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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2016 > Juin 2016 > Maby Mansour Ndoye, concepteur de la plateforme « Natt » : L’ingénieur (…)

Maby Mansour Ndoye, concepteur de la plateforme « Natt » : L’ingénieur sécurise l’accès aux financements à tour de rôle

lundi 20 juin 2016

Applications

Le mobile banking est en pleine explosion dans les pays en développement. Au Sénégal, le taux va progresser avec la plateforme « Natt » de l’ingénieur Maby Mansour Ndoye. Son innovation permet à tous les membres possédant un compte dans la plateforme de faire des dépôts grâce à leur téléphone portable et d’accéder aux financements à tour de rôle.

Au Bangladesh, le père du microcrédit, Muhammad Yunus, par ailleurs Prix Nobel de la Paix en 2006, a permis à des millions de pauvres de sortir des bas-fonds de la misère. Au Sénégal, Maby Mansour Ndoye, né à Rufisque il y a 30 ans, rêve d’offrir un avenir radieux à des milliers de Sénégalais. Cet ingénieur en télécommunication, diplômé de l’Université de l’Atlantique, croit fermement que son application « Natt » est la parade aux problèmes d’accès aux financements des couches vulnérables. L’application est inspirée par le versement des cotisations d’un groupe, d’une association, jusqu’à ce que tous les membres reçoivent leur versement à leur tour.

A la différence du système informel avec tous ses problèmes, ce jeune sénégalais, qui a des compétences en sécurité informatique, en téléphonie sur Ip et en configuration du Système Linux, a apporté une touche numérique à ce modèle d’accès aux financements bien connu au Sénégal. « Nous voulons donner une solution africaine en utilisant les Tic à l’épargne et à l’accès aux financements. Nous sommes partis des besoins des Sénégalais pour mettre au point cette application », brosse le développeur.

L’incitation à l’épargne

L’Afrique, prêche-t-il, doit tracer son chemin du développement en mettant l’accent sur les technologies à portée de main, des innovations répondant aux besoins de ses populations. Ce pari n’est pas un idéal pour Maby Mansour Ndoye. « C’est bien de copier ce qui se fait de mieux ailleurs. Mais cela ne correspond pas souvent à nos besoins et réalités », constate l’innovateur. Son application « Natt » obéit à cette catégorie de solutions locales à un problème local. En réalité, l’application permet à chaque membre de réaliser une épargne, soit par jour, soit par semaine, soit par mois, ou encore selon une périodicité de son choix. Le système répartit les clients par catégorie A, B, C et D. « Le « Natt » proprement dit repose sur un financement mutuel à tour de rôle entre les adhérents. Dans notre modèle, nous avons 4 clients : A, B, C et D. chacun donne une cotisation mensuelle. Au premier mois, c’est le membre A qui reçoit les cotisations des membres B, C et D. Au deuxième mois, c’est C qui encaisse les cotisations de A, B et D, ainsi de suite », explique Maby Mansour Ndoye. La modicité de la contribution est relative.

L’intérêt, c’est qu’elle incite les membres à cultiver l’épargne dans des zones où le pouvoir d’achat des Sénégalais est très faible. Ce montant est fixé dans le but d’amener plus de membres à faire plus d’épargne. « Aujourd’hui, l’application aidera les ménages à disposer de l’épargne. Auparavant, ils consommaient tous leurs revenus. Ce système permet l’accès aux institutions financières pour tous et surtout dans la zone rurale peu couverte par ces structures. Les Sénégalais peuvent donc avoir un compte bancaire partout où ils se trouvent, affirme le directeur adjoint de Sen world services (Sws) qui a participé au Falling Labs Dakar 2016, organisé par la Fondation Friedrich Nauman pour la liberté, en présence de sa directrice, Inge Herbert.

Pas d’endettement

L’adhérent n’a pas besoin de se déplacer pour faire un dépôt. A l’aide de son téléphone, il peut envoyer sa cotisation qui n’est pas thésaurisée. « Nous avons pensé à la sécurisation et à la fiabilité du système. Cet argent circule. Ce n’est pas comme cela se fait avec le modèle des femmes dans des quartiers », assure l’ingénieur. C’est par cette formule que « Natt » compte prévenir les conflits nés des détournements ou des retards de versement des cotisations à un membre. Le concepteur est allé plus loin dans la prévention des problèmes susceptibles de contrarier son rêve de démocratiser l’accès aux financements et de faire bondir le taux d’épargne, y compris dans des zones pauvres. Les banques et les opérateurs télécoms font partie du système. Les institutions financières vont gérer l’argent, alors que les opérateurs de téléphonie assureront les services liés au Tic.

Maby Mansour Ndoye croit qu’il faut des actions globales pour éradiquer la pauvreté. Ce combat, défend-il, doit être porté, avant tout, par chaque personne. De ce fait, les initiatives individuelles vont concourir, de façon globale, à l’atteinte des objectifs d’élimination de la pauvreté. Ce modèle n’enferme pas les pauvres dans un cycle d’endettement. Mais sa viabilité sera tributaire de la taille de ses adhérents. C’est un défi que le concepteur est tenu de relever s’il tient à concrétiser son rêve. Il y a une traçabilité des souscripteurs, y compris pour les Sénégalais de la Diaspora. L’innovation « Natt » a été primée lors du West Africa awards 2016, le 8 juin dernier. Cette rencontre regroupe les géants de la télécommunication et du Tic en Afrique.

Idrissa Sané

(Source : Le Soleil, 20 juin 2016)

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