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« Les développeurs africains ne doivent pas produire des apps uniquement pour les Africains »

samedi 4 mai 2013

Innovation/Entreprenariat

Thecla Mbongue, Senior Research Analyst chez Informa Telecoms & Media, membre du jury ATP 2013, livre son avis sur l’innovation africaine dans le secteur des applications.

ATP décerne cette année un prix de l’application innovante. Sur quels critères ces awards seront-ils attribués ?

Thecla Mbongue : Les critères d’attribution de ces Awards comprennent bien sûr l’innovation du service, en rapport à ce qui existait jusqu’à son lancement mais aussi la facilité d’utilisation du service, la disponibilité du service sur toutes sortes de terminaux, le coût du service ou encore l’impact sur l’expérience du consommateur vis-à-vis du mobile ou tout simplement sur sa vie de tous les jours.

Quelles sont les applications mobiles les plus utilisées par les utilisateurs des réseaux mobiles en Afrique ?

Thecla Mbongue : A présent, les applications les plus utilisées sont celles disponibles via SMS ou USSD (système interactif de messagerie) car tous les terminaux supportent ces fonctionnalités. Les plus populaires incluent les interfaces des réseaux sociaux (Facebook, 2Go, Twitter …), de moteurs de recherche (Google SMS), le ringback tones (tonalité d’appel personnalisée), le transfert de fonds (MTN Mobile Money, Orange Money, M-Pesa…). Sur les téléphones plus sophistiqués tels que les smartphones, les utilisateurs sont toujours friands d’applications qui leur permettent de communiquer avec leurs proches (réseaux sociaux, WhatsApp) ou encore des applications qui leur permettent de s’informer sur l’actualité en général et le sport (surtout le football) en particulier. Les tendances varient bien sûr selon les pays, comme par exemple une forte utilisation d’applications liées à la circulation dans les centres urbains en Afrique du Sud ou encore les plateformes dédiées aux films nigérians.

Sur quels axes stratégiques les développeurs devraient-ils s’orienter pour satisfaire les besoins exprimés par les Africains ?

Thecla Mbongue : Le défi des développeurs est tout d’abord d’exercer une activité rentable. L’Afrique est un grand continent et rien qu’au sein de chaque pays les besoins des utilisateurs divergent. Le besoin urgent est de disposer d’applications qui améliorent le quotidien surtout dans les zones rurales. Il s’agit d’applications qui permettent d’accéder à distance aux services administratifs de base. On peut prendre pour exemple la déclaration des naissances par SMS lancée au Sénégal en 2011 en partenariat avec Orange, ou encore ce mois de mars 2013 en Côte d’Ivoire (Môh Ni Bah). Un autre exemple est celui du Cardiopad, tablette conçue par un développeur camerounais et destinée à diagnostiquer et à suivre à distance les maladies cardio-vasculaires. Ces projets sont tout d’abord conçus pour des populations qui ont peu de moyens et auprès desquelles on ne peut espérer récupérer beaucoup d’argent ; de telles situations confrontent les développeurs à des problèmes de financement. Les développeurs africains peuvent se tourner vers des segments plus lucratifs en termes de revenus générés par le téléchargement (divertissement, actualités…). Cependant, pour augmenter leurs opportunités de gains financiers, ils ne devraient pas se cantonner à produire des applications uniquement pour les Africains mais qui pourraient être exportées à travers le monde. Si le plus gros des applications utilisées par les Africains aujourd’hui ont été développées sur d’autre continents, les développeurs africains devraient aussi partir à la conquête du reste du monde.

Entretien paru dans le magazine Réseau Télécom Network No 61.

(Source : Agence Ecofin, 4 mai 2013)

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