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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2004 > Décembre > Média Centre de Dakar : L’ambition de faire renaître le cinéma africain

Média Centre de Dakar : L’ambition de faire renaître le cinéma africain

vendredi 10 décembre 2004

Audiovisuel

Faire d’une pierre deux coups, tel est l’ambition du Média Centre de Dakar (MCD) qui va abriter à partir de 2005 une école de cinématographie et de l’audiovisuel pour former des jeunes et, en même temps, assurer une bonne relève dans le domaine du cinéma africain. Cette structure de formation aux métiers de cinéma, ouverte à l’Afrique et au reste du monde, entend répondre à la forte demande des jeunes en matière de formation en cinématographie et audiovisuel.

Donner une nouvelle image à la formation dans les métiers de cinéma et de l’audiovisuel au Sénégal et en Afrique. Tel est le défi que veut relever le Média centre de Dakar (MCD) en abritant à partir de l’année 2005, une école de cinématographie et de l’audiovisuel. En fait, depuis 1997, le MCD s’occupe de la formation initiale aux techniques de prise de vue et de son, au montage numérique, à la réalisation et aux écritures de scénarios. Il organise au bout de neuf mois de cours théoriques et pratiques, avec des jeunes recrutés par concours (six files et six garçons), des séries de productions de courts-métrages présentés chaque année dans le festival Cinéma de quartier.

Selon Modibo Diawara, chargé de la formation, après sept ans d’existence, le MCD est entrain de réfléchir un peu sur la possibilité de devenir un pôle pour la formation et la professionnalisation des acteurs dans les métiers du cinéma et de l’audiovisuel et de faire de Dakar une véritable école de cinéma. Depuis sa création, le MCD a une préoccupation fondamentale, « créer un environnement propice à l’éclosion de jeunes talents et promouvoir un savoir-faire dans le domaine du « film-making ». Cet environnement a pris en charge plusieurs volets notamment la formation et la professionnalisation, la production et le festival de film de quartier. Ces trois volets visent la création d’un paysage cinématographique authentique. À en croire le directeur général du MCD, Samba Félix Ndiaye, leur objectif est d’arriver à innover l’industrie cinématographique du pays, en créant un endroit de rencontre entre les hommes du cinéma et de l’audiovisuel et les jeunes porteurs de projets, à l’image d’une grande école de cinéma et d’audiovisuel. Pour réussir cette mission, indique M. Ndiaye, il faut donner la priorité à la formation qui constitue le socle de tout.

Le coordonnateur national du MCD, Moussa Guèye, souligne, « les cinéastes sont appelés aujourd’hui à mener de profondes réflexions sur leur métier, mais également à chercher à travailler en synergie afin de dresser des voies et moyens pour la bonne marche du cinéma ». Toutefois, selon le directeur général M. Ndiaye, pour la redynamisation de l’industrie cinématographique sénégalaise ou africaine, il faudrait aujourd’hui des jeunes très motivés et qui sont porteurs de projet.

Le MCD travaillera plus tard à mettre en place, grâce aux productions des films de quartier, un aspect fondamental, à savoir : l’accompagnement des projets de jeunes à travers une dynamique professionnelle et la qualité des films qui vont être produits.

Une formation à partir du baccalauréat

Il faut dire que cette nouvelle école de cinéma et de l’audiovisuel sera non seulement ouverte à l’Afrique, mais également au reste du monde. Cependant, précise son directeur général, « il se pourrait que l’on passe de douze à vingt-quatre étudiants. C’est-à-dire douze de l’Afrique et douze autres qui proviendront de l’étranger ».

Pour M.Ndiaye, cette école vient répondre à la forte demande de jeunes africains qui désirent se former au métier de cinéma et qui ne trouvent pas de structures conséquentes leur offrant une formation complète sur le métier. En fait, le MCD s’est tracé de nouvelles voies qui consistent à recruter à partir du baccalauréat. Mais il faudrait également que l’étudiant soit porteur de projet.

