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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2022 > Août 2022 > Mariam Hamadou Ali : « Il est temps d’exploiter pleinement le potentiel des (…)

Mariam Hamadou Ali : « Il est temps d’exploiter pleinement le potentiel des câbles pour faire de Djibouti une « Smart Nation » »

jeudi 11 août 2022

Portrait/Entretien

Cela ne fait qu’un an que Djibouti s’est doté d’un ministère de l’Economie numérique et de l’Innovation (MENI), une originalité pour ce petit pays particulièrement stratégique de la Corne de l’Afrique, doté de 14 câbles sous-marins. Misant sur la parité et l’inclusivité numérique, la ministre Mariam Hamadou Ali, accorde son premier entretien à La Tribune Afrique.

La Tribune Afrique : Vous êtes à la tête du premier ministère de l’Economie numérique et de l’Innovation de Djibouti. De quelle manière votre parcours vous a-t-il conduite à cette fonction ?

Mariam Hamadou Ali : Après plusieurs années passées au ministère de l’Economie et des Finances, j’ai dirigé l’élaboration de plans de développement. Depuis mon arrivée à ce ministère, il y a un an, j’ai piloté l’élaboration de la vision nationale numérique et la feuille de route. Le projet de loi « portant mission et organisation » du ministère vient juste d’être approuvé par le parlement.

Quel est le taux de connectivité aujourd’hui à Djibouti ?

Malgré une excellente connectivité à l’international et un potentiel considérable grâce à nos 14 câbles sous-marins, nous avons encore des points à améliorer. Selon une étude menée par Djibouti Télécom en 2018, au niveau national, plus de la moitié des ménages (57,7 %) ont déclaré avoir eu accès à Internet au cours des trois derniers mois précédant l’enquête (71,3 % en milieu urbain et 0,7 % en milieu rural).

Dans la ville de Djibouti, 78,2 % de ménages ont eu accès à Internet contre 17,3 % de ménages dans les autres centres urbains. Notre ambition est de généraliser le très haut débit à l’ensemble du territoire et plusieurs projets seront déployés à cet effet, dans les prochains mois. L’axe transversal « infrastructures numériques et connectivité » de notre feuille de route contient un ensemble de projets pour généraliser l’accès à un Internet de qualité et à un prix abordable. L’ouverture du capital de Djibouti Télécom constitue l’une des réformes du secteur qui permettront de renforcer la concurrence au bénéfice du consommateur.

Dans le cadre de la « Vision 2035 », Djibouti s’est doté d’un plan de développement quinquennal intitulé « Djibouti ICI » (Inclusion, Connectivité et Institutions). Que recouvre ce plan ?

Le plan de développement Djibouti ICI constitue une étape à court et moyen terme pour réaliser la vision Djibouti 2035. Il participera à une meilleure inclusion sociale et financière, à travers la réduction de la fracture numérique. Nous allons favoriser l’investissement pour soutenir le secteur privé, afin de créer des emplois et de la valeur. Le numérique est un secteur-clé pour développer notre capital humain. Au niveau de l’e-Gov, nous allons dématérialiser des procédures pour les rendre plus accessibles à tous. Enfin, en termes de souveraineté numérique, nous élaborons des stratégies de cybersécurité, de protection des data, soutenues par des institutions dédiées.

Djibouti Telecom dispose de deux stations d’arrivée de câbles sous-marins desservant plus de 50 opérateurs de télécommunications avec des connexions vers plus de 90 pays. Début juin, A. Adesina, le président de la Banque africaine de développement, déclarait : « Je vois réellement un « Djibouti au-delà des ports », une nation en marche pour devenir une plaque tournante des TIC à l’échelle mondiale ». Quels sont les atouts pour faire de cet objectif, une réalité ?

