Numérique : l’Afrique veut faire de la gouvernance des données un levier de souveraineté et d’attractivité
jeudi 21 mai 2026
La 9e Conférence du Réseau africain des autorités de protection des données personnelles (RAPDP) a marqué un tournant avec l’adoption, mardi 19 mai, de la Déclaration d’Abidjan. Plus qu’un texte d’orientation, ce document stratégique dessine la feuille de route du continent à l’horizon 2030 en matière de gouvernance des données personnelles.
Cette inflexion revêt une portée éminemment politique. La protection des données n’est plus uniquement abordée comme un enjeu réglementaire ou technique : elle est désormais présentée comme un pilier de la modernisation de l’État, de la crédibilité des services publics et de l’attractivité économique. En filigrane, le texte consacre une responsabilité accrue des plus hautes autorités nationales, appelées à porter cette transformation au-delà du seul cadre des régulateurs.
De la conformité juridique à un enjeu de compétitivité continentale
Pour fonder cette ambition, la Déclaration d’Abidjan s’appuie sur un diagnostic lucide de la situation africaine. Le texte met en évidence un décalage persistant entre les ambitions juridiques affichées et la réalité opérationnelle, souvent marquée par l’insuffisance des moyens et par une autonomie encore limitée de certaines autorités de contrôle.
Cette lecture souligne l’urgence de dépasser la fragmentation des approches nationales, de sortir d’une gouvernance en silos et d’adapter les cadres réglementaires aux mutations technologiques. L’essor de l’intelligence artificielle, de la biométrie et de la finance numérique impose en effet de nouveaux arbitrages entre protection des citoyens, innovation et fluidité des échanges économiques. À cet égard, la gouvernance des données apparaît de plus en plus comme un déterminant de confiance pour les investisseurs, les entreprises technologiques et les administrations engagées dans leur transformation digitale.
L’ARTCI mise sur l’opérationnalisation et la coopération africaine
Dans cette dynamique, le directeur général de l’Autorité de régulation des télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire (ARTCI), Ouattara Lakoun, a réaffirmé, au nom de l’institution, quatre engagements opérationnels destinés à traduire ces orientations en actions concrètes. Portés par le nouveau Conseil de régulation, ces engagements visent à renforcer la protection effective des citoyens, notamment à travers la modernisation des procédures de traitement des plaintes.
L’ARTCI entend également privilégier le dialogue technique et la pédagogie réglementaire afin d’accompagner les administrations publiques, mais aussi les startups, vers une conformité plus lisible et démontrable. Cette approche traduit une volonté de concilier exigence de régulation et accompagnement de l’innovation, dans un contexte où les écosystèmes numériques africains cherchent à gagner en maturité et en crédibilité.
Enfin, le régulateur ivoirien s’engage à approfondir son expertise sur les enjeux émergents, en coordination étroite avec ses homologues du continent. Cette logique de mutualisation doit contribuer à faire émerger une parole africaine plus forte et mieux coordonnée sur les grandes questions numériques internationales, dans le cadre du RAPDP. En harmonisant les approches et en décloisonnant les politiques publiques, l’Afrique cherche ainsi à transformer la régulation des données en levier de souveraineté technologique, de confiance institutionnelle et de compétitivité économique.
Issouf Kamgate
(Source : Financial Afrik, 21 mai 2026)
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