Maroc : la cybercriminalité au cœur des menaces en 2024
samedi 3 janvier 2026
Le rapport 2024 du Parquet général met en évidence une montée préoccupante de la cybercriminalité et l’usage croissant des cryptomonnaies dans le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent, révélant une mutation profonde des menaces criminelles au Maroc.
Selon le rapport annuel publié par la Parquet général du Royaume, l’année 2024 a été marquée par une intensification notable des infractions liées aux technologies numériques. Les autorités judiciaires ont enregistré plus de 500 affaires de cybercriminalité, illustrant l’ancrage désormais structurel des systèmes d’information dans les activités criminelles, qu’elles soient individuelles ou organisées. Ces dossiers couvrent un spectre large, allant de la fraude en ligne au harcèlement électronique, en passant par l’incitation au crime via les plateformes numériques et les contenus illicites impliquant des mineurs.
Le rapport souligne que ces infractions ne relèvent plus majoritairement d’actes isolés. Elles s’inscrivent de plus en plus dans des schémas organisés, exploitant à grande échelle les failles des infrastructures numériques et la dépendance croissante des citoyens et des institutions aux services en ligne. Cette évolution complexifie le travail des autorités, confrontées à des réseaux capables d’opérer rapidement, souvent au-delà des frontières nationales.
Au-delà de la cybercriminalité classique, le document met en lumière une mutation significative des mécanismes de financement du terrorisme. En 2024, 116 affaires liées au terrorisme ont été enregistrées, impliquant 134 suspects, avec des poursuites engagées dans 96 dossiers. Les autorités relèvent un recours accru aux outils numériques et aux instruments financiers innovants, notamment les cryptomonnaies, afin de contourner les dispositifs traditionnels de surveillance bancaire.
Le rapport cite un cas emblématique révélant cette tendance. Les services de sécurité ont identifié une opération de collecte de dons en cryptomonnaie au profit de l’organisation terroriste Daech. Le suspect avait acquis des unités de monnaie numérique USDT via la plateforme Binance, après un dépôt par carte bancaire, avant de transférer les fonds vers un portefeuille électronique lié à l’organisation. L’opération portait sur 50 unités de cryptomonnaie, illustrant la capacité de ces réseaux à exploiter la rapidité et la relative opacité des transactions numériques.
Cette évolution se reflète également dans les statistiques relatives au blanchiment d’argent. Pas moins de 801 dossiers ont été recensés en 2024, souvent en lien avec des infractions sous-jacentes de cyberfraude ou d’autres délits financiers facilités par la technologie. Si le rapport ne détaille pas la part exacte des devises numériques, il confirme que ces instruments jouent un rôle croissant dans les circuits de dissimulation et de recyclage des flux illicites.
(Source : APAnews, 3 janvier 2026)
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