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Les 5 principaux défis dans la lutte contre la cybercriminalité en Afrique

mardi 30 septembre 2025

Cybersécurité/Cybercriminalité

L’Afrique connaît une montée des cyberattaques dans un contexte de forte digitalisation. L’essor de la connectivité et des services numériques comme la banque mobile et le commerce en ligne expose davantage le continent.

Face à la recrudescence de la cybercriminalité en Afrique et à son impact croissant, les différentes parties prenantes multiplient les initiatives pour contrer ce fléau. Toutefois, ces efforts se heurtent à des défis structurels persistants. Dans l’édition 2025 de son rapport « Africa Cyberthreat Assessment Report », l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol) a identifié les cinq principaux obstacles qui freinent la lutte du continent contre la cybercriminalité, qui lui a coûté plus de 3 milliards de dollars entre 2019 et 2025.

Des cadres juridiques et politiques fragmentés

Interpol estime que la cybercriminalité dépasse largement les systèmes juridiques conçus pour la combattre. Ainsi, 65 % des pays déclarent n’avoir procédé à aucune mise à jour de leur législation en matière de cybercriminalité en 2024, et plus de 75 % considèrent que leurs cadres juridiques et leurs capacités de poursuite nécessitent des améliorations.

Elle ajoute que plusieurs instruments internationaux et régionaux proposent des cadres pour renforcer les législations, mais leur adoption reste limitée par les États. La Convention de Budapest sur la cybercriminalité fournit des lignes directrices complètes pour la prévention et la répression des cybercrimes, mais seuls six pays africains l’ont ratifiée. La Convention de Malabo de l’Union africaine se concentre sur la cybersécurité et la protection des données personnelles, mais n’a été ratifiée que par 15 États membres.

Contraintes de capacités et de compétences

La plupart des pays ont du mal à appliquer les lois existantes. L’enquête menée par Interpol auprès des pays africains membres montre que 90 % des répondants jugent leurs capacités de répression ou de poursuite insuffisantes. Les limites identifiées incluent les besoins de formation, le manque de ressources, l’accès limité aux outils spécialisés, les lacunes en compétences techniques, les déficits d’infrastructures et les obstacles opérationnels.

« De plus, rares sont les institutions nationales dotées du personnel et des équipements nécessaires pour répondre en temps réel. Les technologies criminelles basées sur le cloud, les plateformes de messagerie chiffrée et les enquêtes internationales dépassent souvent la portée technique et procédurale des équipes locales », note le rapport.

Menaces émergentes et tactiques en évolution

Les cybercriminels utilisent de nouveaux outils et tactiques, notamment l’IA, les médias synthétiques et la désinformation, qui dépassent les capacités de détection et d’intervention des agences nationales. Dans certains pays, des criminels ont utilisé des vidéos deepfake ou l’imitation vocale pour extorquer leurs victimes, permettant des usurpations crédibles, une manipulation émotionnelle et du chantage, sans compétences techniques avancées.

Interpol ajoute que 86 % des agences interrogées dans le cadre du rapport n’ont pas encore intégré l’IA dans leurs opérations de lutte contre la cybercriminalité. « À mesure que les attaquants exploitent l’IA pour accroître l’ampleur et la sophistication de leurs actions, ce fossé de capacités risque de laisser nombre d’agences nationales en retrait », prévient l’organisation.

Coopération transfrontalière et partage de renseignements limités

La cybercriminalité franchit régulièrement les frontières, mais la coopération internationale reste difficile. Selon l’enquête, 86 % des agences estiment que leur capacité de coopération transfrontalière doit être améliorée, et 44 % jugent que des améliorations majeures sont nécessaires.

Les obstacles majeurs incluent la lenteur des procédures judiciaires comme l’entraide ou l’extradition, les divergences juridiques, l’absence de réseaux opérationnels solides et de mécanismes de confiance, ainsi que la difficulté d’accéder aux données et plateformes hébergées à l’étranger.

Obstacles aux partenariats public-privé et à la responsabilité des plateformes

Les enquêtes sur la cybercriminalité nécessitent une coopération étroite avec les plateformes technologiques, les opérateurs télécoms et les institutions financières, selon Interpol. Pourtant, l’organisation indique que les agences peinent à établir ces relations. Des canaux de communication flous, des délais de réponse trop longs et l’absence d’accords formels limitent l’efficacité des demandes.

De nombreuses agences manquent également de moyens techniques et juridiques pour formuler correctement leurs requêtes. Les télécoms et les prestataires fintech restent trop peu impliqués, malgré leur rôle clé dans des fraudes comme le SIM swap ou l’abus des services de mobile money. Ce déficit fragilise les stratégies nationales, et 89 % des pays africains considèrent que leur coopération avec le secteur privé doit être renforcée.

Isaac K. Kassouwi

(Source : Agence Ecofin, 30 septembre 2025)

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