Le Sénégal veut convertir 720 millions $ d’importations informatiques en production locale
jeudi 8 octobre 2026
Le développement du numérique africain repose encore largement sur l’achat de technologies conçues et produites hors du continent. Dakar cherche à déplacer une partie de cette valeur vers l’économie locale.
Le Sénégal cherche à retenir une plus grande part de la valeur générée par son marché numérique. Le pays importe chaque année environ 419 milliards FCFA (environ 720 millions USD) de matériel informatique, selon le ministère des Télécommunications et du Numérique. Pour réduire cette dépendance, Dakar vient de conclure un partenariat de près de 88 milliards FCFA destiné à développer une capacité locale d’assemblage et de production d’équipements numériques.
L’accord signé le mardi 6 octobre par le ministre des Télécommunications et du Numérique, Samba Diouf, avec le Conseil mondial des investissements et des affaires pour l’Afrique (CMIA) et Blue Cloud Softech Solutions, prévoit notamment l’assemblage, le contrôle qualité, la fourniture d’accessoires, la certification et la propriété intellectuelle. Le dispositif doit également mobiliser quelque 200 start-up sénégalaises.
Transformer un marché d’importation en chaîne de valeur
Le projet doit démarrer à Diamniadio, où un complexe d’assemblage est annoncé pour décembre 2026. Les premières productions concerneront les ordinateurs, smartphones et tablettes, avec un volet consacré au transfert de technologies et à la formation.
Cette orientation intervient alors que Dakar cherche à développer une industrie numérique capable de répondre à une demande locale déjà importante. En avril 2026, le ministère avait annoncé que le programme Sénégal Digital Factory pourrait générer 150 000 à 200 000 emplois directs et indirects sur cinq ans, pour un investissement global estimé à 100 milliards FCFA. L’objectif affiché était alors de faire évoluer le Sénégal d’un modèle de consommation technologique vers une dynamique de production locale.
Le besoin ne porte toutefois pas uniquement sur la production. Une publication consacrée à l’unité d’assemblage de SunuCorp, visitée par le ministère début octobre, indique que 54 % de la population sénégalaise reste privée d’équipements informatiques et mobiles en raison notamment de leur coût d’acquisition. La production locale est ainsi également présentée comme un moyen de réduire le prix du matériel et de faciliter l’accès aux équipements.
Le Sénégal dispose déjà d’une première expérience dans ce domaine. À Keur Ndiaye Lo, SunuCorp assemble notamment des ordinateurs portables, des unités tout-en-un, des écrans interactifs et des totems à partir de pièces importées. Son site pilote affiche une capacité estimée à 7 500 ordinateurs par an et l’entreprise prévoit également des formations destinées aux étudiants des écoles d’ingénieurs et des lycées techniques.
Cette expérience donne un premier aperçu de la chaîne que Dakar cherche désormais à structurer à une échelle plus large. L’initiative « Sénégal Digital Factory : de l’idée au produit », lancée en avril avec l’UniPod de Diamniadio, vise justement à rapprocher innovation, prototypage, entrepreneuriat et production. Le programme est présenté comme un dispositif destiné à faire émerger des solutions technologiques et à accompagner leur passage vers le marché.
L’accord conclu avec le CMIA et Blue Cloud Softech Solutions ajoute à cette architecture une dimension industrielle et financière. Le CMIA entend notamment mettre son réseau au service de la mobilisation de capitaux privés, tandis que Blue Cloud Softech Solutions apporte son expertise technologique.
Samira Njoya
(Source : WeAreTechAfrica, 8 octobre 2026)
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