Numérique : ce qui freine encore les investissements américains au Cameroun
vendredi 28 août 2026
Le potentiel du marché numérique camerounais ne semble plus faire débat. La question porte désormais sur sa capacité à attirer des investissements majeurs, alors que les entreprises américaines identifient encore des défis liés à l’énergie, à la connectivité et à la cybersécurité.
Le développement du marché numérique camerounais reste confronté à des contraintes d’infrastructures, de cybersécurité et de financement. C’est l’un des principaux constats ressortis du Forum sur le climat des affaires organisé le mercredi 26 août à Yaoundé par l’American Chamber of Commerce (AmCham) Cameroun, à la veille du premier Dialogue économique et commercial entre le Cameroun et les États‑Unis.
Dans le secteur des TIC, les échanges ont notamment mis en avant l’énergie et la connectivité comme deux conditions essentielles pour attirer davantage d’investissements numériques. Les participants ont également relevé le manque de projets suffisamment structurés pour absorber des financements importants. Selon les éléments présentés durant le forum, le Cameroun compte plus de 10 millions de comptes Mobile Money, pour un volume de transactions supérieur à 5 milliards de dollars.
Cette utilisation importante des services financiers numériques ne s’accompagne toutefois pas encore d’un tissu de start‑up suffisamment mature pour attirer des investissements de grande taille. Les discussions ont ainsi fait ressortir le besoin de disposer d’une centaine de jeunes entreprises structurées capables, à terme, d’absorber des financements pouvant atteindre 100 millions de dollars.
Énergie et connectivité, les conditions de base
Au‑delà des start‑up, les investisseurs américains considèrent que la disponibilité de l’énergie et de la connectivité conditionnera la capacité du Cameroun à développer de nouveaux services numériques et à accueillir des infrastructures de plus grande capacité.
La question prend une nouvelle dimension avec l’arrivée de nouveaux acteurs comme Starlink, dont le modèle repose sur une constellation de satellites plutôt que sur le déploiement de réseaux terrestres. Les échanges ont ainsi porté sur les conditions réglementaires et économiques de son implantation, mais aussi sur les exigences de sécurité applicables à ces nouveaux services.
Selon les éléments présentés au forum, une licence télécom complète pourrait représenter plus de 800 milliards de FCFA, soit environ 1,4 milliard de dollars. Les participants ont également souligné que le modèle de Starlink, qui peut fonctionner avec une équipe locale réduite, pose la question de son impact sur l’emploi et sur les investissements réalisés par les opérateurs télécoms traditionnels.
La cybersécurité…
La sécurité des infrastructures constitue un autre point de vigilance. Les participants ont estimé que les secteurs de l’énergie, des transports, des télécommunications et de la finance doivent disposer d’exigences minimales de cybersécurité pour renforcer leur résilience et préserver la confiance des investisseurs.
Cette préoccupation intervient alors que le Cameroun est entré dans une nouvelle phase de son cadre de protection des données personnelles. La loi n°2024/017 du 23 décembre 2024 est entrée en vigueur le 23 juin 2026, introduisant de nouvelles obligations pour les acteurs qui collectent et traitent des données à caractère personnel.
Des infrastructures numériques à financer
Ces différents enjeux se retrouvent dans les projets que le Cameroun a présentés aux États‑Unis dans le cadre du premier Dialogue économique et commercial tenu le 27 août 2026 à Yaoundé. Le gouvernement a notamment mis en avant un data center national souverain associé à un parc cloud, un Centre national des opérations de sécurité (SOC) ainsi qu’un accompagnement pour l’opérationnalisation de la stratégie nationale d’intelligence artificielle.
Le rapprochement entre les deux pays intervient ainsi sur un marché où les usages numériques sont déjà importants, mais où les infrastructures, la cybersécurité et le financement des entreprises restent à renforcer. Pour le Cameroun, l’enjeu est désormais de transformer cette demande en projets suffisamment structurés pour attirer les capitaux et les compétences nécessaires à leur développement.
Samira Njoya
(Source : Agence Ecofin, 28 août 2026)
OSIRIS