Namibie : la future loi sur la cybersécurité ravive le débat sur les libertés numériques
mardi 24 février 2026
La Namibie s’apprête à renforcer son arsenal juridique contre la cybercriminalité. Mais le projet de loi actuellement examiné suscite des inquiétudes au sein de la société civile.
L’Institute for Public Policy Research (IPPR), un think tank basé dans la capitale Windhoek, estime que certaines dispositions du futur Cybercrime Bill pourraient porter atteinte aux droits fondamentaux. Selon Frederico Links, chercheur associé à l’IPPR, « la législation doit être précise, proportionnée et solidement fondée sur les protections constitutionnelles ».
Le texte vise à moderniser le cadre légal face à la montée des cybermenaces telles que le piratage, les fraudes en ligne, les escroqueries numériques et les attaques contre les systèmes informatiques. Il prévoit notamment de nouveaux pouvoirs d’enquête pour les autorités, incluant l’accès à des données électroniques, l’analyse de communications numériques et la saisie d’équipements informatiques dans le cadre d’investigations.
Si l’objectif de sécurisation de l’espace numérique est jugé légitime, l’IPPR s’inquiète toutefois de l’ampleur des pouvoirs accordés et du manque de garde-fous clairs. L’organisation pointe le risque d’interprétations larges qui pourraient fragiliser le droit à la vie privée et la liberté d’expression. Des notions jugées imprécises pourraient, selon elle, ouvrir la voie à une surveillance excessive ou à des restrictions indirectes des activités journalistiques et militantes.
« Links [Frederico, Ndlr] a mis en évidence les préoccupations concernant les définitions générales des infractions, les pouvoirs d’enquête intrusifs et l’importance de garanties claires pour protéger la vie privée et la liberté d’expression », a indiqué l’IPPR. Et d’ajouter : « la discussion a renforcé la nécessité d’une rédaction minutieuse afin de garantir que les efforts de lutte contre la cybercriminalité ne portent pas atteinte par inadvertance aux droits fondamentaux ».
Le débat autour du projet de loi en Namibie reflète une problématique plus large sur le continent africain. À mesure que les économies se digitalisent, les États renforcent leur législation pour lutter contre la cybercriminalité.
Ces préoccupations interviennent dans un contexte de forte augmentation des incidents de cybersécurité en Namibie. Selon l’équipe nationale de réponse aux incidents de cybersécurité (Nam-CSIRT), 549 556 cybervulnérabilités dans divers domaines ont été détectées dans le pays entre avril et juin 2025. En ce qui concerne les cyberévénements – des activités inhabituelles pouvant compromettre la confidentialité, l’intégrité ou la disponibilité des données – 843 490 ont été détectés sur la même période.
L’enjeu pour les autorités namibiennes sera de trouver un équilibre entre l’efficacité opérationnelle et le respect des standards constitutionnels et internationaux en matière de droits humains. Dans un contexte de transformation numérique accélérée, la gouvernance du cyberespace devient un test majeur pour les démocraties africaines.
Adoni Conrad Quenum
(Source : Agence Ecofin, 24 février 2026)
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