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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2017 > Août 2017 > Mamadou Vieux Lamine Sané, professeur à l’université de Montréal : « L’Uvs (…)

Mamadou Vieux Lamine Sané, professeur à l’université de Montréal : « L’Uvs est en train de résoudre le problème de l’accès à l’enseignement supérieur »

jeudi 3 août 2017

Enseignement à distance

Mamadou Vieux Lamine Sané, Professeur à l’université de Montréal, salue l’initiative de l’Université virtuelle sénégalaise (Uvs) qui, selon lui, est l’une des stratégies les plus importantes que le ministère de l’Enseignement supérieur a mises en place. Dans cet entretien, réalisé en marge de la cérémonie de dédicace de son livre intitulé : « La Gestion axée sur les résultats en éducation, les écoles secondaires en milieux défavorisés sur l’Île de Montréal », le 1er août, au siège de l’Uvs, le Professeur Sané, revient sur l’utilité de réformer le système éducatif pour le rendre plus efficace et accessible à tous.

Vous venez de publier un livre intitulé : « La Gestion axée sur les résultats en éducation, les écoles secondaires en milieux défavorisés sur l’Île de Montréal ». Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire sur ce sujet ?

Vous savez, nous sommes dans un monde de plus en plus complexe. Ce monde est confronté à des difficultés économiques, sociales et les ressources des Etats ne suffisent plus pour faire face à ces difficultés. On remarque, dans les milieux défavorisés, que ce soit dans les pays développés comme le Canada ou nos pays en voie de développement, la réussite scolaire pose problème. Aujourd’hui, c’est un impératif, compte tenu de la masse d’argent que les Etats injectent dans le secteur, qu’on s’occupe de la réussite. Au Québec, parce que le livre a été écrit pour le système québécois, c’est depuis 2000 que le gouvernement a mis en place la Gestion axée sur les résultats (Gar) et ce dans tous les services. L’Education, comme on a l’habitude de le dire, demande plus de moyens, mais peu de résultats. C’est un monde assez difficile. Aujourd’hui, on n’a pas le choix, il faut inverser la tendance. Pourquoi nous devons renverser la tendance en éducation ? Parce que d’abord un système d’éducation n’a jamais était conçu pour les meilleurs élèves. Malheureusement, il y a encore beaucoup d’enseignants qui ne l’ont pas compris.

Le livre a été écrit pour le système québécois et vous avez pris comme exemple les milieux défavorisés au Canada. Ce pays a-t-il réussi la mise en œuvre de cette Gestion axée sur les résultats dans le domaine de l’éducation ?

Les milieux défavorisés au Canada sont particuliers, parce que frappés par la pauvreté. Les jeunes, majoritairement, sont des enfants d’immigrants. Lorsque les gens vont dans ces pays, souvent, ils y vont pour des raisons humanitaires. C’est extrêmement grave si les gens qui quittent les pays en voie de développement pour aller dans les pays développés n’arrivent pas à donner une éducation de qualité à leurs enfants. C’est pourquoi, le gouvernement du Québec a mis beaucoup d’argent pour s’occuper de cette clientèle vulnérable. Malgré ces dépenses massives, les résultats tardent à venir. Cela est devenu une préoccupation pour nous chercheurs de voir que la mise en œuvre de cette politique tant attendue n’arrive toujours pas à donner les résultats escomptés.

Avez-vous constaté que le gouvernement fait la même chose au Sénégal pour aider les milieux défavorisés à avoir accès à une éducation de qualité ?

Oui ! Quand vous lisez le Paquet (Programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence), il est bien écrit que le Paquet, sur la période 2013-2025, va se reposer sur la Gestion axée sur les résultats. C’est le ministre de l’Education nationale qui l’a écrit noir sur blanc. Donc nous partageons la même préoccupation. Dans notre pays, le Sénégal, la réussite scolaire est devenue une exception. Ce qui est inacceptable. Vous regardez les résultats de ces cinq dernières années, cette année, nous sommes à moins de 40% de taux de réussite. Vous voyez que c’est plutôt une exception la réussite, alors que c’est l’échec qui devrait l’être. Un système d’éducation n’a jamais été conçu pour prendre les meilleurs élèves. Un système d’éducation a toujours été conçu pour que tout le monde réussisse, y compris les enfants malades. Si on a autant d’échecs, c’est parce qu’il y a des problèmes à notre niveau, nous les adultes. C’est inacceptable qu’ailleurs les enfants réussissent en majorité et que dans nos pays, on a une culture de l’échec. Il est temps que cette tendance soit inversée.

Que faire pour inverser cette tendance ?

Pour inverser cette tendance, il faut une planification rigoureuse. A partir du plan stratégique du ministère de l’Education nationale, en passant par les inspections jusqu’aux écoles qui doivent mettre en place le projet d’établissement, on doit pouvoir permettre aux gens, de façon rigoureuse, de cibler les problèmes de chaque école, d’impliquer les parents et les enseignants et de s’assurer que les enseignements qui sont faits pour ces élèves soient pertinents et qu’on mette tous les efforts nécessaires pour que l’encadrement dont ces enfants ont besoin soit efficace et efficient pour la réussite des jeunes.

Le gouvernement a organisé des Concertations nationales sur l’avenir de l’enseignement supérieur à l’issue desquelles 78 mesures ont été édictées pour réformer l’enseignement supérieur. Vous avez aussi parlé du Paquet pour l’Education nationale. Est-ce à dire que la voie est déjà balisée pour changer les choses ?