Les étudiants suivront désormais une formation de trois ans, au lieu de neuf mois dans l’ancien programme. La formation va être très spécifique. Il y aura une acquisition de connaissances techniques et théoriques pendant la première année.

Les étudiants apprendront également l’analyse de film, l’histoire du cinéma et de l’art, la sémiologie. La deuxième année qui sera plus théorique permettra d’étudier ensemble avec les étudiants leur projet. Ils feront une pratique de l’écriture du cinéma et une étude sérieuse de tous les courants cinématographiques recoupant l’histoire en général et l’évolution du cinéma. La troisième année est plus libre et sera consacrée pour la réalisation des projets des étudiants.

À en croire les responsables du MCD, « il faut actuellement un regard neuf du cinéma qui ne peut se faire en dehors de son histoire. Donc, à cet effet, il est important qu’il ait en Afrique et à travers le monde des réseaux de formation de jeunes au métier de cinéma ». L’objectif visé à travers le MCD est d’arriver à former des jeunes rompus aux métiers de cinéma avec un regard et une singularité dans leurs propos.

Dans la perspective de faire du Média Centre une référence en matière de formation cinématographique, celui-ci va se doter d’une médiathèque, une bibliothèque, un lieu d’information rassemblant le plus largement tout ce qui se fait dans le cinéma actuellement, mais d’une manière très spécifique, tout ce qui se fait dans le cinéma africain et singulièrement dans le cinéma sénégalais.

Cependant note, le M. Ndiaye, « les cinéastes qui ont envi de voir les choses qui leur échappent ont tout intérêt à collaborer avec l’émergence d’une jeune cinématographie. Ce qui nous intéresse aujourd’hui est de voir ce que nous pouvons faire ensemble pour la renaissance du cinéma africain ».

Le MCD a d’ailleurs favorisé cette démarche en matière de formation, en cherchant à instaurer un cadre d’échange entre les professionnels du cinéma et les jeunes réalisateurs qui constituent une véritable relève.

Le Média Centre de Dakar abrite et met également en place un certain nombre de projets qui vont participer à l’émergence de l’industrie cinématographique sénégalaise et africaine en général.

Il s’agit entre autres, précise Modibo Diawara, chargé de la formation, du projet « Africiné » qui est un projet international financé par l’Agence Internationale de la Francophonie. À son avis, ce projet a réussi à mettre en place une fédération africaine des critiques de cinéma dont le siége sera à Dakar.

Le travail de la fédération va s’articuler autour de la promotion des discours critiques sur le cinéma, non pas dans une perspective occidentale, mais dans une perspective purement africaine et à la mise en ligne d’articles, de publications et de contributions diverses sur le cinéma à travers un site « wwwafriciné.org » que le MCD héberge depuis le mois de novembre. Au-delà de cela, il y aura des dossiers thématiques qui vont comporter des réflexions plus approfondies sur le cinéma ou sur un réalisateur qui seront remontés dans le cadre du site et mis en ligne. Donc, les journalistes culturels, les critiques de cinéma, les cinéphiles etc, vont devoir utiliser ces outils. En fait, le site va être l’interface qui permettra de nourrir le dialogue permanent entre les critiques de cinéma et les cinéastes de l’Afrique noire et du Maghreb, étant entendu que les publications et les thèses vont être numérisées et mis en ligne à travers ce site web. Il y a donc ce projet parmi tant d’autres, poursuit-il, qui permettent aujourd’hui au MCD de rayonner dans le monde et d’être au diapason des grandes initiatives prises en faveur du développement du cinéma, aussi bien en Afrique qu’à l’étranger. Les ateliers sur la critique et l’analyse du film constituent le deuxième volet du projet « Africiné ». Modibo Diawara indique cependant que « Africiné » est né et s’est développé grâce à quatre partenaires que sont le Sénégal, le Burkina-Fasso, le Cameroun et la Tunisie, en collaboration avec « Africulture » qui en est l’initiateur.

