Nouveau Directeur de l’ARTP : Au-delà du mérite, des défis à relever
lundi 14 septembre 2026
Parmi les nombreuses nominations intervenues, jeudi dernier, celle du nouveau Directeur général de l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP) a particulièrement retenu l’attention. Au-delà des enjeux stratégiques du secteur des télécommunications, la procédure d’appel à candidatures pour désigner le nouveau titulaire a aussi suscité un intérêt.
Cheikh Tidiane Sarr a été promu, au dernier conseil des ministres, Directeur général de l’Autorité de régulation des Télécommunications et postes (Artp). Sa nomination fait suite à un appel à candidatures, lancé le 17 juillet dernier, informe la Présidence de la République, citant le décret n° 2026-1605 du 10 septembre 2026 rendu public le même jour.
Le recours à l’appel à candidatures constitue, à cet égard, une illustration concrète de la volonté de renouvellement de la gouvernance publique. En ouvrant la sélection à des profils répondant à des critères de compétence et d’expérience, le gouvernement renforce la légitimité des institutions stratégiques.
Cet ingénieur en génie industriel et en systèmes de télécommunications connaît parfaitement le secteur qui lui est désormais confié. Il a en effet fait ses armes à la SONATEL, où il a occupé plusieurs postes de responsabilité aux enjeux particulièrement stratégiques. Ce parcours riche et éprouvé lui confère une connaissance fine des réalités du secteur, ainsi qu’une capacité certaine à en cerner les défis.
Cheikh Tidiane Sarr a occupé le poste de Directeur Général de Orange Finances Mobiles Sénégal dans le Groupe SONATEL. Il s’est auparavant occupé de l’Administration des systèmes, réseaux et sécurité avant de devenir responsable du pôle ingénierie système, IP et sécurité. Il a été Chef du département Marketing de Orange Money avant une affection en Guinée Bissau pour y occuper le poste de Directeur marketing, communication et Orange money chez Orange Bissau de 2016 à 2020. À son retour au Sénégal, il devint le Directeur de Cabinet du Directeur Général du Groupe Sonatel.
Au regard de son parcours, ce profil dispose des atouts nécessaires pour appréhender les attentes et les enjeux d’un secteur aux ramifications économiques larges. Les télécommunications constituent désormais un levier stratégique de premier plan, tant pour l’économie et la souveraineté numérique. D’où la nécessité d’une régulation rigoureuse, équilibrée et particulièrement attentive aux mutations du secteur.
Un secteur aux multiples enjeux
Les dernières données publiées par l’ARTP en 2025 témoignent de la forte dynamique du marché des communications électroniques. Au premier trimestre, le Sénégal comptait 21,7 millions de lignes Internet actives, soit une progression de 2,88 %. Avec un taux de pénétration de 116,9 %, le marché se caractérise par un bond important des abonnements.
L’Internet mobile reste largement dominant, avec 20,9 millions d’utilisateurs, contre seulement 784 000 lignes fixes. Le haut débit mobile confirme également sa place centrale dans les usages numériques, avec 18,2 millions d’abonnés à la 3G, 4G et 5G.
Ces chiffres illustrent à la fois l’ampleur prise par les télécommunications dans la vie économique et sociale du pays et les responsabilités croissantes qui incombent au régulateur en matière de qualité de service. Dans le but de stimuler la concurrence, améliorer la qualité des services et réduire les disparités entre zones urbaines et rurales, l’État, à travers l’ARTP, a mis en œuvre plusieurs mesures structurantes. Parmi ces mesures figurent, la mutualisation des infrastructures pour réduire les coûts et favoriser la coopération entre opérateurs. L’ouverture du marché à de nouveaux fournisseurs alternatifs est une des meures d’améliorations. Le déploiement d’une couverture intégrale du territoire un Plan National Haut/Très Haut Débit a été initié, informe le rapport de l’ARTP. Toutes ces mesures entrent dans la mise en œuvre de la stratégie Sénégal numérique pour diversifier l’offre et renforcer la connectivité, précise le document.
De profondes mutations enregistrées
Le secteur des télécommunications a connu ces dernières années de profondes mutations, accompagnant l’accélération de la transformation numérique du Sénégal. La digitalisation des services publics s’est notamment étendue à des domaines aussi stratégiques que l’administration, la santé et l’éducation, à travers l’e-gouvernement, l’e-santé et l’e-éducation.
Cette dynamique a également favorisé l’essor des fintechs et l’intégration croissante des services financiers aux solutions de télécommunication. Dans le même temps, le renforcement des dispositifs de cybersécurité répond à la multiplication des menaces et des dérives en ligne, désormais étroitement liées aux enjeux de souveraineté numérique. À cette évolution s’ajoutent les expérimentations dans le domaine des villes connectées et de la gestion intelligente des ressources. Autant de mutations qui confirment que les télécommunications ne constituent plus un simple secteur d’infrastructures, mais un levier transversal de transformation économique, sociale et territoriale.
Des défis en perspective
Malgré ces avancées, plusieurs défis continuent de freiner le plein développement du secteur des télécommunications. Les disparités d’accès à Internet entre les zones urbaines et rurales demeurent une réalité, tandis que certaines catégories de la population dénoncent des tarifs encore élevés. La faiblesse de la concurrence sur certains segments, notamment celui de la fibre optique, constitue également un sujet de préoccupation.
Dans un contexte où le Sénégal ambitionne de s’imposer comme un hub numérique régional, le régulateur est attendu sur plusieurs fronts. Il lui revient notamment d’accompagner l’extension du haut débit à l’échelle nationale, de promouvoir une concurrence saine et de veiller au strict respect des droits des consommateurs. Le développement de contenus locaux et de services numériques adaptés aux réalités socio-économiques du pays figure également parmi les chantiers prioritaires. Autant d’exigences qui appellent une régulation à la fois ambitieuse, équitable et résolument tournée vers l’innovation.
O.Ba
(Source : Le Soleil, 14 septembre 2026)
OSIRIS