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Le téléphone : une banque dans toutes les poches africaines ?

samedi 16 février 2008

Fintech

Etant privés d’accès au réseau bancaire normal, de nombreux africains, même pauvres, profitent de l’expansion de la téléphonie mobile sur le continent. Mary Kimani examine pour Afrique Renouveau la manière dont les établissements financiers élargissent leurs services grâce au téléphone cellulaire devenu d’usage commun dans les régions rurales.

Ann Wanjiku se dirige vers un kiosque vert et blanc décoré d’une enseigne “M-Pesa agent”, y elle montre sa carte d’identité et son téléphone cellulaire qui affiche un numéro d’identification personnel fourni par un client. Utilisant ce numéro, une minute suffit à l’agent pour vérifier qu’un client a viré le paiement de 1000 sculptures de style traditionnel sur le compte de téléphonie mobile de Mme Wanjiku qui peut retirer ce montant en liquide.

Comme 90 % de ses compatriotes, Mme Wanjiku n’a pas de compte en banque ordinaire. En Afrique, selon la Banque mondiale, seulement 20 % des ménages en ont. Ce pourcentage tombe à 15 % au Libéria et à 5 % en Tanzanie.

La prolifération de la téléphonie mobile donne de nouveaux moyens d’offrir des services bancaires aux africains. Des compagnies comme M-Pesa peuvent utiliser n’importe quel téléphone ou n’importe quelle carte téléphonique pour fournir des services à prix abordables dans toutes les zones couvertes par un signal de téléphonie mobile.

Les innovations de ce genre dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC) a été une question centrale au sommet “Connecter l’Afrique” tenu à Kigali (Rwanda) au mois d’octobre. Plus de 1000 représentants du secteur privé, de gouvernements et de bailleurs fonds ont débattu de la façon dont ces technologies peuvent contribuer à apporter des solutions aux problèmes de développement de l’Afrique.

L’argent sous le matelas

Brian Richardson, Directeur général de Wizzit South Africa, une compagnie de services bancaires par cellulaire, note qu’étendre les services aux zones rurales passait auparavant par l’ouverture de succursales et qu’ainsi “offrir des services bancaires à un marché de masse devient incroyablement coûteux.”

Les services les plus courants ne sont donc souvent tout simplement pas disponibles. L’Ethiopie a seulement une agence bancaire pour 100 000 personnes pour 96 en Espagne. De plus, du fait de soldes minimum relativement élevés, ces services sont trop coûteux pour la majorité des Africains.

Même en Afrique du Sud, avec un réseau bancaire plus développé, la population garderait environ 12 milliards de rands (1,8 milliard de dollars) “sous les matelas” souligne M. Richardson. “Introduire ne serait-ce qu’une petite partie de cette somme dans le système bancaire normal, les effets sur l’économie seraient énormes.”

Depuis 2004, Wizzit a recruté 50 000 clients sud-africains et espère en conquérir 16 millions dans un pays où 60 % de la population n’a pas de compte en banque. Les détenteurs de comptes Wizzit peuvent utiliser n’importe quel téléphone cellulaire, même les vieux modèles bon marché, courants dans les communautés les moins prospères. Les clients peuvent déposer de l’argent sur leur compte dans n’importe quelle poste ou une agence de deux grands réseaux bancaires. Les salaires peuvent être payés par virement électronique sur un compte Wizzit. Les clients reçoivent une carte de débit Maestro accepté par les distributeurs automatiques et les commerçants. Il n’y a pas d’exigence de solde minimum ou de frais bancaires annuels et les utilisateurs payent l’équivalent de 0,15 à 0,78 dollars par transaction.

Juste appuyer sur quelques touches

Des équivalents de Wizzit sont apparus ailleurs en Afrique. Environ un million de Kényans utilisent M-Pesa, une opération conjointe de la compagnie Vodafone/Safaricom, de la Commercial Bank of Africa et de Faulu Kenya, une organisation de microfinance. Les clients de M-Pesa déposent leur argent auprès d’un agent agréé ou d’un vendeur de téléphones cellulaires. L’agent crédite alors le compte. Les utilisateurs ont la possibilité de virer entre 100 et 35 000 shillings kényans (de 1,5 à 530 dollars) par message textuel au bénéficiaire de leur choix même s’il est sur un autre réseau. Celui-ci peut obtenir l’argent en liquide auprès d’un agent de Safaricom en utilisant un code secret et en produisant une pièce d’identité.

Des services similaires existent maintenant en République démocratique du Congo et en Zambie. En Zambie, Celpay, lié à la First National Bank of South Africa, permet aux entreprises de régler certains services et de recevoir des paiements grâce à leur compte de téléphonie mobile. Celpay traite actuellement jusqu’à 10 millions de dollars de paiements par mois.

En Afrique du Sud, cette banque travaille aussi en partenariat avec la compagnie Mobile Telephone Networks (MTN) qui offre des services aux Sud-Africains ayant déjà un compte en banque mais désirant recevoir et envoyer de l’argent en utilisant leur cellulaire.

Ces deux compagnies permettent à 500 000 Sud-Africains dépourvus de compte en banque d’envoyer de l’argent à des membres de leur famille ou d’en recevoir, de régler l’achat de produits et de services, de vérifier le solde de leurs comptes et de régler leurs factures d’électricité, d’eau et de gaz. Jusqu’à l’arrivée de ces services, les Sud-Africains versaient à des coursiers l’équivalent de 30 à 50 dollars pour livrer de l’argent liquide à leur famille. Aujourd’hui, grâce à la téléphonie mobile, ces transactions ne leur coûtent plus que 0,50 dollar.

C’est dans les zones rurales que l’impact est le plus grand, explique Beyers Coetzee de Wizzit. “Quatre-vingts pour cent des fermiers n’ont pas de compte en banque.” De plus, un compte Wizzit, à la différence d’un compte bancaire traditionnel, n’est pas clos si le client ne l’utilise pas régulièrement, ce qui est “très utile pour les travailleurs saisonniers” en particulier.

Rob Conway, directeur de l’association Global System for Mobile Communications, explique que ces innovations ont “changé la vie de millions d’Africains, eu un effet de catalyseur sur le développement économique et renforcé les liens sociaux”.

Lauri Kivinen, Directeur des affaires générales pour le réseau Nokia Siemens, pense aussi que ce développement est important : “Cela représente un changement substantiel et sans précédent pour les gens ordinaires”, a-t-il déclaré à Afrique Renouveau. Grâce aux services bancaires par téléphonie mobile, les gens peuvent “élargir leurs relations sociales et leurs relations d’affaires, accroître leur productivité et faire tant d’autres choses, tout cela en appuyant simplement sur quelques touches d’un téléphone cellulaire”.

Mary Kimani,
Afrique Renouveau,
Organisation des Nations Unies

(Source : Afrik com, 16 février 2008)

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