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Orange : « les projet présentés traduisent en quelque sorte les besoins en Afrique »

lundi 19 juin 2023

Portrait/Entretien

Cheikh Tidiane Mbaye est le président du jury international du Prix Orange de l’entrepreneur social en Afrique et au Moyen-Orient (POESAM). Pendant plusieurs années, il a vu défiler des milliers de projets à fort potentiel. Il évoque avec We Are Tech l’impact de l’écosystème d’émulation et d’accompagnement financier mis en place par Orange sur l’innovation et sa perception de l’Afrique dans l’économie numérique.

Nous nous sommes rendus à la 13e édition du POESAM. Au regard des projets que vous avez jugés au fil des ans, quelle appréciation faites-vous du niveau d’innovation technologique en Afrique ?

Effectivement nous en sommes à la 13e édition. Ça fait une dizaine d’années que je suis dans le jury et je dois le présider depuis environ six ans si je ne me trompe pas. Et alors, quand on regarde l’évolution des candidatures, l’intérêt que suscite le prix, l’évolution de l’impact médiatique, on se rend compte qu’on est en fort développement, en forte croissance. Pour donner un chiffre, le nombre de candidats pour l’édition de cette année (2023) est de 1 400 environ. Et il me semble qu’il y a quatre, voire cinq ans, nous étions encore autour de la moitié de ce chiffre. Nous avons presque doublé en moins de cinq ans et je trouve cela très intéressant. Autre point qu’il faut relever c’est que le pourcentage de femmes augmente aussi. A l’heure actuelle, nous sommes presque à 30% de femmes ce qui est très important. Je pense qu’il faut aussi comprendre que les projets présentés au POESAM traduisent est quelque sorte les besoins en Afrique. Je trouve vraiment intéressant d’observer que ces projets qui reflètent non seulement la capacité des jeunes entrepreneurs à créer, à innover, à développer reflètent aussi les besoins africains. A titre d’exemple, lors du dernier prix, la majorité des projets portait par ordre de croissance sur l’éducation, la santé, l’agriculture et l’e-commerce. C’est très intéressant de voir l’évolution de l’innovation dans ces domaines et le prix Orange récompense surtout l’impact social.

Personnellement, pourquoi avoir accepté de jouer le rôle de président du jury international ?

Comme je vous l’ai dit, je suis membre du jury depuis une dizaine d’années. On m’a proposé la présidence il y a quelques années, j’ai accepté. Mais c’est surtout ma fonction de membre du jury depuis tant d’années qui compte pour moi. Je pense que mon choix traduit une passion et une conviction. La passion, c’est le développement. Je suis un passionné du développement et de ce qu’il faut faire pour y arriver. Ma conviction est justement qu’on peut y arriver. On peut y arriver parce que nous avons les ressources nécessaires à cet effet. L’une des clés pour moi c’est le secteur privé et le rôle qu’il joue, notamment les petites et moyennes entreprises. Le rôle que ces entreprises doivent jouer dans le développement et l’importance de l’innovation de l’entrepreneuriat des jeunes. Le gouvernement a lui aussi un rôle à jouer. La bonne gouvernance permettra d’accélérer tout ça malgré les faiblesses. Voilà ce qui me passionne et je suis prêt à participer à toutes les initiatives sérieuses qui servent cette passion et cette conviction. Mettre en lumière des projets qui impactent le quotidien, qui impactent concrètement la vie des populations du continent.

Comment est née votre amour pour cette innovation qui nourrit votre passion pour le développement ?

J’ai travaillé chez Orange comme directeur, notamment comme directeur général de Sonatel pendant 25 ans. J’y étais acteur dans un autre domaine, celui des infrastructures télécoms qui est justement essentiel pour moi au développement de l’entreprenariat tech. Il faut une bonne base, il faut de bonnes infrastructures. Tout ce que nous avons fait au fil des années est basé sur les infrastructures que nous avons mis plusieurs années à installer. Nous avons vu ce que nos innovations réseaux apportent aux communautés. C’est sur elles que les services innovants des entrepreneurs s’appuient et s’appuieront. Ces services innovants sont en train d’arriver par le biais de jeunes Africains talentueux, notamment ceux qui sont promus, soutenus, encouragés par ce prix d’une grande utilité. Il y a donc une continuité entre ce que j’ai fait depuis que j’ai commencé à travailler et ce que je fais aujourd’hui.

Que vous apporte l’expérience à la présidence du jury du POESAM ?

Je dois dire que j’apprends, j’apprends énormément moi qui suis issu des infrastructures. Là on parle d’innovation, de start-up. Ces jeunes entrepreneurs que nous accompagnons aujourd’hui, ils nous reprochent des choses, surtout les entreprises dans lesquelles j’ai travaillé. Ça me permet de corriger. Ça me permet de passer de l’autre côté et de voir comment améliorer les choses. Il m’est arrivé d’intervenir plusieurs fois dans plusieurs pays Orange pour faciliter les relations entre les startuppers et les opérateurs Orange que nous sommes aussi. Les opérateurs sont grands, forts, ils ne pensent pas toujours à tout. Ces interactions m’ont apporté connaissance et humilité aussi. Je pense que l’inclusion numérique en Afrique se fait, elle n’est déjà pas mauvaise, contrairement à ce qu’on croit.

Quelle est votre appréciation de l’impact qu’a eu le POESAM au fil des années sur l’innovation technologique en Afrique et sur le développement économique et social en particulier ?

Le prix aide beaucoup d’entrepreneurs, de start-up. J’ai quelques exemples assez forts. J’ai en tête l’exemple de M. Johnson du Liberia qui développe aujourd’hui des produits à base d’huile de palme pour offrir des solutions d’énergie renouvelable. Grâce à la subvention du POESAM qu’il a obtenu en 2018, il a doublé son revenu et créé 24 emplois supplémentaires. Il y a aussi l’entreprise tunisienne Kumulus qui a développé une machine qui transforme de l’air en eau. Elle a réussi à lever son premier million d’euros grâce à nous et à augmenter sa visibilité. Elle travaille avec des entreprises du groupe Orange. Il y a d’autres exemples que nous pouvons citer. Il y a un impact concret de ces entreprises sur leurs clients. Il n’y a pas que les lauréats du POESAM que ce prix a aidé, il a suscité l’émulation en permettant à un grand nombre de jeunes Africains d’oser, et ça, je crois que c’est quelque chose de très important. Je rappelle qu’Orange Afrique et Moyen-Orient c’est quand même 19 pays. Chaque entreprise Orange dans chaque pays a contribué à entretenir cette innovation et cette émulation.

Au regard de toutes les innovations que vous avez observées autour des 13 dernières éditions, comment entrevoyez-vous les perspectives de l’Afrique dans l’économie numérique ?

Je crois que le continent africain jouera un rôle décisif dans l’économie numérique. J’ai rencontré un entrepreneur qui a travaillé dans les plus grandes entreprises de la tech mondiale et qui est rentré en Afrique. Il a lâché un pont en or dans une grosse boîte pour créer sa startup dans le domaine de la santé. Comme moi, lui aussi — tout comme plusieurs cabinets internationaux, la Banque mondiale, l’IFC, des organismes spécialisés — considère que l’avenir de l’économie numérique en Afrique sera formidable. Je pense que ce dynamisme entrepreneurial, nous qui sommes justement très près de cela, nous en avons une bonne lecture.

(Source : weAreTechAfrica, 19 juin 2023)

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