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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2013 > Juin 2013 > Le web, une toile de métiers à portée des jeunes Africains

Le web, une toile de métiers à portée des jeunes Africains

dimanche 2 juin 2013

Economie numérique

Community manager, développeur web, dessinateur web, gestionnaire des médias sociaux, chargé de communication web, expert en sécurité informatique, etc. Internet offre une large gamme d’emplois à explorer par la jeunesse africaine.

L’Afrique peut largement bénéficier des opportunités qu’offrent les nouveaux métiers de l’internet. Thierry Bela est un jeune Camerounais qui s’est spécialisé dans la conception des sites web. Développeur web, il gagne bien sa vie à travers ce métier. Il a longtemps travaillé dans une entreprise spécialisée dans la conception des sites web avant de claquer la porte. Aujourd’hui, il officie comme consultant, travaillant pour les commandes ponctuelles qu’il peut recevoir des entreprises. Ce qui fait qu’il ne manque pas toujours de sollicitations. Sur son blog, il cite comme exemple de ses réalisations www.ecransnoirs.com, www.mutzigstar.com ou encore www.mboablog.com. De nombreux Africains gagnent ainsi leur vie à travers le développement web. Les entreprises spécialisées dans la construction de sites web inondent. Certaines se spécialisent déjà dans le développement mobile et le développement sécurisé. Actuellement, les coûts de construction de ces sites ont baissé. Les prix ne sont plus comme par le passé, mais les entreprises ou les particuliers tirent toujours leur épingle du jeu. Le développement des applications pour le mobile ou pour le web prend également une proportion très importante en Afrique.

Community manager

En général, la gamme de nouveaux métiers qu’offre le web aux jeunes Africains est extrêmement large. Pour de nombreux spécialistes, le community management apparaît comme l’un des métiers les plus en vogue, et un métier d’avenir. Encore appelé animateur des communautés web, le community manager est chargé de développer et de gérer la présence d’une entreprise, d’une organisation, d’une marque ou d’une personnalité sur Internet, principalement sur les réseaux sociaux. Il s’avère aujourd’hui important d’être à l’écoute des jeunes qui visitent les pages des entreprises ou des personnalités présentes sur les réseaux sociaux. « Sur dix surfeurs dans un cyber à Yaoundé, pratiquement huit ont une page Facebook ou une page Twitter ouverte. Ce sont les médias par excellence des jeunes. Et qui dit jeunes dit forcément clients pour une entreprise. Cela fait en sorte que le community management sera un métier prisé par les entreprises et les jeunes », explique Daniel Kameni, DG de MK Media Corp, une entreprise spécialisée dans le community management au Cameroun.

Daniel Kameni explique qu’actuellement, de nombreuses entreprises, notamment celles qui ont une vocation régionale ou internationale, ont de plus en plus besoin de gérer leur communauté sur le web. Ce qui n’est pas toujours le cas pour les entreprises nationales. « C’est un métier naissant. Il y a un travail important de notre équipe pour expliquer aux entreprises l’intérêt de se mettre sur le web. Nous leur expliquons quels avantages elles auront par rapport à leurs concurrents et par rapport au positionnement de leur site web. On a de plus en plus d’entreprises qui, même si elles ne sont pas intéressées, veulent savoir ce que fait le community manager et quels sont les bénéfices qu’elles pourront en tirer dans les années à venir. Dans le cas de mon entreprise, nous avons 18 entreprises qui ont externalisé auprès de nous la gestion de leur community management », affirme Daniel Kameni. Pour lui, les jeunes ont tout à gagner à se spécialiser dans le community management, car c’est un métier d’avenir.

Consultant en référencement naturel

A côté du community management, il y a également le référencement naturel. Un domaine où les expertises ne courent pas les rues et dans lequel les jeunes Africains pourraient se lancer. L’expert ou le consultant en référencement naturel est chargé d’améliorer la visibilité et l’audience d’un site Internet, de le positionner dans les meilleurs résultats des moteurs de recherche (Google, Yahoo, Bing, etc.) lors des requêtes. Franck Nlemba en est un. Après sa formation en webmarketing en France et une autoformation par l’apprentissage et la pratique, ce jeune Camerounais a été recruté par Baobab, une entreprise française spécialisée dans le domaine. D’après lui, il y a de nombreuses opportunités d’emplois dans ce domaine en Afrique, car l’on y observe encore de nombreuses lacunes. « Il y a encore un déficit d’expériences et d’expertises dans le domaine du référencement naturel au Cameroun et en Afrique en général. Si par exemple, sur une requête comme “tourisme” au Cameroun, Google ne trouve pas de sites camerounais sur le tourisme, Google va aller chercher les sites étrangers qui parlent de tourisme au Cameroun. Ce qui est dommage. Sur une échelle de 100, je dirais que nous sommes à 20 au Cameroun en matière de référencement et d’optimisation de notre contenu », estime-t-il. Pourtant, les opportunités existent. « Récemment encore, je discutais avec un cadre d’une compagnie de téléphonie mobile au Cameroun qui me disait qu’il était frustré de voir les autres concurrents devant lui dans les résultats de recherche. Voilà, ce sont des opportunités. Il faut être à l’écoute des besoins des entreprises », conseille-t-il aux jeunes.

