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Les banques à l’assaut du « mobile money » en Afrique

jeudi 15 décembre 2016

Fintech

Aujourd’hui, 70 millions d’Africains utilisent le « mobile money », ces services de transfert d’argent par téléphone portable. En 2014, le marché de la banque mobile en Afrique était estimé à plus de 100 milliards de dollars. Ce secteur est devenu tellement incontournable dans la finance africaine que les banques elles-mêmes développent des services de « mobile banking ». Elles espèrent ainsi grignoter le gâteau largement détenu pour le moment par les opérateurs de téléphonie mobile.

Moins de 10% des Africains disposent d’un compte en banque. Le marché sur le continent reste donc immense. Pour atteindre rapidement de nouveaux clients, les banques s’appuient sur le mobile banking. Tag pay, une entreprise française de nouvelles technologies a développé une application mobile pour elles.

« La banque, ce sont des dizaines de services que notre plate-forme offre alors que les opérateurs télécoms se limitent à faire du transfert d’argent, explique Yves Eonnet, son PDG. On va faire du paiement de facture, de salaire, on pourra payer dans les magasins, réaliser des transferts internationaux, distribuer des aides et des subventions. La banque est en train d’évoluer et elle doit être capable d’offrir des fonctions spécifiques métier par métier. C’est ce qu’on apporte avec Tag pay. Le téléphone mobile est une technologie de rupture qui a provoqué une redéfinition complète des processus bancaires. »

La fin des agences bancaires

Trust Merchant Bank (TMB) est la première banque de détail de République démocratique du Congo. Depuis un an, elle utilise la technologie Tag pay. Dans les régions où elle n’a pas de bureau, TMB s’appuie sur des « agents », c’est-à-dire des commerçants qu’elle autorise à réaliser des opérations bancaires en son nom.

TMB a ainsi attiré 200 000 nouveaux clients en faisant l’économie d’ouvrir des agences qui représentent un modèle dépassé, selon Yannick Mbiya, directeur de la banque : « C’est un modèle qui a clairement atteint ses limites en termes de charges d’exploitation. Or, le potentiel de la population à bancariser étant énorme, il était important de pouvoir adresser ce problème avec une solution adéquate tout en maîtrisant nos coûts. C’est ce que nous faisons en nous appuyant sur des opérateurs économiques qui existent et leurs infrastructures. Ce sont des pharmacies, des stations-services, des PME qui répondent à un certain nombre de critères, d’abord en termes de liquidités puisqu’elles doivent être rentables, et en terme de moralité. Ces agents sont soigneusement identifiés par la banque et nous leur délivrons la formation nécessaire. »

Des opérateurs téléphoniques sereins

Cette concurrence inquiète peu les opérateurs téléphoniques. La croissance du mobile banking en Afrique est de 50% par an. Il y a donc de la place pour tout le monde même s’il faut savoir s’adapter, selon Thierry Millet, responsable d’Orange Money. Ce service de transfert d’argent fourni par l’opérateur français est utilisé par 20 millions d’Africains.

« Il y a deux types d’évolutions : la première consiste à élargir les types de paiement. Par exemple, au Cameroun, il est possible de payer l’impôt par mobile money. En Côte d’Ivoire, ce sont les frais d’université. La deuxième évolution consiste à offrir des services au-delà du paiement. Nous avons commencé à le faire sur le transfert international d’argent en Afrique de l’Ouest, ou entre la France et l’Afrique de l’Ouest depuis cette année. On regarde maintenant comment, en partenariat avec des institutions financières, nous pourrions fournir des offres de crédit et d’épargne. »

Aujourd’hui le taux de bancarisation en Afrique est le plus faible au monde.

Gaëlle Laleix

(Source : RFI, 15 décembre 2016)

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