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Libération du secteur du téléphone : La meilleure solution ?

samedi 17 janvier 2004

Privatisation/Libéralisation

La question de la privatisation des télécoms en Afrique et au Sénégal en particulier est un appendice du débat général concernant la mondialisation. À ce propos, notons que le Sénégal a déjà franchi le rubicond en décidant depuis 7 ans la privatisation qui devrait intervenir courant juillet 2004. Remarquons simplement que les coûts de télécommunication au Sénégal sont réputés les moins chers de la sous-région ouest africaine.

Pour ne pas apparaître comme voguant à contre courant, il semble quand même nécessaire de considérer les arguments des pourfendeurs et partisans de la déréglementation générale des services de téléphonie. L’opposition concerne deux notions qu’on voudrait antinomiques à souhait que sont : la notion de service public et celle de la baisse des prix. Notons que ces deux positions sont souvent conciliables.

L’argument de la baisse des prix

Ainsi, on assiste certes à une baisse des prix de certains services mais à quel prix ? L’argument n’est recevable que si l’on considère les habitants d’un pays que comme des consommateurs. Or il se trouve qu’ils sont aussi des travailleurs et surtout des chômeurs. Ce sont toujours là des considérations à courte vue propres aux tenants des thèses libérales. Car ces privatisations et baisses des prix produisent du chômage et des conditions de travail en déclin permanent. Non seulement pour ceux qui se trouvent au sein de ces entreprises au cours de la concurrence mais aussi par la multiplication de la sous-traitance et de la précarité. Cela mérite de poser la question de savoir si ces baisses pourraient intervenir dans une situation d’entreprise publique. Au Sénégal, les prix ont commencé à baisser avant la privatisation, notamment les frais de raccordement, d’abonnement et d’accès au portable. En réalité, les communications longues distances ont baissé au détriment des communications locales (on pouvait auparavant téléphoner dans son voisinage pour une durée illimitée) et même de l’abonnement qui vient encore d’augmenter.

Le rôle de l’Etat

Les Télécommunications constituent un service qu’un Etat doit à ses citoyens (on peut rajouter en toute égalité) au même titre que l’éducation, la santé, le transport en commun et la communication. Dans les pays occidentaux qui ont privatisé les premiers, l’Etat avait joué ce rôle, il y a une vingtaine d’années. On peut rajouter que c’est un service particulièrement sensible pour ce qui de la maîtrise de son espace et la souveraineté nationale et qu’il devient très sensible en cas de conflit. En cela les télécoms plus que beaucoup d’autres services méritent d’être considéré en particulier et si tel est le cas, il semble que l’Etat doit continuer à en garder la maîtrise en dehors du service rendu aux citoyens.

L’objectif d’une entreprise privée, chacun le sait est tout autre. Il s’agit de rétribuer ses actionnaires et de faire des bénéfices et des profits. Ceci peut aller jusqu’à contourner la légalité si nécessaire d’où le recours de plus en plus fréquent dans les affaires de concurrence aux tribunaux. Les entreprises à la recherche du profit sont par exemple prêtes à payer des pénalités parfois, plutôt que de répondre au cahier des charges s’il se trouve, et ça arrive évidemment, que cela soit plus rentable. Et lorsque l’Etat conserve le monopole des télécoms pour en toucher des subsides au détriment du service, il s’agit en quelque sorte d’une dégénérescence de l’Etat car tel n’est pas son objectif dans l’absolu. En effet, seul l’Etat est à même de promouvoir une politique nationale d’aménagement du territoire et de développement des infrastructures. Ainsi, on retrouve le rôle de l’Etat de protecteur de la liberté individuelle, maître et responsable du devenir des citoyens.

La privatisation imposée de l’extérieur ?

Il convient de dire que ce sont les entreprises de télécoms qui souvent fonctionnent le mieux dans nombre de pays africains. Ce n’est pas par hasard que ce soient celles qu’on privatise rapidement et aisément avec pourtant un véritable paradoxe. En effet, seules les entreprises rentables trouvent acquéreurs au détriment des « canards boiteux » difficilement privatisables. Dans quel contexte se font les privatisations en Afrique ? Dans un contexte où les leaders mondiaux des télécoms savent qu’il y aura beaucoup d’argent à prendre en quelques années. Même si, les investissements au départ doivent être lourds, car les réseaux sont inexistants. Par ailleurs, la plupart des premières entreprises privatisées étaient en très bon état et largement bénéficiaire. De plus dans la plupart de ces pays, ces privatisations ne résultent pas d’un choix national mais de conditions mises en avant par le FMI ou la Banque Mondiale pour obtenir des prêts.

Mounirou FALL

(Source : Sud Quotidien 17 janvier 2004)

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