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Accueil > Batik > Archives des éditoriaux > Année 2014 > Le Sénégal à l’heure de la criminalité 2.0

Le Sénégal à l’heure de la criminalité 2.0

samedi 31 mai 2014

Editorial

Afin de mesurer le niveau de développement de la Société de l’information dans les différents pays du monde, les experts s’appuient généralement sur une batterie d’indicateurs permettant de donner une photographie la plus précise possible du niveau de pénétration des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans un pays. Bande passante disponible, nombre d’abonnés à la téléphonie mobile, taux de pénétration d’Internet, nombre d’utilisateurs des réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Google+, etc.), importance du commerce électronique, disponibilité du très haut débit, couverture de la 4G, etc. Cela étant, de même que certains pays comme l’Autriche, l’Estonie, la Finlande, la Norvège, la Slovénie, la Suède, l’Italie, la Grande-Bretagne et l’Espagne intègrent désormais les revenus de la prostitution et/ou du trafic de drogue dans les calculs de l’activité économique, à lire la rubrique « Faits divers » des journaux sénégalais ont pourrait légitimement se poser la question de savoir s’il ne faudrait pas ajouter aux indicateurs TIC « classiques », de nouveaux paramètres afin de pouvoir jauger de l’importance prise par la criminalité 2.0. En effet, depuis quelques années, la presse sénégalaise rend compte, avec une fréquence de plus en grande, de crimes et délits de toute nature dont la caractéristique principale est d’avoir été commis à l’aide des TIC ou de s’attaquer aux systèmes informatiques. Pendant longtemps, les activités délictueuses relevant de la cybercriminalité se sont limitées aux célèbres « scam 419 », ces courriers électroniques qui font croire à des naïfs qu’ils ont gagné à des loteries auxquelles ils n’ont pas joué ou encore arrivent à convaincre des gogos que des proches d’anciens responsables politiques, qu’ils ne connaissent ni d’Adam ni d’Eve, ont besoin de leur aide pour récupérer des sommes faramineuses placées dans des banques étrangères en échange d’une alléchante commission. Cependant, le spectre des pratiques criminelles s’est considérablement étendu, puisque comme dans tous les domaines, la seule limite est celle de l’imagination ! Tentatives d’extorsion de fonds basées sur la menace de publier en ligne des photos compromettantes, généralement prises dans l’intimité, vente clandestine de CD à caractère pornographique (Cf. Affaire Goudi Town en 2007), diffusion en ligne ou via le téléphone portable de photos intimes dans le cadre de vengeance personnelle (Cf. Affaire de l’employée d’AMSA en 2009) ou pour nuire à un adversaire politique (Cf. Affaire entre responsable politiques de Dagana en 2010), usurpation d’identité de personnalités du monde politique ou économique pour se livrer à diverses escroqueries, harcèlement sexuel par téléphone et par SMS, piratage de comptes de messagerie électronique (phising) en vue de soutirer de l’argent aux proches de la victime, ces pratiques sont désormais régulièrement rapportées par les journaux. Les particuliers ne sont d’ailleurs pas les seuls à être ciblés par cette criminalité 2.0. Les sociétés, notamment celles qui évoluent dans le domaine du transfert d’argent sont victimes de criminels ingénieux qui profitent des failles de leurs systèmes informatiques, le plus souvent en recourant à des complicités internes, pour procéder à des transactions illégales à leur profit. Les opérateurs de télécommunications doivent également faire face à des crimes et délits qui leurs coûtent des centaines de millions de FCFA, voire des milliards, allant du vol de poteaux à celui de panneaux solaires, en passant par le vol de câbles en cuivre sur leur réseaux de téléphonie fixe. Cela étant, les plus grands dommages qui leurs sont commis proviennent sans contexte du détournement des communications téléphoniques internationales à l’aide de SIM box, ces dispositifs qui permettent de faire passer des appels internationaux pour des communications locales. Récemment, un certain Akim, qui se livrait à cette pratique, a été arrêté avec plus d’une centaine de cartes SIM. Pire, l’ampleur du trafic auquel il se livrait était telle que des journalistes en ligne n’’ont pas hésité à le qualifier de « quatrième opérateur » ! Dès 2008, le Sénégal s’est certes doté d’une nouvelle législation destinée à combattre la cybercriminalité mais cela n’est pas suffisant. Il est indispensable de disposer également, et en nombre suffisant, de policiers, de gendarmes et de juges capables de comprendre les modes opératoires de ces nouveaux criminels pour être en mesure de les combattre efficacement et de pouvoir les faire condamner.

Alex Corenthin
Secrétaire aux relations internationales

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