la République, parvenue ce jeudi à IGFM.

« Deux mois après le massacre violent de musulmans en Nouvelle-Zélande et la diffusion en direct de ces actes barbares sur Facebook Live, les Etats et Géants du net sonnent la mobilisation en lançant ce mercredi, à Paris « l’appel de Christchurch ». Ce document prône un internet libre, ouvert mais aussi plus sûr tout en incitant les fournisseurs d’accès à une politique plus musclée contre le terrorisme et l’extrémisme violent en ligne.

Les enjeux d’un engagement commun pour limiter les contenus violents en ligne

Le silence des géants du web et des réseaux sociaux Facebook et Twitter notamment sur leur utilisation par les groupes violents et mouvements djihadistes pour recruter, diffuser leur propagande et semer la terreur est dénoncée avec véhémence depuis quelques temps.

Même s’ils se défendent en disant être victimes de leur propre succès, Twitter par exemple reconnaît avoir suspendu depuis mi-2015 plus de 360 000 comptes faisant la promotion du terrorisme, et observé une diminution de l’usage de sa plateforme par les djihadistes.

Dans un rapport intitulé « The Islamic State », Richard Barrett, ancien chef du contre-terrorisme au MI5 (renseignements britanniques), sonnait l’alerte déjà, expliquant que certains groupes terroriste ont pu « profiter le maximum de la nature libre et décentralisée des réseaux ». Ce qui permet à chacun de « créer et d’animer son propre ministère de l’information, diffusant la propagande officielle tout en créant et diffusant leurs propres messages ».

De même, il est reproché aux médias sociaux de n’avoir pas mis en oeuvre la parade nécessaire et efficace contre la stratégie médiatique de certains groupes terroristes consistant à externaliser la propagande avec une armée de rédacteurs, de blogueurs et de chercheurs qui surveillent en permanence internet.

En somme, les contenus extrémistes et violents trouvent sur la toile un terreau fertile constituant une menace réelle à la paix et à la sécurité internationale.

C’est pourquoi il était nécessaire d’avoir une Coalition internationale entre les Etats, Communautés et sociétés de technologie pour une mobilisation tout azimut contre ce fléau.

Les recommandations contenues dans le texte

L’appel est constitué d’une dizaine de recommandations à l’égard des gouvernements et des multinationales du net.

Les gouvernements s’engagent à agir sur le fond en luttant « contre les facteurs de terrorisme, en renforçant la résilience et l’inclusion de nos sociétés ».

Le texte propose aussi « d’encourager les médias à appliquer des normes éthiques lorsqu’ils décrivent en ligne des événements terroristes, pour éviter d’augmenter la portée des contenus terroristes et extrémistes violents. »

De leur côté, les plateformes Facebook, Twitter… devront se livrer à davantage de transparence, en éditant des rapports « publics et réguliers ». D’un point de vue technique, elles s’engagent à « examiner (…) les algorithmes » pour comprendre comment les utilisateurs se retrouvent orientés vers des contenus terroristes et donc, pouvoir agir en conséquence. Les plateformes s’engagent également à coopérer avec la police et la justice, et élaborer des procédures de réaction rapide.

Même si les Etats Unis n’ont pas signé l’appel, par contre, Amazon, Facebook, Google et YouTube, Microsoft et Twitter ont signé ce texte et annoncent déjà des mesures :

Le plus grand réseau social au monde avec 2,3 milliards d’utilisateurs, Facebook a déjà annoncé (lundi 13 mai) le durcissement des conditions d’utilisation des vidéos en direct. Désormais, « toute personne qui enfreindra nos politiques les plus sensibles se verra interdire l’utilisation de Facebook Live pour une période déterminée – par exemple 30 jours – à compter de sa première infraction », a promis le fleuron de la Silicon Valley.

Ainsi, avec les nouvelles règles de diffusion des vidéos, le tueur « n’aurait pas pu utiliser le Live« , assure le Directeur général de Facebook France

Facebook, Microsoft, Twitter et Youtube s’engagent désormais à la création d’une base de données mondiale destinée à supprimer plus rapidement les contenus djihadistes sur leurs plateformes.

En partageant ces informations les unes avec les autres, ces mastodontes du web peuvent utiliser les empreintes numériques pour aider à identifier des contenus potentiellement violents et terroristes sur les plateformes de ces géants.

C’est dire que cette réunion de Paris est un engagement fort pour la promotion d’un internet libre, sûr et d’une responsabilité éthique et sécuritaire en ligne.

Le Sénégal montre la voie

Le Sénégal, en adoptant « l’ appel de Christchurch » à côté de la France, de la Nouvelle-Zélande, du Canada, du Royaume-Uni, de l’Irlande, de la Jordanie, de la Norvège, de l’Indonésie et de la Commission européenne, montre la voie.

Il affirme ainsi avoir compris l’enjeu de cette cybermenace réelle et permanente tout en prenant la mesure de sa souveraineté numérique sur le cyberespace adoptant au plan interne des dispositions légales, organisationnelles et opérationnelles pertinentes pour sa protection.

Notre pays a compris également qu’il ne peut lutter seul efficacement contre les contenus violents et cyberattaques ; il lui faut collaborer avec ces géants du net, avec ses voisins, voire avec l’ensemble des pays d’Afrique et au-delà pour venir à bout des fléaux numériques. C’est certainement le sens et l’intérêt de la participation du Président Macky Sall à cette importante réunion de Paris.

Ousmane Thiongane
Juriste, expert en humanités numériques
Conseiller Spécial du Président de la République

(Source : L’Observateur, 16 mai 2019)

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