Nigeria : le Sénat examine un premier projet de loi sur la santé numérique
vendredi 10 juillet 2026
La santé numérique s’impose comme une alternative face au déficit de personnel médical en Afrique. Conscientes de cet enjeu, les autorités nigérianes ont décidé de mettre en place un cadre légal.
Le mercredi 8 juillet, le Sénat nigérian a adopté en deuxième lecture le National E-Health Bill 2026, un texte visant à établir le premier cadre juridique complet pour les services de santé électroniques au Nigeria.
Parrainé par le vice-président du Sénat, Jibrin Barau, le projet a été adopté à l’unanimité par vote vocal, puis renvoyé à la Commission sénatoriale de la santé, chargée de présenter son rapport dans un délai de quatre semaines. Plusieurs étapes restent à franchir avant son entrée en vigueur : une troisième lecture, son adoption par la Chambre des représentants, puis sa promulgation par le président de la République.
Le texte vise à réguler, coordonner et intégrer les services de santé électroniques à l’échelle nationale (dossiers médicaux électroniques, télémédecine, intelligence artificielle appliquée au diagnostic, prescriptions numériques, technologies de santé connectées et systèmes d’information de santé intégrés). Il prévoit également des dispositifs de protection de la confidentialité et de la sécurité des données médicales des patients, ainsi qu’une obligation d’interopérabilité entre les établissements de santé.
Malgré une décennie d’essor des solutions de santé numérique (start-up de téléconsultation, pharmacies en ligne, dossiers médicaux électroniques et systèmes de gestion hospitalière), le Nigeria ne dispose toujours d’aucun cadre légal dédié. Cette absence a engendré une mise en œuvre fragmentée, des normes hétérogènes, une interopérabilité insuffisante entre les établissements et une insécurité juridique pour les prestataires opérant sur des plateformes numériques.
« Le Nigeria ne peut pas se permettre de rester en marge de la transformation mondiale de la santé numérique. [...] Ce projet de loi fournit le cadre juridique nécessaire à la modernisation de la prestation des soins de santé dans nos hôpitaux », a indiqué Jibrin Barau lors du débat.
Le Nigeria engage ce chantier législatif dans un contexte de croissance soutenue de la santé numérique sur le continent. Le marché africain de l’e-santé était estimé à 5,6 milliards de dollars en 2025 et devrait atteindre 7,6 milliards de dollars d’ici 2029, selon Statista, soit une croissance annuelle moyenne de 7,99 %. La demande est portée par un déficit médical structurel : l’Afrique ne compte qu’un médecin pour 5000 habitants, contre un pour 1000, selon les standards de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
En réponse, la télémédecine a permis d’augmenter de 52 % l’accès aux soins dans les zones rurales du continent, selon les données 2025-2026 de l’OMS et de la Banque mondiale. Sur le plan du financement, l’OMS et l’Union européenne ont lancé, en octobre 2025, une initiative conjointe de 8 millions d’euros pour renforcer la transformation des systèmes de santé numérique en Afrique subsaharienne.
Adoni Conrad Quenum
(Source : Agence Ecofin, 10 juillet 2026)
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