Mauvaise qualité de service : que risquent les opérateurs télécoms nigériens
mercredi 15 juillet 2026
La problématique de la qualité des services télécoms est commune à plusieurs pays africains. Les consommateurs exigent de plus en plus des connexions fiables et des services performants, dans un contexte où la transformation numérique accroît les besoins en connectivité.
Au Niger, les opérateurs Zamani, Airtel, Moov Africa et Celtel sont ciblés par le régulateur pour des manquements à leurs obligations en matière de qualité de service à Niamey. Mis en demeure, ils disposent d’un délai d’un mois pour remédier aux insuffisances constatées, avec sanctions à la clé.
La décision a été rendue publique par l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (ARCEP) dans un communiqué publié dans le quotidien gouvernemental Le Sahel le lundi 13 juillet, selon la presse locale. Sur le site Internet du régulateur, seules les décisions n°008 et n°010, datées du 10 juin et concernant respectivement Celtel et Moov Africa, sont toutefois disponibles.
Cette mise en demeure fait suite à une mission de contrôle de la qualité des services mobiles menée dans la capitale. Les résultats mettent en évidence plusieurs insuffisances affectant principalement les services de voix et d’Internet mobile chez l’ensemble des opérateurs. En revanche, la qualité du service SMS est jugée satisfaisante. La couverture réseau est également globalement conforme aux exigences réglementaires, à l’exception de Zamani, qui n’atteint pas le seuil requis pour la 4G.
« À l’expiration du délai imparti, l’ARCEP procédera à une nouvelle campagne de contrôle de la qualité de service à Niamey, afin d’évaluer les actions correctives mises en œuvre par les opérateurs. En cas de manquements persistants, l’ARCEP engagera les procédures prévues par les textes en vigueur, pouvant conduire à l’application de sanctions », peut‑on lire dans le communiqué.
De l’amende au retrait de licence, l’éventail des sanctions possibles
La loi prévoit une amende comprise entre 1 % et 3 % du chiffre d’affaires de l’exercice précédent. À titre indicatif, sur la base des derniers chiffres disponibles auprès de l’ARCEP, soit ceux de l’exercice 2024, une sanction financière appliquée au taux minimal de 1 % représenterait près de 1,2 milliard FCFA (environ 2 millions USD) pour Celtel, 660 millions FCFA pour Niger Telecoms, 397 millions FCFA pour Zamani et 338 millions FCFA pour Moov Africa. Au taux maximal de 3 %, les montants pourraient atteindre respectivement 3,56 milliards FCFA, 1,98 milliard FCFA, 1,19 milliard FCFA et 1,01 milliard FCFA.
En cas de récidive, ce montant est porté au double, sans préjudice des autres sanctions prévues par les textes. Tout retard dans le paiement de l’amende expose également l’opérateur à une pénalité de 1 million de francs CFA par jour de retard.
Au‑delà des sanctions financières, le régulateur dispose d’autres leviers. Il peut prononcer la suspension totale ou partielle de la licence, la réduction de sa durée ou de son étendue, voire son retrait définitif dans les cas les plus graves.
La coercition suffit‑elle à améliorer la qualité des réseaux ?
À travers ces mesures coercitives, le régulateur télécoms entend inciter les opérateurs à garantir aux consommateurs des services de communications électroniques conformes aux exigences de qualité, de disponibilité et de performance prévues par la réglementation.
Cette démarche intervient dans un contexte où les plaintes des abonnés concernant la qualité des services télécoms se multiplient à travers l’Afrique, alors que la transformation numérique accroît les besoins en connectivité fiable et en accès à des services numériques performants.
Reste toutefois à savoir si cette approche coercitive permettra d’obtenir les résultats escomptés, alors qu’elle est appliquée depuis plusieurs années sur le continent sans entraîner de changements significatifs dans certains marchés. L’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA) explique cette situation par le fait que certains objectifs fixés par les régulateurs dans le cadre de ce qu’elle qualifie « d’approche directe » peuvent s’avérer trop complexes, voire irréalistes. La multiplication d’indicateurs difficiles à mesurer ou à harmoniser pourrait, selon l’organisation, produire des effets contre‑productifs et freiner les investissements à long terme dans les réseaux.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 15 juillet 2026)
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