Madagascar : le numérique comme un levier d’employabilité des jeunes
vendredi 30 janvier 2026
La transformation numérique s’accélère en Afrique, affectant le marché de l’emploi. Selon la Banque mondiale, environ 230 millions d’emplois nécessiteront des compétences numériques en Afrique subsaharienne d’ici 2030 pour accompagner cette révolution.
Le gouvernement malgache a lancé, le jeudi 29 janvier, le programme « ASAN’AI », destiné à développer un vivier de ressources humaines qualifiées, capables de répondre aux attentes des entreprises locales et internationales du secteur de la relation client. Ciblant 1 300 personnes, l’initiative s’inscrit dans le cadre plus large des efforts des autorités pour faire du numérique un levier d’employabilité des jeunes.
Le parcours « Agents de production » est destiné à former des profils opérationnels pour les métiers de la relation client multicanale, dans des environnements digitaux intégrant les outils CRM et l’IA : agent de relation client multicanal, téléconseiller/télévendeur et agent de centre de contact. Un autre parcours porte sur les cadres intermédiaires, tels que superviseur, manager d’équipe et responsable pilotage.
Selon les autorités, le programme vient pallier le manque de profils qualifiés, immédiatement opérationnels et alignés sur les exigences du marché de la relation client et du Business Process Outsourcing (BPO). Le secteur est pourtant considéré comme l’un des principaux moteurs de l’économie numérique, puisqu’il crée des milliers d’emplois, attire des investissements internationaux et offre de réelles perspectives professionnelles aux jeunes talents.
« Le numérique est pour tous. Il ne se limite pas aux ordinateurs, à Internet ou aux applications, mais représente un atout considérable et une porte ouverte sur l’emploi, les compétences et l’avenir pour les jeunes. Il est temps pour la jeunesse malgache de prendre ses responsabilités et de prouver qu’elle possède la force, le talent et les capacités nécessaires pour relever les défis du monde du travail et s’adapter aux changements induits par la mondialisation », a déclaré le ministère du Développement numérique, des Postes et des Télécommunications dans un communiqué.
Former localement pour répondre aux besoins du marché numérique
Le lancement de ce programme intervient quelques jours après celui d’une nouvelle phase du programme « D‑CLIC », promu par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Celle‑ci vise à former gratuitement 1000 jeunes aux métiers du numérique d’ici fin 2026. Elle débute par la formation de formateurs nationaux, appelés à constituer un réseau capable d’accompagner durablement les bénéficiaires à travers le pays. Les parcours de formation, développés par l’OIF via une plateforme d’apprentissage en ligne, portent notamment sur les compétences numériques recherchées sur le marché du travail, ainsi que sur l’entrepreneuriat digital.
En octobre 2025, le gouvernement lançait la première cohorte du programme Skills4Job, destiné à doter les jeunes de compétences numériques clés pour mieux les préparer au marché du travail. Le programme a débuté avec 51 participants dans la ville portuaire de Toamasina et devrait progressivement s’étendre au reste du pays.
En septembre 2025, Marie Marcelline Rasoloarisoa, alors ministre de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, révélait l’objectif de former 40 000 personnes aux compétences numériques d’ici 2028. En avril 2024, l’exécutif avait annoncé le projet de création d’un Institut national du digital, qui formera 3000 jeunes par an.
Par ailleurs, le réseau mondial d’établissements supérieurs d’autoformation en informatique 42 dispose d’un campus à Antananarivo depuis avril 2024. Soutenue par les autorités locales, l’école propose un cursus de trois ans dans des domaines clés du numérique et de la programmation. En février 2024, le pays avait signé une convention de partenariat avec les Émirats arabes unis pour former un million de jeunes aux nouvelles technologies.
Numérique : un levier d’emploi sous contraintes
Ce focus sur le numérique intervient dans un contexte où plus de quatre Malgaches sur dix âgés de 18 à 35 ans déclaraient être au chômage et en recherche active d’emploi en 2024, selon Afrobarometer. La même source cite le manque de formation ou de préparation adéquate (30 %), le manque d’expérience (27 %) et l’inadéquation entre les qualifications scolaires et les exigences du marché (16 %) parmi les principaux obstacles à l’emploi.
Si le numérique offre un potentiel d’emplois, des interrogations subsistent quant à la qualité des formations, leur adaptation aux besoins du marché, ainsi que la généralisation des opportunités à l’ensemble des jeunes, notamment ceux des zones rurales. Par ailleurs, le travail à distance ou en freelance nécessite des équipements numériques (ordinateurs, tablettes, smartphones), ainsi que l’accès à l’électricité et à Internet. Sur ce dernier point, DataReportal estimait à 20,4 % le taux de pénétration d’Internet dans le pays à fin 2025.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 30 janvier 2026)
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