Numérique : WIOCC mobilise 300 millions de dollars pour renforcer ses infrastructures en Afrique
mercredi 2 septembre 2026
Des centres de données aux câbles de fibre optique, les infrastructures constituent la base de la transformation numérique. En Afrique, les investissements progressent, mais les capacités disponibles ne suffisent pas à répondre à la croissance des besoins.
Le fournisseur d’infrastructures numériques WIOCC Group a sécurisé 300 millions de dollars auprès de l’Africa Finance Corporation (AFC) et de Vision International Investment Company. Ce financement permettra à l’entreprise de poursuivre l’expansion de ses infrastructures à travers le continent afin de répondre à la demande croissante portée par la transformation numérique.
Ce financement a été annoncé le mardi 1er septembre. Il est le fruit d’un accord de souscription d’actions signé avec l’AFC et Vision Invest à l’occasion du salon technologique mondial LEAP 2026, qui s’est tenu à Riyad, en Arabie saoudite, du 31 août au 3 septembre.
Se renforcer sur le continent
Ce financement viendra s’ajouter aux environ 950 millions de dollars déjà investis par WIOCC Group dans des actifs d’infrastructures numériques sur le continent. Le groupe revendique déjà une présence dans plus de 30 pays africains.
WIOCC fournit des capacités de connectivité en gros sur les réseaux terrestres et sous‑marins. Le groupe s’appuie aussi sur Open Access Data Centres (OADC), spécialisée dans les centres de données en accès ouvert et neutres vis‑à‑vis des opérateurs, ainsi que sur Open Access Metro Services (OAMS), qui assure le déploiement, l’exploitation et la maintenance de réseaux de fibre optique de dernier kilomètre. À cela s’ajoute Open Access Technical Services (OATS), qui fournit des services techniques et des solutions réseau spécialisées.
L’ensemble représente plus de 200 000 km de systèmes sous‑marins, pour une capacité dépassant 150 Tb/s, ainsi que plus de 115 000 km de fibre terrestre. WIOCC Group revendique par ailleurs plus de 40 centres de données, dont 13 sites principaux et plus de 30 sites edge en Afrique du Sud, au Nigeria et en RDC, avec une capacité construite de 25 MW dans les installations d’OADC. Le groupe détient aussi des participations dans des paires de fibres des câbles sous‑marins Equiano et 2Africa, ainsi que sur les marchés sud‑africain, nigérian et kényan.
« Cet investissement permettra à WIOCC de mettre en œuvre sa stratégie de croissance à long terme en accélérant le déploiement et la consolidation des centres de données, en étendant le réseau de fibre terrestre en accès ouvert à travers le continent et en investissant de manière stratégique dans de nouveaux actifs sous‑marins », a déclaré Chris Wood (photo), directeur général de WIOCC Group.
Face à une demande croissante, mais une offre limitée
Selon WIOCC Group, l’investissement intervient à un moment déterminant pour le développement numérique de l’Afrique, alors que la demande en données, en services cloud et en intelligence artificielle continue de progresser. Cependant, l’offre d’infrastructures reste insuffisante pour répondre à cette demande.
L’entreprise cite par exemple le faible taux de pénétration d’Internet sur le continent, qui était de 35,7 % en 2025 contre une moyenne mondiale de 73,6 %, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT). Elle ajoute que ces données illustrent l’ampleur des besoins du continent en infrastructures numériques et son potentiel de croissance.
Le déficit concerne aussi les capacités de stockage et de traitement nécessaires aux nouveaux usages numériques. L’Afrique ne représente actuellement que 0,6 % de la capacité mondiale des centres de données, selon l’Africa Data Centres Association, alors qu’elle abrite environ 20 % de la population mondiale. Cette capacité reste par ailleurs concentrée dans un nombre limité de marchés, alors que le développement du cloud et de l’intelligence artificielle nécessite des infrastructures capables de traiter des volumes de données toujours plus importants.
Le développement de l’IA accentue cette pression, avec des besoins spécifiques en puissance de calcul, en énergie et en infrastructures de refroidissement. Les centres de données traditionnels ne sont pas toujours adaptés à ces charges de travail, qui nécessitent des installations capables d’accueillir des grappes de processeurs graphiques (GPU) et d’autres équipements à forte densité de calcul.
Une concurrence grandissante
Le marché des infrastructures numériques attire toutefois de plus en plus d’acteurs, qui renforcent leurs investissements pour profiter de la croissance des besoins en connectivité et en capacités de traitement des données. WIOCC n’est ainsi pas seul sur ce segment.
Dans la fibre terrestre, par exemple, des groupes comme Liquid Intelligent Technologies, CSquared et Ufinet développent leurs réseaux dans plusieurs pays africains, renforçant les capacités de connectivité entre les principaux marchés du continent. Liquid revendique à lui seul plus de 116 000 km de fibre en Afrique.
La concurrence s’intensifie aussi dans les centres de données, avec l’arrivée et l’expansion de groupes internationaux comme Equinix, Digital Realty, Vantage Data Centers et NTT. Equinix est aujourd’hui présent au Nigeria, en Côte d’Ivoire, au Ghana et en Afrique du Sud, tandis que Vantage et NTT développent leurs capacités en Afrique australe. Des acteurs locaux comme Raxio Group, Africa Data Centres ou iColo sont également présents sur le marché.
À cette concurrence s’ajoute celle des opérateurs télécoms africains. Des groupes comme MTN et Airtel Africa évoluent progressivement vers un positionnement d’opérateurs numériques, en développant des activités et infrastructures qui vont au‑delà de la fourniture traditionnelle de services télécoms. Fibre, centres de données, services cloud, connectivité pour les entreprises et solutions numériques deviennent ainsi de nouveaux relais de croissance.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 2 septembre 2026)
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