Mali : l’IA ouvre un nouveau front dans la lutte contre la cybercriminalité
vendredi 30 octobre 2026
L’accélération de la transformation numérique en Afrique s’accompagne d’un risque grandissant. L’Union internationale des télécommunications (UIT) estime que les pays doivent accorder une attention particulière à la cybersécurité s’ils veulent profiter des avantages promis par les TIC.
Face à la sophistication croissante des cybermenaces, les autorités maliennes cherchent à renforcer leurs capacités de prévention et de réponse aux attaques informatiques. Bamako explore les possibilités offertes par l’intelligence artificielle (IA), alors que le pays réorganise son dispositif national de cybersécurité.
La quatrième édition des Journées nationales de cybersécurité (JNC) s’est ouverte le mardi 27 et se poursuit jusqu’au vendredi 30 octobre à Bamako, autour du thème « L’intelligence artificielle et le cyberespace : nouveaux défis pour la cybersécurité ». Organisée par l’Autorité malienne de régulation des télécommunications, des technologies de l’information et de la communication et des postes (AMRTP), la rencontre réunit des représentants des institutions publiques, des professionnels du secteur, des chercheurs et des étudiants.
Des cybermenaces de plus en plus difficiles à détecter
Au Mali, les autorités alertent sur l’évolution des méthodes utilisées par les cybercriminels avec l’essor de l’intelligence artificielle. À l’ouverture des Journées nationales de cybersécurité, le président de l’AMRTP, Saïdou Pona Sankaré, a estimé que l’IA générative et les systèmes d’apprentissage automatique redéfinissent le champ de la cybercriminalité. Selon lui, ces technologies permettent d’automatiser les attaques, de les personnaliser et de les déployer à une vitesse inédite.
Cette évolution intervient alors que le pays fait déjà face à différentes formes de criminalité numérique. En 2025, le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité a enregistré 1 338 dossiers, dont 1 130 plaintes et 208 auto-saisines. Les affaires concernent principalement les fraudes en ligne, les usurpations d’identité, les escroqueries liées aux moyens de paiement et les atteintes aux systèmes informatiques. Les statistiques disponibles ne précisent toutefois pas la part des infractions impliquant l’intelligence artificielle.
À l’échelle africaine, le phénomène prend une dimension plus large. Dans son rapport 2026 sur l’évaluation des cybermenaces en Afrique, publié le 3 août, INTERPOL estime que l’intelligence artificielle intervient dans 55 % des cyberinfractions signalées dans les 36 pays membres couverts par son enquête. L’organisation relève son utilisation pour produire des courriels frauduleux plus convaincants, automatiser les campagnes d’hameçonnage et créer de fausses identités numériques.
Les hypertrucages (deepfakes), qui permettent de fabriquer de fausses images et vidéos ou de reproduire artificiellement des voix, constituent une autre menace. Ils peuvent servir à la sextorsion, au harcèlement en ligne et à l’usurpation d’identité. INTERPOL signale aussi que des criminels combinent des données personnelles réelles avec des éléments artificiels pour créer de fausses identités capables de contourner certains dispositifs de vérification biométrique. Ces techniques peuvent être utilisées pour ouvrir des comptes bancaires ou enregistrer des cartes SIM sous de fausses identités.
L’IA, un nouvel outil pour anticiper les cyberattaques
Face à ces menaces, l’intelligence artificielle offre aussi de nouvelles possibilités de défense. Selon Saïdou Pona Sankaré, président de l’AMRTP, elle peut contribuer à détecter les anomalies, analyser les comportements suspects et prévenir les cyberattaques. Les systèmes d’apprentissage automatique peuvent examiner de grandes quantités de données afin d’identifier des activités inhabituelles et de signaler plus rapidement les risques d’intrusion.
De son côté, INTERPOL recommande le recours à l’IA et à l’apprentissage automatique pour détecter les campagnes d’hameçonnage, repérer les anomalies dans les réseaux et faciliter l’analyse des preuves numériques recueillies lors des enquêtes. L’organisation préconise aussi de développer les capacités nationales et régionales d’analyse des données afin de suivre les tendances de la cybercriminalité et de surveiller les menaces en temps réel. Ces outils peuvent aider les équipes de sécurité à repérer plus rapidement les attaques, à orienter les investigations et à accélérer les interventions.
Leur efficacité dépend toutefois des compétences humaines et des moyens techniques disponibles. Dans son rapport 2025, INTERPOL relevait que 86 % des agences interrogées n’avaient pas encore intégré l’IA dans leurs opérations de maintien de l’ordre. L’organisation appelle à renforcer la formation des enquêteurs et des spécialistes de la cybersécurité pour leur permettre de maîtriser ces technologies. L’intervention humaine reste indispensable pour vérifier les alertes, interpréter les résultats produits par les algorithmes et déterminer les mesures à prendre. Le recours à l’IA suppose donc un encadrement adapté, ainsi qu’une expertise suffisante pour en maîtriser les limites et les risques.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofins, 30 octobre 2026)
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