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Luc MISSIDIMBAZI : « L’UAT doit redevenir un organe moteur au cœur de la diplomatie numérique africaine »

lundi 10 novembre 2025

Portrait/Entretien

Expert reconnu des politiques publiques numériques et fondateur du Salon Osiane, le Congolais Luc MISSIDIMBAZI porte un regard lucide sur l’état actuel de l’Union Africaine des Télécommunications (UAT).

Dans cet entretien accordé à Digital Business Africa, le candidat au poste de Secrétaire général de l’UAT analyse les défis structurels de l’institution et propose une approche pragmatique articulée autour de trois leviers pour lui redonner toute sa place dans l’écosystème numérique africain : une gouvernance rénovée et réellement inclusive, une ouverture affirmée vers le secteur privé et les jeunes entreprises technologiques, et une communication plus proactive pour valoriser les réussites du continent.

Découvrez son analyse et sa vision pour une UAT plus forte et plus influente.

Digital Business Africa : Monsieur Missidimbazi, vous avez officiellement annoncé votre candidature au poste de Secrétaire général de l’UAT lors du Salon OSIANE 2025. Quelle vision portez-vous pour cette institution stratégique dans le paysage numérique africain ?

Luc MISSIDIMBAZI : Ma candidature est avant tout un engagement pour une Afrique numérique souveraine, intégrée et inclusive. L’UAT doit redevenir une institution de référence sur le continent, capable d’accompagner nos États dans la conception, la mise en œuvre et la régulation de politiques publiques adaptées aux réalités africaines.

Ma vision repose sur trois priorités :

– Premièrement, la souveraineté numérique, pour que l’Afrique maîtrise ses infrastructures critiques, ses données et ses technologies ;

– deuxièmement, l’intégration continentale, à travers des cadres réglementaires harmonisés et des réseaux interconnectés ;

– et enfin l’inclusion numérique, afin que chaque citoyen africain, quelle que soit sa condition ou sa localisation, bénéficie pleinement des opportunités offertes par le numérique.

Digital Business Africa : L’UAT est appelée à harmoniser les politiques et à impulser un marché numérique continental. Quelles sont les priorités que vous souhaitez défendre pour accélérer cette intégration ?

Luc MISSIDIMBAZI : Nos États progressent, mais souvent de manière isolée. Il faut donc faire de l’UAT le catalyseur d’une Afrique numérique unifiée. Je défendrai plusieurs priorités comme : l’harmonisation réglementaire pour un véritable marché numérique africain, où les opérateurs et les innovations circulent librement ; le renforcement de la connectivité régionale, à travers le développement des dorsales optiques, des points d’échanges Internet (IXP) et des datacenters régionaux ; la confiance numérique, en soutenant la mise en œuvre de la Convention de Malabo et la protection des données ; Et enfin, le développement des compétences, car notre capital humain est la première richesse de l’Afrique.

L’UAT doit accompagner la mise en œuvre concrète des objectifs du marché unique numérique africain, en synergie avec l’Union Africaine, la CEA, Smart Africa et l’UIT.

Digital Business Africa : Vous avez piloté des projets structurants au Congo, comme le Backbone CEMAC, les parcs technologiques ou le point d’échange Internet. Vous avez aussi collaboré avec l’UIT, notamment sur la question du haut débit pour les pays les moins avancés. Comment comptez-vous capitaliser sur cette expérience pour renforcer l’impact opérationnel de l’UAT ?

Luc MISSIDIMBAZI : Effectivement, au-delà de mon engagement national, j’ai eu l’honneur de travailler aux côtés de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) sur des dossiers stratégiques, notamment la coordination et l’animation des travaux relatifs au développement du haut débit dans les pays les moins avancés.

Cette expérience m’a permis de comprendre les défis structurels de nombreux pays africains – qu’il s’agisse du financement, de la régulation, de la gouvernance des infrastructures ou de la planification numérique.

Au Congo, j’ai piloté des projets structurants tels que : le Backbone CEMAC, pour l’interconnexion régionale ; le Fonds pour l’Accès et le Service Universel (FASUCE), pour réduire la fracture numérique ; et le Point d’Échange Internet du Congo (IXP), pour améliorer la souveraineté du trafic local.

Je compte mettre cette double expérience – nationale et internationale – au service de l’UAT pour renforcer son impact opérationnel, moderniser ses instruments de coopération technique et accroître son rôle de facilitateur entre les États, les opérateurs et les partenaires au développement.

Digital Business Africa : L’UAT souffre d’un manque de visibilité et d’implication des États membres. Quelles réformes ou mécanismes envisagez-vous pour revigorer son fonctionnement et mobiliser davantage les acteurs publics et privés ?

Luc MISSIDIMBAZI : C’est un constat partagé. Pour y remédier, je propose une approche pragmatique fondée sur trois leviers :

  • Une gouvernance rénovée, où chaque État membre est pleinement impliqué dans les décisions stratégiques et le suivi des programmes ;
  • Une ouverture accrue vers le secteur privé et les jeunes entreprises technologiques, afin que l’UAT devienne une plateforme collaborative et non uniquement institutionnelle ;
  • Une communication proactive, avec des événements continentaux, des initiatives de visibilité et des partenariats médias qui valorisent les réussites africaines dans les télécommunications.

L’UAT doit redevenir un organe moteur et attractif, au cœur de la diplomatie numérique africaine.

Digital Business Africa : Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes professionnels du numérique africain qui voient en votre candidature une opportunité de renouvellement et de représentativité ?

Luc MISSIDIMBAZI : Je leur dis simplement : l’avenir de l’Afrique numérique vous appartient. Je suis de cette génération qui croit que le leadership africain doit s’ouvrir, se renouveler et s’appuyer sur le talent de sa jeunesse.

À travers des initiatives comme OSIANE, que j’ai fondé, nous avons voulu offrir une scène d’expression et de valorisation aux jeunes innovateurs africains.

Pour les 10 ans d’OSIANE en 2026, nous ambitionnons d’inviter toute l’Afrique à Brazzaville pour célébrer la créativité et l’unité du numérique africain.

L’UAT, sous ma responsabilité, deviendrait une école d’excellence africaine, un espace d’opportunités pour la jeunesse, l’innovation et la coopération panafricaine.

Propos recueillis par Beaugas-Orain DJOYUM

(Source : Digital Business Africa, 10 novembre 2025)

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