C’est sûr qu’il faut remercier le ministre de l’Enseignement supérieur. Je ne le connais pas, mais il fait énormément d’efforts. L’Uvs est un exemple. Elle a été créée il y a seulement trois ou quatre ans, mais elle est en train de devenir une force incontournable dans le système universitaire du Sénégal. L’Uvs est en train de résoudre le problème de l’accès à l’enseignement supérieur et d’aller vers la qualité. Moi, à partir du Canada, je donne des cours ici et mes cours je les révise quatre à cinq fois ; ce que je ne fais même pas au Canada. Je passe par un processus de qualité parce qu’il faut que mes cours répondent à des normes de qualité avant qu’ils ne soient mis sur la plateforme. C’est une exigence que l’Uvs est en train de faire, parce que dans l’enseignement supérieur les gens se bombent le torse en se disant docteur, alors qu’on ne voit pas les résultats. Au Canada, si vous n’avez pas de résultats, on vous met dehors, quel que soit votre diplôme. Il est temps que les gens changent. A l’Uvs, à travers sa plateforme, il y a des enseignants qui apportent des cours qui sont rejetés, on leur demande de tout refaire. Or, si vous allez à l’Ucad ou dans les enseignements traditionnels, le professeur entre dans sa classe, raconte des salades et il n’y a personne qui contrôle.

Donc pour vous l’Uvs est aujourd’hui un modèle de réussite ?

Oui, c’est un modèle de réussite. L’une des stratégies les plus importantes que le ministre de l’Enseignement supérieur a mises en place, c’est l’Uvs. Quand vous allez dans les grandes universités canadiennes, l’enseignement à distance est la section la plus chère et la plus protégée. N’importe qui ne peut y entrer. Ils ont mis en place un processus très rigoureux pour les cours. C’est extrêmement très bien fait. Si nous réussissons à mettre en place un tel système, vous verrez que les gens, non seulement, vont apprendre, mais tout le monde aura accès à l’enseignement supérieur et un enseignement de qualité. De plus en plus, nous travaillons beaucoup sur des études de cas, mais pas sur un enseignement où on regarde le ciel et on fait des récitations, mais un enseignement collé à la réalité. Ainsi, lorsque l’étudiant sort de sa classe, il est capable, tout de suite, d’agir et de transformer quelque chose.

Vous dites qu’un système d’éducation n’est jamais conçu pour les meilleurs élèves, mais on a constaté qu’avec le système Lmd, le master est très sélectif. Donc vous êtes contre la sélection des meilleurs à ce stade de l’enseignement supérieur ?

C’est une aberration et je me bats pour que les gens comprennent que le système d’éducation n’est pas un luxe. Le problème de notre pays est que beaucoup de gens gèrent le système, mais ils ne sont pas des spécialistes en sciences de l’éducation. Avoir un doctorat et enseigner à l’université ne fait pas de vous un spécialiste des sciences de l’éducation. Depuis l’histoire du Sénégal, notre système n’a jamais été géré par des spécialistes en sciences de l’éducation. Les gens confondent l’élitisme à la qualité. L’élitisme n’a jamais été gage de qualité. Les gens n’ont rien compris parce que même les pays qui avaient des systèmes éducatifs élitistes ont dû abandonner. Malheureusement, nous avons copié sur la France. Regardez ce qui se passe en France. Cette année, le baccalauréat, c’est 99% de réussite. Nous sommes restés là à coller ce que nous avons copié. Jamais nous n’avons eu un débat sur ce système. Tranquillement, nous devons aller vers cette ouverture. Les universités doivent s’adapter aux jeunes. Ce n’est pas aux jeunes de s’adapter aux universités. Si les gens sont vraiment des spécialistes en éducation, ils devraient mettre en place des structures, des passerelles pour permettre à l’ensemble des Sénégalais d’accéder à un enseignement de qualité.

Quelles sont les propositions concrètes que vous avez formulées à travers ce livre pour un enseignement de qualité ?

Les propositions sont très concrètes. Quand vous voulez de la qualité, le noyau le plus faible et le plus important est la classe. Le professeur avec ses élèves, l’instituteur avec ses élèves, le professeur d’université avec ses étudiants, tout se passe à l’intérieur de la classe. Il faut revoir les méthodes d’enseignements. Aujourd’hui, les recherches sont tellement poussées en matière de pédagogie qu’il existe une panoplie de méthodes d’enseignement efficaces et on a réussi à montrer l’efficacité de ces méthodes. Est-ce que nous les utilisons ? Il me semble que non. Si on regarde ce qui se passe aujourd’hui comme résultats, on a l’impression que les gens ne font pas ce qu’ils devraient faire. Il faut revoir les méthodes d’enseignement et s’assurer que les enseignants utilisent les méthodes appropriées au niveau des évaluations, des apprentissages. Une évaluation est très complexe. Vous allez au Canada, les étudiants ont droit à des formules quand ils font l’examen. Au Sénégal, tu n’as pas droit à des formules. Dans les questions qu’on te pose, on doit savoir pourquoi je pose cette question ? Qu’est-ce que je veux vérifier auprès de l’étudiant ? Est-ce qu’aujourd’hui on a besoin de quelqu’un qui apprend par cœur des formules ? Non ! Lorsque vous aurez vos diplômes en entreprises, vous n’avez pas besoin d’apprendre par cœur des formules. Dans les lycées on interdit à l’élève d’utiliser des calculatrices. Or, quand l’élève sort, il utilise des calculatrices. Un professeur, ce n’est pas quelqu’un qui doit être heureux de donner des zéros, surtout mes collègues en mathématiques. Ici au Sénégal, on pense que celui qui donne le plus de zéros est le meilleur professeur. C’est dommage et ce sont des choses qui doivent changer.

Propos recueillis par Aliou Ngamby Ndiaye

(Source : Le Soleil, 3 août 2017)

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