Namibie : des allègements fiscaux proposés pour faciliter l’adoption des smartphones 4G
mardi 3 février 2026
L’accessibilité financière des smartphones est considérée comme l’un des principaux freins à l’adoption de l’Internet. Selon les données de DataReportal, environ 35 % de la population n’utilisait pas Internet à fin 2025.
En Namibie, l’Autorité de régulation des communications (CRAN) a proposé des allègements fiscaux ainsi que d’autres incitations afin de soutenir l’adoption des téléphones compatibles 4G. L’objectif affiché est de favoriser une adoption plus large du haut débit par l’ensemble de la population, alors que les infrastructures sont déjà largement déployées dans certaines régions du pays.
Cette proposition a été révélée par Emilia Nghikembua, directrice générale de la CRAN, à la fin de la semaine dernière, lors du déploiement d’une tour télécoms de l’opérateur public MTC Namibia dans la région de Kunene. Son intervention faisait suite aux préoccupations exprimées par l’opérateur concernant la sous‑utilisation de ses tours de réseau, un phénomène principalement attribué au coût élevé des terminaux compatibles 4G sur le marché namibien.
MTC Namibia, principal opérateur mobile du pays, estime en effet que la disponibilité des infrastructures ne se traduit pas encore par une adoption effective des services. Mercia Geises, présidente par intérim du conseil d’administration de l’opérateur, a précisé qu’il dispose d’environ 74 tours dans la région de Kunene, toutes compatibles 4G, mais dont le taux d’utilisation avoisine seulement 50 %. « Même lorsque nous mettons l’infrastructure en place, la question reste de savoir comment amener nos communautés à adopter et à utiliser cette infrastructure », a‑t‑elle expliqué.
Ces propositions interviennent dans un contexte de transition technologique accélérée. Le gouvernement namibien a récemment annoncé son intention de supprimer progressivement les réseaux 2G et 3G à partir de cette année, au profit de la 4G, de la 5G et des technologies satellitaires. Dans cette logique, l’exécutif prévoit également de bloquer à terme l’importation des téléphones 2G et 3G. Les populations n’auront donc d’autre choix que d’acquérir des smartphones compatibles 4G ou plus pour continuer à accéder aux services de télécommunications, alors même que ces équipements restent financièrement inaccessibles pour une partie des ménages.
La fiscalité, un frein structurel à l’adoption
Selon la GSMA, la fiscalité constitue un frein majeur à l’accessibilité financière des terminaux. Dans certains pays, la TVA et les droits d’importation peuvent augmenter le prix des smartphones de plus de 30 %, alourdissant directement le coût supporté par les consommateurs et freinant l’inclusion numérique.
Dans son Mobile Connectivity Index 2025, l’organisation attribue à la Namibie un score de 46/100 en matière d’abordabilité des appareils, 100 correspondant à un marché où les équipements sont pleinement accessibles.
Les données de la Banque mondiale confirment l’ampleur du défi. Dans les pays à revenu faible et intermédiaire, le coût d’un smartphone d’entrée de gamme représente en moyenne 18 % du revenu mensuel d’un adulte. Pour les 40 % des ménages les plus pauvres d’Afrique subsaharienne, cette proportion atteint 73 %. Or pour être considéré comme abordable, un smartphone devrait représenter 15–20 % du revenu mensuel moyen. Si l’offre de smartphones à moins de 100 USD s’est légèrement améliorée ces dernières années, elle reste insuffisante pour répondre aux besoins de certaines couches de la population.
Les allègements fiscaux, une réponse partielle
Il convient toutefois de rappeler que les allègements fiscaux évoqués ne sont, à ce stade, que des propositions du régulateur. Leur adoption dépendra de décisions gouvernementales ultérieures, et leur impact réel sur les prix des smartphones 4G demeure incertain, tout comme leur capacité à rendre ces appareils véritablement abordables pour la majorité des Namibiens.
Dans ce contexte, la GSMA recommande aux opérateurs télécoms de renforcer leurs partenariats avec les fabricants, notamment afin de réduire les coûts et de proposer des solutions de paiement échelonné, facilitant l’acquisition de terminaux compatibles 4G et 5G.
De leur côté, les gouvernements sont encouragés à mettre en place des exonérations fiscales ciblées sur les téléphones d’entrée de gamme. Quant aux fabricants, ils devront proposer des appareils adaptés aux besoins des utilisateurs, afin de soutenir à la fois leur capacité et leur volonté de payer, condition clé d’une adoption durable des services numériques.
Au‑delà du prix des appareils, l’organisation souligne également que l’adoption des services 4G dépend d’autres facteurs clés, tels que les compétences numériques, le coût et la qualité des services, ainsi que la pertinence des contenus proposés.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 3 février 2026)
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