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Accueil > Ressources > Points de vue > 2010 > Millicom & Etat du Sénégal : La stratégie de la fausse sortie et du faux (…)

Millicom & Etat du Sénégal : La stratégie de la fausse sortie et du faux faible par la multinationale américaine

jeudi 25 février 2010

Se rendant à l’évidence de renégocier leur concession acquise en 1998 au prix de 50 millions de francs Cfa et face à la détermination des autorités sénégalaises, représentées par le conseiller financier et le conseiller chargé des Tics du président de la République, assisté par la banque Rothschild et le cabinet Clifford Chance, la multinationale Millicom a décidé de faire recours à une pratique très courante dans les négociations de contrats internationaux, ‘la stratégie de la fausse sortie et du faux faible’. Comme il est connu et démontré que les Africains noirs négocient généralement en groupe avec un ‘décision maker’ à identifier, les nord Américains, selon Michel Delahaye dans son livre : ‘La négociation d’affaires : règles, pratiques et application, 2ème édition Dunod’, sont en général très surs d’eux et apparemment très décontractés, les relations sont faussement amicales. Ils se singularisent par la volonté de conclure très rapidement une affaire. Outre la fausse sortie, devant un mur, ils adoptent le profil du ‘faux faible’.

Si on remarque bien, dans l’article de Lawrence Delevingne publié sur le site businessinsider, outre le titre pompeux et provocateur, nulle part, il n’a mentionné que la délégation sénégalaise demandait l’argent pour des pots de vin ou des commissions. Mais l’intention d’affaiblir les plénipotentiaires sénégalais que sont M. Karim Wade et M. Thierno Ousmane Sy est manifeste. Le journaliste américain Delevingne a omis volontairement les titres de conseillers financiers et des Tics du président pour n’utiliser que ‘fils du président’ et ‘fils de l’ancien ministre de l’Intérieur’. Comme on dit en communication, l’angle de traitement de l’information varie selon la position et les sentiments de celui qui informe. C’est-à-dire, à partir du ton, des mots utilisés, on peut déceler l’intention. Delevingne dit avoir exploité un document du Congrès américain, suite à la plainte déposée par Milicom au Crdi (pas pour extorsion illégale de fonds, mais pour résiliation abusive de concession), mais si on exploite la correspondance de Millicom (Tigo) en date du 13 juillet 2009 adressée au président de la République, par laquelle, elle accepte de porter son offre de 60 à 100 millions de dollars, on remarque l’acceptation tacite de la renégociation du contrat. Ce qui est déjà un grand acquis pour la partie sénégalaise : de 50 millions de francs Cfa, le prix de la licence Tigo passerait à 55 milliards de francs Cfa. Le fait de mentionner cette proposition sur une correspondance officielle avec entête Tigo, pieds de page Millicom International Cellular Sa, montre la destination de cette somme (si c’était des commissions ou des pots de vin, cette forme n’allait pas être utilisée). Ainsi l’existence d’une clause hardship, autorisant ou pas la renégociation du contrat initial de 1998, n’est plus importante. Dans la pratique internationale, comme il est de coutume de provisionner des conflits et des procès, les ruptures éventuelles de contrat font l’objet de simulation financière. La comparaison, entre le prix de cession d’alors de la licence (50 millions de francs Cfa) et les cash flows que génère Tigo (après réduction drastique des investissements) contraint la multinationale américaine à la renégociation. Devant l’échec des différentes tentatives de fausses sorties et face à la détermination du Sénégal d’appliquer le même prix que celui de Sudatel, à savoir 200 millions de dollars, Millicom essaie d’adopter une autre stratégie très courante dans les négociations de contrat, à savoir ‘remuer l’eau pour faire peur aux poissons afin de réaliser une bonne pèche’.

Espérant pouvoir profiter des rapports Presse/Pouvoir, souvent marqué par l’incompréhension, le géant américain opte pour le discrédit et l’intimidation. Discréditer les plénipotentiaires sénégalais (MM. Karim Wade et Thierno Ousmane Sy) par le biais d’une certaine presse aiderait à les faire reculer et accepter la proposition basée sur un autre principe qui consiste à ‘donner une brique pour prendre une pierre de jade’, c’est-à-dire acheter des insertions publicitaires (logique commerciale oblige) sur presque tous les médias, espérant un jour le retour de l’ascenseur. S’agissant de la volonté de conditionner implicitement le Mca à l’acceptation de la proposition de Millicom, émise par le Sénateur républicain Ed Royce, il est important de rappeler que ce dernier est un habitué de l’intimidation. En effet, le 29 septembre 2009, le même Sénateur Edward Royce, se basant sur des bribes de la presse, intimait l’ordre au président vietnamien Nguyen Minh Triet de libérer des détenus, avant de se présenter à l’Assemblée générale des Nations Unies. La différence est qu’au Vietnam, il avait écrit directement au président alors qu’avec le Sénégal, il s’est adressé à la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton. Heureusement que les Etats-Unis disposent de sources efficaces et performantes pour apprécier l’opportunité de programmes comme le Mca. Toutes ces stratégies mises en branle par Millicom (fausse sortie, faux faible en se victimisant, etc.) risquent de jouer en leur défaveur si on se fie aux conseils du grand professeur Michel Delahaye : ‘Une règle doit être appliquée avec les Africains : ne jamais faire preuve de duplicité et ne pas employer l’intimidation ou le chantage qui se soldent irrémédiablement par un blocage’. Les Sénégalais, malgré les divergences internes, savent lire entre les lignes pour ne pas porter un combat qui n’est pas le leur et qui est contre les intérêts nationaux. Combien de multinationales, au nom de la création d’emplois, de la promotion des investissements, de l’amélioration de l’image de marque de nos sociétés, de la reprise d’activité, de la modernisation d’un secteur ou encore d’augmentation de la capacité de telle ou telle offre, sont venues faire semblant d’investir, piller nos maigres ressources, créer des conditions de rupture, toucher des dommages et intérêts et laisser en rade des milliers de pères de famille. Comme on dit en droit des contrats, le meilleur contrat est un contrat équilibré où les intérêts des parties signataires sont pris en compte, et qui est basé sur le win/win, surtout dans un monde où la connaissance est la chose la mieux partagée. ‘Un dragon ne se peint pas sur un coup de peinture’, l’Afrique a eu le temps d’être exploitée, de regarder faire, de comprendre pour bien préparer l’action.

Alioune Moussa Fall
E-mail : dieugfal@gmail.com

(Source : Wal Fadjri, 25 février 2010)

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