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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2005 > Janvier > Multimédias : Les cybers, nouveaux lieux de rendez-vous des jeunes

Multimédias : Les cybers, nouveaux lieux de rendez-vous des jeunes

vendredi 7 janvier 2005

Télécentres/Cybercentres

Dans chaque quartier et presque dans chaque rue, les cyber centres fleurissent à Dakar. Pour découvrir les tenants et les aboutissants d’une telle mode, d’un tel succès, le quartier Castor a servi de zone d’enquête à notre reporter.

Jeudi, 11h, le cyber centre situé à l’angle du carrefour Castor accueille une dizaine de jeunes. La veille, un autre cyber du quartier faisait salle comble entre 19h et 20h. Même le 31 décembre à 23h on pouvait encore trouver des gens en train de “ chater ”. Qu’est-ce qui pousse tous ces jeunes à surfer sur le net ? Comment les propriétaires gèrent cet afflux de clients ?

C’est entre 18h et 20h que les cybers connaissent le plus d’affluence. Souvent ce sont des jeunes, filles ou garçons qui se retrouvent devant l’écran. Aucun d’entre eux ne semble rencontrer de difficulté, il s’agit de l’éclosion de la “ génération Internet ”, qui a grandi avec la mise en place des ordinateurs et apprend à les manipuler en classe.

Les gérants notent d’ailleurs que les personnes plus âgées, elles, ont plus de mal à s’habituer à l’outil informatique, elles sont pratiquement absentes de la clientèle habituelle des cybers.

Hormis ce fossé de génération, une différence se crée aussi au niveau du revenu des internautes. Certains cybers, qui ont investi énormément, pratiquent des tarifs élevés. Mais leur choix est justifié et réfléchi. `

Sane Baye, gérant, nous explique que son cyber, il est situé au cœur du quartier Castor, fixe ses prix en fonction de la qualité du service qu’il propose. Près d’une vingtaine de machines, toutes équipées de l’ADSL à 1024 K, c’est-à-dire d’une vitesse de connexion maximale, ces investissements coûtent cher, c’est pourquoi il faut les rentabiliser.

À 350 FCFA de l’heure, les jeunes adultes sont plus nombreux que les enfants, à pouvoir s’offrir un moment sur la toile.

Comme beaucoup d’autres, ce GIE a préféré diversifier ses activités : si le cyber constitue le revenu majeur, selon Fabrice l’administrateur, le télécentre et la vente de matériel informatique permettent de boucler les fins de mois. Rares sont désormais les établissements qui se contentent de proposer des heures d’Internet, désormais, Fax, photocopie et plastification complètent l’offre.

Au-delà du volet économique, les cybers se révèlent être intéressants socialement. Martial est un habitué, il passe tous les jours au cyber et surfe une heure par jour. Pour regarder ses “ mails ” (courrier électronique), pour rechercher des informations ou plus souvent pour “ chater ”.

“ CHAT ” ET TELECHARGEMENT DE MUSIQUE

Les logiciels qui permettent de dialoguer en direct sont l’un des attraits majeurs des cybers. Sane Baye affirme même que grâce à ce système de communication, il a assisté au mariage entre une Sénégalaise et un Européen. Les jeunes filles paraissent plus sérieuses, elles sont nombreuses à venir pour approfondir les enseignements qu’on leur dispense en classe. Mais tout de suite après, c’est le rendez-vous pour “ chater ”. Ousmane l’avoue : “ c’est une drogue pour moi, je viens tous les jours draguer les petites Françaises ”.

Le plus souvent, ce sont des tickets de courte durée (30 minutes) qui sont vendus, mais ils peuvent être renouvelés à volonté. Ousmane passe parfois jusqu’à 4 heures derrière sa machine. Mais tous l’affirment , “ je ne m’ennuie jamais ” : discussion, consultation des “ mails ”, téléchargement de musique ou de films, visionnage de clips ou encore lecture des informations en ligne, les activités sont variées. Elles sont tellement variées que Sane Baye s’inquiète un peu : les sites pornographiques sont très nombreux sur le net et “ les enfants les connaissent mieux que moi ”. Il n’existe pas de protection qui interdise l’accès à de tels sites mais tous les gérants ou administrateurs sont sur leur garde : la surveillance est étroite et les jeunes sont mis dehors s’ils sont pris sur le fait.

Malgré cet inconvénient majeur, les internautes sont totalement positifs sur l’utilisation massive d’Internet. Ils s’opposent fortement à la critique facile qui consiste à affirmer que rivé derrière son écran, l’adolescent ou le jeune se coupe du monde réel et se renferme. “ Le monde est un village désormais ” réplique l’un d’eux. Ils ne s’estiment pas coupés du monde mais “ en connexion ” perpétuelle avec lui au contraire.

“ C’est formidable de pouvoir souhaiter la bonne année en direct aux gens qu’on aime et qui sont loin ”. De plus le cyber devient un lieu de rendez vous. Les jeunes se retrouvent sur les marches ou se rassemblent derrière un ordinateur l’un pour jouer au football virtuel, un autre pour se faire des amis étrangers et s’évader un peu.

Les cyber centres se révèlent comme de véritables lieux de vie.

Les gérants voient passer toutes sortes d’individus, assistent à des rencontres réelles ou virtuelles, voient quelques larmes couler quand certains rejoignent enfin un proche qui est à l’étranger par le biais des “ web cam ”( camera vidéo par Internet). Loin de la froideur des écrans et des claviers, l’ambiance est conviviale et chaleureuse. L’âme des quartiers ne se perd pas, elle se déplace juste vers les nouvelles technologies.

MADELINE MALHAIRE (STAGIAIRE)

(Source : Le Soleil, 7 janvier 2005)

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