Mauritanie : la réforme du dédouanement des téléphones mobiles face au défi de l’inclusion numérique
mercredi 11 mars 2026
Avec un taux de pénétration mobile de 119 %, le téléphone est devenu le pilier de l’accès aux services essentiels en Mauritanie. La nouvelle réforme du dédouanement cherche à réguler ce marché stratégique, mais la menace de suspension des lignes fait craindre un frein à l’inclusion numérique des ménages.
La Mauritanie a introduit dans sa loi de finances initiale pour 2026 un dispositif encadrant le dédouanement et l’utilisation des téléphones mobiles sur les réseaux nationaux. Selon un communiqué publié le samedi 7 mars, la réforme prévoit une baisse des taux de taxe appliqués aux appareils importés et instaure un mécanisme de contrôle numérique des téléphones en circulation, incluant la possibilité de suspendre une ligne si l’appareil n’est pas régularisé dans un délai de 15 jours.
Un marché mieux encadré mais connecté à la réalité des usagers
Selon le ministère des finances, le taux de dédouanement pour les smartphones est passé de 32,75 % à 30 %, tandis que celui des téléphones dits « utilitaires » est fixé à 12 %. Pour accompagner ces mesures, les autorités ont mis en place une plateforme numérique de dédouanement à distance, où vendeurs et utilisateurs peuvent effectuer leurs démarches sans se déplacer physiquement dans les bureaux des douanes.
Le nouveau système permet également aux utilisateurs de vérifier l’état de dédouanement de leur appareil en saisissant son code IMEI dans l’application dédiée. Si un téléphone non dédouané est détecté sur un réseau mobile, son propriétaire reçoit un SMS d’avertissement et dispose de 15 jours pour régulariser la situation avant qu’une suspension de ligne ne soit appliquée.
Le défi de l’accessibilité et de l’inclusion
Cette réforme intervient dans un pays où le mobile est largement répandu. Selon le rapport « Digital 2026 » de DataReportal, la Mauritanie comptait 6,37 millions de connexions mobiles actives à la fin de 2025, soit environ 119 % de la population, tandis que près de 2 millions de personnes utilisent internet, principalement via le mobile.
Toutefois, malgré la baisse des taxes, certains acteurs du marché estiment que le coût des téléphones demeure un obstacle pour une partie de la population. D’après la Banque mondiale, 77 % des adultes d’Afrique subsaharienne qui ne possèdent pas de téléphone mobile citent le prix élevé comme principal frein à l’équipement. Un smartphone d’entrée de gamme peut ainsi représenter jusqu’à 73 % du revenu mensuel moyen des ménages les plus pauvres dans la région.
Dans ce contexte, la possibilité de suspension d’une ligne après 15 jours en cas de non-régularisation du dédouanement suscite des interrogations chez certains utilisateurs et commerçants. Le téléphone mobile est devenu un outil central pour les transferts d’argent, l’accès à l’information, à l’éducation ou encore aux services administratifs. Les petits revendeurs redoutent également que la complexité des démarches numériques et la crainte de blocage des appareils ne freinent les ventes.
Pour les autorités mauritaniennes, le défi sera donc de mieux encadrer le marché des téléphones et de renforcer les recettes douanières, tout en évitant que ces nouvelles règles ne freinent l’inclusion numérique d’une population encore partiellement hors ligne.
Samira Njoya
(Source : Agence Ecofin, 11 mars 2026)
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