Par ailleurs, le MCD en partenariat avec les postes du British Concil de la sous-région (Ghana, Sierra Léone, Cameroun, Nigeria et Sénégal) et avec le projet international « Conecting Futures » basé au Royaume-Uni, développera en février 2005 le projet « Story Lines » avec cinq(5) jeunes réalisateurs de 15 à 25 ans ressortissants des pays partenaires et cinq autres du Royaume-Uni. Ces jeunes prépareront des sujets sur l’identité et le dialogue culturel entre les peuples de cultures différentes. Le MCD animera également, en début 2005, en collaboration avec la Délégation de Wallonie-Bruxelle (Communauté française de Belgique), un atelier d’écriture et de production documentaire à l’intention de jeunes réalisateurs sénégalais.

La question genre et les médiats

Au-delà de ces projets, le MCD est au cœur de la question du genre et des droits humains notamment des droits des couches défavorisées.

À ce sujet, un projet sous-régional appelé « Femmes médias numériques et développement » a été monté. Il est actuellement en cours de recherche de financement et ses partenaires sont entre autres, le ministère de la Famille et du Développement Social, l’Unifem et les représentants des grands réseaux des organisations de femmes.

Dans les trois ans à venir, note Modibo, le projet sera orienté vers des activités de formation, de production de films de réflexion critique et de mise en réseau. Ce projet est avant-gardiste en ce sens qu’il entend promouvoir l’accès et le contrôle des médiats par les femmes.

Il urge, justifie-il, de participer à la promotion et à l’épanouissement des femmes par la production de discours alternatifs qui leur permettent d’avoir une influence sur l’environnement des médias. « Les images qui dominent aujourd’hui les programmes télévisuels, remarque Modibo, sont des images extrêmement dévalorisantes de la femme. Il faut donner aux femmes la possibilité de prendre en charge leur présent et leur avenir par le biais des médiats qui sont un outil performant qui leur permettra de conquérir des droits non encore acquis ».

PRODUCTION : En 2005, les longs-métrages en priorité

À partir de 2005, annonce Hamet Fall Diagne, le MCD va passer à un autre cycle, en ce qui concerne la production. Cela passe par une restructuration des « productions du quartier » qui est un département de production du MCD. Les réalisateurs ou cinéastes confirmés devront pouvoir trouver au MCD, précise M. Diagne, un partenaire pour pouvoir monter leurs projets, que se soit sur le plan technique ou sur le plan financier avec le concours d’un producteur crédible.

« Dans le cycle qui est terminé on a surtout travaillé avec des réalisateurs issus de la formation du centre et des réalisateurs indépendants qui faisaient leur premier film » rappelle-il. Maintenant, « nous avons décidé de passer à un palier supérieur » indique Hamet. À cet effet, le MCD entend continuer toujours à accompagner les jeunes qui ont eu à faire leur premier film dans le centre, dans d’autres projets de manière beaucoup plus professionnelle. Il va surtout miser désormais sur le développement, particulièrement sur l’écriture de scénario, en procédant par un appel à projet. Il y aura un comité de lecture des projets qui va être constitué pour statuer sur les différents projets qui seront présentés.

Émergence d’un marché local

L’année 2005 sera une année où le MCD entrera véritablement dans des phases de production de long-métrages, signale M. Diagne. « On va être beaucoup plus original dans la démarche de recherche de financement des projets » précise-il.

Le MCD veut une émergence d’un marché local de films pour pousser le public à regarder les productions locales qui retracent nos réalités.

De l’avis de M. Diagne, il faut que les populations se réapproprient leurs propres images. En outre, poursuit-il, il faudra également que la Rts s’investisse dans les projets de productions à venir. Pour lui, la production des programmes de la Rts doit de plus en plus être confiée à des boîtes de production privées, pour leur permettre de se développer. Mais, à son avis, cela passe par une réelle volonté politique.

DOSSIER REALISE PAR MATHIEU BAKALY

(Source : Le soleil, 10 décembre 2004)

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