Le Sénégal déploie sa « machine » de protection
vendredi 21 août 2026
Les députés ont adopté, hier, le projet de loi sur la protection des infrastructures d’information critiques et la sécurité numérique. L’enjeu est de renforcer la protection du pays et de réduire ses vulnérabilités dans un contexte de développement accéléré.
L’Assemblée nationale a examiné et adopté, hier, le projet de loi n° 25/2026 sur la protection des infrastructures d’information critiques et la sécurité numérique. Le nouveau texte donne notamment aux autorités compétentes la possibilité de rendre obligatoire la souscription à une assurance contre les cyberattaques dans certains secteurs ou pour certains acteurs particulièrement exposés, notamment lorsque le risque de dommages importants est élevé. La nouvelle législation introduit également une certaine flexibilité pour les structures concernées quant à leur adhésion à ce dispositif. Au-delà de cette disposition, la loi permet aux autorités d’imposer la souscription à une assurance à certaines catégories d’acteurs jugées particulièrement vulnérables aux cyberattaques.
Des données davantage sécurisées Concernant le stockage des données sur le territoire national, le texte prévoit qu’il soit assuré à la fois par des infrastructures publiques appartenant à l’État et par des prestataires privés agréés. Dans ce schéma, l’Autorité nationale de cybersécurité définira les référentiels permettant d’homologuer les prestataires privés proposant des services de cloud sur le sol sénégalais.
Toutefois, compte tenu de la dépendance technologique du pays, des exceptions sont prévues pour autoriser, à titre exceptionnel, l’hébergement ou le traitement de certaines données à l’étranger. Le texte consacre également le principe général de cybersécurité. Des référentiels et des normes techniques permettront ainsi d’encadrer l’utilisation des nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle.
Pour le ministre en charge des Télécommunications et du Numérique, Samba Diouf, il est important de faire évoluer le cadre législatif en fonction des nouveaux enjeux. À l’en croire, l’ensemble des activités administratives, économiques et sociales, rendues plus performantes grâce à l’usage des technologies de l’information et de la communication, reste exposé aux menaces inhérentes au cyberespace, notamment le terrorisme, l’espionnage, le piratage informatique et les risques liés à la négligence humaine. À cet égard, il a indiqué que le Sénégal s’est déjà doté d’un cadre juridique couvrant notamment la confiance numérique, le contrôle réglementaire de la cryptographie, la protection des informations sensibles de l’État, les communications électroniques, les transactions électroniques et la lutte contre la cybercriminalité.
Vers une économie de la cybersécurité
Cependant, malgré ces avancées, le ministre estime que le cadre juridique existant présente encore certaines limites qu’il convient de combler afin de renforcer le niveau de sécurité numérique du Sénégal et de le hisser aux meilleurs standards internationaux.
C’est précisément pour répondre à ces défis que le projet de loi vise à mettre en place un cadre juridique global consacré à la sécurité des réseaux et des systèmes d’information utilisés pour fournir des services au Sénégal.
Le texte établit des principes fondamentaux de cybersécurité, tout en laissant aux autorités réglementaires le soin de préciser et de compléter ces principes en fonction des exigences et des spécificités liées à leur mise en oeuvre. Poursuivant son propos, Samba Diouf a indiqué que, pour tenir compte des impératifs d’autonomie stratégique et de souveraineté, qui constituent le socle de l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 », et favoriser l’émergence de champions nationaux, le projet de loi prévoit de confier la fourniture de certains services essentiels de cybersécurité à des prestataires agréés. Selon le ministre, cette initiative permettra de structurer et de développer une véritable économie de la cybersécurité autour d’acteurs de confiance, exerçant leurs activités dans un cadre défini par les lois et règlements.
De son côté, le député El Malick Ndiaye a insisté sur la nécessité de renforcer la sécurité des données sur les équipements personnels et professionnels. « Il faut également renforcer la sécurité des téléphones portables et des ordinateurs professionnels. Un téléphone perdu, volé ou compromis peut potentiellement donner accès à des courriers professionnels, des documents administratifs, des contacts ou des informations confidentielles », a-t-il préconisé.
Demba Dieng
(Source : Le Soleil, 21 août 2026)
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