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Maurice Levy aux jeunes entrepreneurs africains : « L’avenir du monde se joue sur le continent »

lundi 28 mai 2018

Portrait/Entretien

La tech africaine est l’avenir du monde ! Voilà le credo de Maurice Levy, l’ancien patron du numéro trois mondial de la publicité, Publicis, est l’initiateur du salon VivaTech qui a fermé ses portes samedi 26 mai à Paris.

Un salon dédié aux nouvelles technologies et aux entreprises du secteur du numérique. Cette année VivaTech avait invité une centaine de jeunes pousses africaines dans divers domaines, santé, énergie, finance. Maurice Lévy répond à RFI.

Vivatech a accordé cette année une grande place à la tech africaine puisque vous aviez invité une centaine d’entreprises du continent. Selon l’avenir de la technologie se joue-t-il en Afrique ?

C’est l’avenir du monde qui se joue en Afrique et pas seulement l’avenir de la technologie ! L’avenir de la technologie se joue dans les endroits où il y a le plus de moyens, c’est-à-dire la Chine, les Etats-Unis et avec un peu de chance, l’Europe. Et la technologie peut aider l’Afrique à être cette vitrine du futur.

Mais moi ce qui m’a importé, et m’a intéressé en invitant l’Afrique et ses startups, ce n’était pas tellement de montrer qu’elles pouvaient être l’avenir mais de montrer que dans le présent, il y a différentes faces de l’Afrique.

J’ai voulu que l’Afrique soit présente avec ce qu’il y a de plus vibrant : sa jeunesse, ses startups, ses innovateurs, ses entrepreneurs. Je ne suis pas encore content, parce que ce que nous avons vu n’est qu’un petit échantillon.

L’Afrique a beaucoup plus de startups, elle a beaucoup plus de talent et d’ambition et je pense qu’elle aurait être beaucoup plus présente ! Il faut donc qu’on l’aide mais pas avec des aides, pas avec des subventions, cela n’a pas d’intérêt. Il faut l’aider à entreprendre...

L’accès aux financements est donc le plus important selon vous ?

C’est essentiel, le financement et les technologies. Il faut les aider à les obtenir, il faut les former. C’est un devoir et l’on est payé de retour, car lorsqu’on voit ce qu’ils réalisent, on se dit « c’est pas mal ».

Et puis c’est bien si l’on réussit à leur permettre de créer des entreprises qui vont créer des emplois, qui vont créer des richesses et permettre à des régions de se développer

Est-ce que le risque n’est pas de voir des multinationales devenir des prédateurs de jeunes talents, et racheter ces entreprises pour exporter ensuite les jeunes talents et leurs technologies ?

C’est déjà le cas, malheureusement... Les grandes entreprises sont prédateurs de petites startups ; elles ont envie de prendre les petites startups dans le monde entier et de racheter leurs talents. Car il y a une guerre de talents considérables. Et ces entreprises font énormément d’efforts pour recruter les meilleurs quel que soit l’endroit où ils sont.

Mais c’est une chance aussi pour eux car ils acquièrent de l’expérience, ils acquièrent des connaissances, des possibilités de s’exprimer. Mais le vrai sujet c’est de permettre à ces startups non seulement de se développer et de grandir.

Malheureusement, il y a beaucoup de pays où cela ne se passe pas comme ça. Qu’est-ce que les jeunes de ces pays doivent dire à leurs dirigeants et qu’est-ce qu’ils doivent faire pour qu’ils puissent travailler dans de bonnes conditions.

Je leur conseillerai de ne pas s’embarrasser de tout ce qui peut créer un problème. Et ne pas compter sur leur gouvernement. Il faut qu’ils prennent leur sort entre leurs mains. Il faut qu’ils aient une idée et qu’ils aillent au bout de leur idée. S’ils chutent ou s’ils connaissent l’échec, ce n’est pas grave.

Cela fait partie de la règle du jeu. Pour deux, trois succès sur dix, il y a quand même quatre ou cinq échec... et le reste est moyen ! Donc, il faut bien voir que ce n’est pas facile.

Il faut qu’ils se prennent en main, qu’ils aillent au bout, il faut qu’ils montrent qu’ils savent. Ils n’ont pas besoin de compter sur les autres et notamment pas sur leur gouvernement.

Le gouvernement doit remplir son rôle et les aider mais eux doivent démontrer qu’ils sont entrepreneurs. Et l’on est entrepreneur lorsque l’on entreprend ! C’est bête mais c’est comme ça !

Lorsque vous regardez en arrière et d’où vous venez, quelle est la qualité qui vous a permis de devenir ce que vous êtes aujourd’hui ?

Je suis né à Oujda (au Maroc NDLR), de parents qui étaient des réfugiés, donc le mot réfugié résonne. Ils étaient réfugiés d’abord de la guerre d’Espagne et ensuite de la Deuxième Guerre mondiale. Poussés par les Allemands, ils sont allés au Maroc, car le roi Mohammed V protégeait les juifs.

J’ai gardé une grande affection pour mon pays d’origine, ainsi que cette envie de me battre. Une envie que j’ai toujours eue. Je me souviens qu’un jour j’étais revenu avec une bonne note et un bon classement, et l’on m’a fait remarquer qu’il y avait encore de meilleures notes te de meilleurs classements !

Un grand classique de l’histoire familiale...

Voilà ! J’étais content, j’avais un prix d’honneur et j’étais numéro deux et mon père m’a expliqué qu’il y avait un prix d’excellence et un numéro un. Il n’a pas eu à me l’expliquer deux fois...

Davantage que le courage, il y a donc l’orgueil ?!

Bien sûr ! Les gens qui ont envie de réussir sont tous un peu orgueilleux, ils sont tous extrêmement volontaires et ont envie de réussir, de se valoriser, de se battre.

De temps en temps, ils chutent mais ils ont un tel orgueil qu’ils font semblant de ne pas avoir remarqué la chute. Ils remontent à cheval et ils foncent.

Olivier Rogez

(Source : RFI, 28 mai 2018)

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