Expert en sécurité informatique

Autre métier important dans les entreprises, l’expert en sécurité informatique. Aucune entreprise ne souhaiterait voir son site web indisponible ou classé dangereux par un moteur de recherche. Même pour quelques heures. La mission principale de l’expert en sécurité informatique consiste donc à assurer la protection des données d’un site web. Pour cela, il doit être capable de mettre en échec toutes les tentatives d’intrusion des pirates informatiques (hackers) dans la base de données d’un site web. C’est encore lui qui doit procurer des conseils et proposer des outils adéquats pour sécuriser un site web. « Quand j’observe les profils des chargés de sécurité informatique dans les entreprises internationales ou dans les entreprises nationales présentes au Cameroun, 80% sont des expatriés qui viennent d’Europe. Aujourd’hui, le facteur sécurité est un argument de vente. Or, les compétences ne sont pas nombreuses. Même en Europe, les compétences et les performances en cybersécurité ne courent pas les rues », explique Valdes Nzalli, jeune Camerounais IT & Security Engineer au cabinet ZyLy S.L. D’après lui, il y a tout à gagner à se spécialiser en sécurité informatique.

Tous ces nouveaux métiers du web, et bien d’autres, peuvent être exercés soit en interne au sein d’une entreprise, soit en externe auprès d’un cabinet spécialisé que de jeunes Africains peuvent constituer. Patrick Ndjientcheu, cofondateur de djoss.tv et développeur web, conseille de s’inscrire dans une logique entrepreneuriale. « Etre employé dans une entreprise assure des revenus mensuels et on est dans un canevas plus ou moins défini. On sait ce qu’il faut faire pour continuer à percevoir son salaire. La dimension d’incertitude est beaucoup plus lorsqu’on est entrepreneur. Je pense qu’aucune expérience d’employé ne peut valoir celle d’un entrepreneur qui a réussi », observe-t-il, tout en indiquant que cela demande beaucoup de sacrifices. En général, pour réussir, conseille-t-il, il faut « clairement identifier votre cible et ne surtout pas chercher à intéresser tout le monde dès le départ ».

Formation

A présent vient la lancinante question de la formation. Certes, une formation académique est nécessaire. Mais très peu d’instituts, de collèges et d’universités en Afrique offrent des formations dans ces différents nouveaux métiers du web. Quand bien même ces formations existent, il n’y a pas toujours assez de financement pour les entreprendre. Alors, la formation sur le tas ou l’autoformation s’impose. « Pour les nouveaux métiers du web, je pense qu’une formation découlant sur l’obtention d’un diplôme n’est pas forcément nécessaire. Le plus important, c’est qu’à la fin de sa formation, on soit compétent. Mais aussi et surtout qu’on ait la volonté d’en apprendre un peu plus chaque jour. Quand je lis Florian Ngimbis [bloggeur camerounais, ndlr], je ne me pose pas la question de savoir s’il a un diplôme en « bloging », je constate juste que c’est un blogueur très doué ! Le web a révolutionné la formation sur le tas en mettant à disposition de tous des informations sur presque tout. A nous de nous organiser pour en profiter ! » propose Patrick Ndjientcheu.

Même son de cloche du côté de Daniel Kameni : « Il n’existe pas encore véritablement de formations qui délivrent un diplôme en community management au Cameroun, il faudrait donc passer par la formation sur le tas. Cela inclut la lecture de livres sur le sujet. D’excellents auteurs ont partagé leurs expériences sur le web ou dans des livres qu’on peut acheter. Vous pouvez suivre des formations à distance sur le web, ou encore lire des articles. Il faudrait également beaucoup pratiquer, parce que faire du community management, c’est savoir être proche des internautes, savoir créer le besoin et savoir susciter de l’intérêt », ajoute-t-il. Valdes Nzalli, lui, estime que ce qu’il a appris dans un institut de formation dans le domaine de la sécurité informatique à Douala n’était que les bases, les formations n’étant pas très poussées. « C’est sur le terrain et grâce à l’autoformation que j’ai appris les meilleurs rudiments de la sécurité », confie-t-il.

Même si l’on ne peut pas toujours réussir à exercer tous les nouveaux métiers du web par l’autoformation, on peut dire avec Jacques Bonjawo qu’ « Internet est une chance pour l’Afrique ».

Beaugas-Orain Djoyum, rédacteur en chef de Réseau Télécom Network

(Source : Agence Ecofin, 2 juin 2013)

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