Djibouti jouit en effet, d’une position géostratégique exceptionnelle et dispose d’un réel potentiel pour devenir un hub numérique international. Djibouti Télécom a beaucoup investi dans la connectivité internationale. Il est temps d’exploiter pleinement le potentiel de câbles pour faire de Djibouti une « Smart Nation ». Nous voulons faire de Djibouti, un pays où s’installeront demain les GAFAM et les grands acteurs du secteur. A travers le renforcement des compétences et le développement de nos infrastructures, nous comptons bien tirer parti de nos atouts et notamment de notre position géostratégique, pour nous imposer comme un hub numérique mondial.

Quelle politique de formation aux métiers du numérique existe-t-il pour renforcer le capital humain ?

Nous allons mettre en place des offres de formations (publiques et privées) tout en renforçant nos partenariats internationaux. Au niveau de l’entreprenariat, quelques acteurs de l’écosystème comme CLE, accompagnent les jeunes et les femmes dans leur démarche d’entreprenariat. La parité et l’égalité des chances entre hommes et femmes sont des aspects particulièrement suivis par le gouvernement. Plusieurs initiatives ont été développées pour atteindre plus de parité numérique : formations, sensibilisation et communication sur les succès féminins. Ces actions sont conduites par tous les acteurs de l’écosystème comme le CTID par exemple, qui a mené des programmes spécifiques pour les femmes dans l’entreprenariat.

Comment appréhendez-vous la souveraineté des data ?

Nous travaillons sur les aspects à la fois réglementaires et institutionnels pour assurer la protection des données et la cybersécurité, qui représentent des chapitres importants de notre futur code du numérique. Nous voulons encourager l’investissement dans les data center nationaux pour élaborer un Cloud souverain. (...) Nous développons actuellement un projet de « Green Data City », pour faire à terme de Djibouti, un archipel de data centres aux normes internationales, fonctionnant avec de l’énergie verte. Un premier projet est lancé.

Le 2 décembre 2021, la Banque mondiale approuvait un crédit de 10 millions de dollars financé par l’Association internationale de développement (IDA), pour accélérer la transformation numérique et construire une économie numérique plus inclusive. De quelle façon ces fonds seront-ils répartis ?

Le crédit financera notamment l’extension des infrastructures et l’opérationnalisation du MENI et de l’ARMD (Autorité de régulation multisectorielle de Djibouti, ndlr). Un appui à la finalisation du code numérique est également prévu. Ces fonds nous permettront aussi de réaliser des études de faisabilité, de cadrage et de prospective. Enfin, une partie sera consacrée au renforcement des compétences dans l’administration et chez les jeunes.

Quels sont les principaux obstacles à l’entrepreneuriat numérique à Djibouti ?

L’écosystème entrepreneurial est encore à ses prémices, malgré l’existence de certains acteurs comme CLE, CTID, Femmes TIC. L’absence d’un cadre juridique de type « Start-up Act », les difficultés d’accès au financement - car il n’y a pas de fonds spécialisés pour financer l’innovation-, le manque de formations, l’indisponibilité des données (ouvertes) permettant de faire émerger des projets, la qualité insuffisante de la connectivité et le prix trop élevé de l’accès à Internet, sont autant d’obstacles à l’entreprenariat numérique.

De quelle façon Djibouti peut-elle mobiliser davantage de fonds pour ses startups ?

Plusieurs pistes existent comme la formalisation d’opportunités de projets. Un programme « Start-up d’Etat » est prévu pour les besoins de l’administration. Un fonds pour l’innovation sera créé et nous allons recourir au crowdfunding. Par ailleurs, nous allons mettre en place un Start-up Act et lancer des partenariats avec des pays où il existe une dynamique numérique forte.

Quel rôle joue le secteur numérique dans l’optimisation des capacités du port de Djibouti ?

Le port de Djibouti est un port très stratégique pour l’Afrique et le numérique permet d’augmenter la productivité, la fiabilité, la traçabilité et la sécurité des opérations portuaires. Nous voulons augmenter les flux transitant par Djibouti afin que le port ne devienne une escale incontournable pour les navires entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie. C’est dans ce cadre qu’est né le projet structurant « Smart Port » (projet d’excellence opérationnelle du port, et de ville nouvelle autour du port, ndlr).

Marie-France Réveillard

(Source : La Tribune Afrique, 11 août 2022)

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