Ouganda : vers le recensement des SIM des enfants pour renforcer leur protection en ligne
vendredi 6 novembre 2026
De plus en plus d’enfants accèdent à Internet à mesure que l’adoption des TIC s’accélère. Cette évolution élargit leurs possibilités d’apprentissage et d’interaction, mais les expose aussi davantage aux abus et aux contenus préjudiciables en ligne.
En Ouganda, les autorités veulent obliger les parents à déclarer aux services compétents tous les numéros de cartes SIM utilisés par leurs enfants. Cette initiative s’inscrit dans les efforts visant à renforcer la protection des mineurs dans l’environnement numérique, où ils sont exposés à différentes formes d’abus.
La mesure a été révélée par Nyombi Thembo, directeur exécutif de l’Uganda Communications Commission (UCC), le jeudi 5 novembre, lors du lancement du Testbed Hackathon, organisé par le régulateur à Kampala, selon le média local Nilepost. Ces informations permettront aux opérateurs télécoms de constituer des bases de données dédiées aux appareils utilisés par les enfants et d’y appliquer des mesures de protection ciblées, a-t-il expliqué.
Plusieurs initiatives pour renforcer la sécurité numérique des mineurs
Cette proposition s’inscrit dans le prolongement des discussions engagées quelques semaines plus tôt entre les acteurs du secteur sur la protection des mineurs en ligne. Le 15 octobre, l’UCC a consacré son 16e Communications Consumer Parliament à cette question. La rencontre a réuni pouvoirs publics, opérateurs télécoms, établissements scolaires et organisations de la société civile. Les participants ont appelé MTN, Airtel, Lyca Mobile et UTel à renforcer le filtrage des contenus préjudiciables, le contrôle parental et les outils anti-spam. Ils ont aussi proposé d’intégrer l’éducation à la sécurité numérique dans les programmes scolaires et de renforcer le service national d’assistance aux enfants, Sauti Child Helpline.
Le 7 octobre, le régulateur a lancé une campagne nationale de protection des enfants en ligne à Kololo Secondary School, à Kampala. Elle vise à apprendre aux élèves à reconnaître les risques numériques, à protéger leurs informations personnelles et à signaler les abus. Elle s’appuie sur le « Child Online Protection Regulatory Framework 2026 », qui prévoit une coordination entre pouvoirs publics, familles, écoles et fournisseurs de services numériques.
En août, l’UCC et le groupe Next Media avaient déjà lancé « Be a Cyber Hero », une campagne nationale de trois ans. À travers les médias et les établissements scolaires, elle sensibilise les enfants, les parents et les enseignants au cyberharcèlement, aux contenus préjudiciables, aux escroqueries et à l’exploitation en ligne.
La mobilisation concerne aussi la société civile. En juin, une coalition de plus de dix organisations réunies au sein de l’Uganda Child Rights NGO Network a appelé à renforcer les lois encadrant l’accès des mineurs aux réseaux sociaux et à responsabiliser davantage les plateformes. Elle a également plaidé pour des contrôles adaptés à l’âge, une meilleure éducation numérique et une prise en charge des victimes d’exploitation sexuelle en ligne.
En septembre 2026, devant le Comité des droits de l’enfant des Nations unies, le gouvernement a par ailleurs fait état de l’élaboration d’un plan d’action national contre l’exploitation et les abus sexuels des enfants en ligne. La délégation ougandaise a également évoqué plus de 2 200 cas reçus par les services compétents et le recrutement de conseillers spécialisés pour accompagner les victimes.
Des risques persistants malgré les initiatives publiques
Ces efforts interviennent dans un contexte d’exposition importante des enfants aux risques numériques. Une enquête de l’UCC menée auprès de plus de 5 700 élèves de Kololo Secondary School révèle que 88,5 % des répondants ont rencontré des risques en ligne, dont le cyberharcèlement, les discours haineux et la désinformation. Par ailleurs, 70,1 % ont été confrontés à des messages, images ou vidéos à caractère sexuel. Parmi les élèves ayant vécu des situations préjudiciables, 74,2 % déclarent n’en avoir parlé à personne, y compris à leurs parents.
Les données des Nations unies montrent que ces risques dépassent le cadre de cet établissement. Selon l’analyse de la situation de l’Ouganda publiée par l’ONU en 2025, une enquête représentative auprès des enfants utilisant Internet indique qu’un sur dix a reçu, au cours des douze derniers mois, une proposition d’argent ou de cadeaux en échange d’images ou de vidéos à caractère sexuel. Environ 3 % ont subi des menaces ou du chantage en ligne visant à les contraindre à participer à des activités sexuelles.
Les initiatives engagées se heurtent toutefois à des difficultés de mise en œuvre et de prise en charge. Un rapport publié en 2021 par ECPAT International, INTERPOL et l’UNICEF relève des insuffisances dans les mécanismes ougandais de signalement et de réponse aux abus sexuels commis en ligne contre les enfants. Le document pointe notamment le manque de financement de la ligne nationale d’assistance aux enfants et l’insuffisance du personnel spécialisé. En septembre 2026, le Comité des droits de l’enfant des Nations unies a aussi interrogé les autorités sur le calendrier et le financement du plan national, les moyens d’enquête des forces de l’ordre et les services de réhabilitation accessibles aux victimes.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 6 novembre 2026)
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