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Le Rwanda renforce sa préparation à l’extinction progressive de la 2G et de la 3G

lundi 30 mars 2026

Téléphonie

L’accélération de la transformation numérique en Afrique s’accompagne de l’émergence de nouveaux modes de consommation numérique, gourmands en bande passante. Les autorités et les opérateurs misent sur les technologies de dernière génération pour répondre à cette demande croissante.

Les autorités rwandaises préparent l’abandon progressif des technologies de téléphonie mobile 2G et 3G. L’initiative vise à accélérer le développement et l’adoption du haut débit au Rwanda, dans la perspective de la transformation numérique actuellement en cours.

Jeudi 26 mars, Paula Ingabire (photo, à droite), ministre des TIC et de l’Innovation, a rencontré des importateurs d’appareils et des acteurs du secteur privé. L’objectif était de discuter des modalités pratiques de cette transition de manière inclusive et de réfléchir aux moyens de faciliter l’accès de tous les Rwandais à des terminaux compatibles avec les technologies 4G et 5G.

Une transition planifiée dans le cadre stratégique national

La migration vers les réseaux 4G et 5G s’inscrit dans le Plan stratégique du secteur des TIC 2024–2029, qui fixe le cadre de la transformation numérique du pays. En novembre 2024, le gouvernement, en partenariat avec l’Allemagne, a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour réaliser une évaluation technique de l’abandon progressif des réseaux 2G et 3G. Cette étude vise principalement à mesurer le niveau de préparation des infrastructures et de l’écosystème technologique.

Elle implique également l’examen des conséquences d’une éventuelle non-transition, telles que l’augmentation des coûts liés au maintien des anciens réseaux, le retrait du soutien des fabricants et les risques en matière de sécurité et de conformité. L’étude analysera l’impact sur la couverture, notamment dans les zones rurales, et la capacité des réseaux 4G et 5G à fournir une connectivité de qualité, inclusive et abordable.

L’évaluation prend aussi en compte les aspects économiques : évolution de l’ARPU, risque de perte de revenus pour les opérateurs, conditions de migration des utilisateurs vers les nouvelles technologies, contraintes liées à l’accès aux terminaux 4G et 5G, effets sur les prix et la concurrence, ainsi que les enjeux de régulation et d’efficacité énergétique.

Les opérateurs télécoms rwandais commencent déjà à se préparer à cette transition. Airtel Rwanda a annoncé en décembre 2024 son intention d’abandonner progressivement la 3G d’ici fin 2025, puis la 2G d’ici 2026, s’alignant sur les tendances mondiales et les ambitions nationales en matière de haut débit. Selon Emmanuel Hamez, alors DG de la filiale rwandaise d’Airtel Africa, cette évolution est non seulement nécessaire, mais inévitable, l’opérateur mettant en place un réseau moderne capable de répondre aux besoins d’une société connectée et numérique.

Une transition inévitable face à la montée du numérique

La demande en connectivité à haut débit croît rapidement, et la 3G est désormais trop lente pour de nombreuses applications, en particulier avec l’augmentation du nombre d’utilisateurs et des besoins en bande passante. Les autorités rwandaises considèrent que cette transition est indispensable pour rester en phase avec les tendances mondiales et l’essor des applications basées sur les données, tout en réduisant progressivement la dépendance aux services vocaux traditionnels.

Le Rwanda entend tirer parti des nouvelles technologies pour réduire la fracture numérique, améliorer la qualité de la connectivité sur tout le territoire et stimuler une économie numérique durable et inclusive. La Stratégie nationale de haut débit souligne que l’accès amélioré au haut débit peut être un véritable moteur de productivité, d’innovation, d’efficacité et de création d’emplois.

En Afrique subsaharienne, de nombreux opérateurs maintiennent encore la 2G pour desservir les utilisateurs sans smartphone, assurer les services vocaux dans les zones mal desservies et fournir les SMS. Toutefois, à l’échelle mondiale, les opérateurs amorcent le retrait progressif de la 3G et des premières générations de 4G afin de libérer du spectre et accompagner le déploiement de la 4G LTE avancée et de la 5G.

Par ailleurs, la Banque mondiale estime que la suppression des anciens réseaux sans fil (2G et 3G) peut rendre les investissements télécoms plus efficaces en Afrique en améliorant la couverture et la qualité des services. Elle explique que le maintien de ces réseaux constitue une utilisation peu efficiente des dépenses en capital, dans la mesure où leur ARPU est inférieur à celui généré par la 4G ou la 5G. L’arrêt des anciens réseaux permettrait également de réaffecter les fréquences à des technologies plus performantes, capables d’offrir de meilleurs débits et une meilleure qualité de service.

Des défis persistants en matière d’inclusion numérique

Malgré les avantages annoncés, la transition vers l’ultra haut débit pose la question de l’inclusion numérique. Selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT), la 2G et la 3G couvraient déjà 98,8 % de la population en 2024, un niveau comparable à celui de la 4G. Si l’écart de couverture reste limité, il pourrait néanmoins concerner certaines zones rurales ou périphériques, où la qualité et la disponibilité des réseaux plus récents demeurent inégales.

Au-delà de la couverture, l’usage constitue un autre défi. D’après les autorités rwandaises, les abonnements au haut débit mobile représentaient 54 % de la population en 2024, signe d’une adoption encore incomplète. L’un des principaux obstacles reste l’accès aux terminaux compatibles. Les smartphones, indispensables pour exploiter pleinement les réseaux 4G et 5G, n’étaient détenus que par 45 % de la population en 2024. À ces contraintes s’ajoutent le coût des offres de données, le niveau de compétences numériques et la pertinence des contenus disponibles.

Par ailleurs, la 2G et la 3G continuent de jouer un rôle dans certains usages professionnels, notamment pour les communications machine à machine (M2M). Elles restent utilisées par des terminaux de paiement électronique, des distributeurs automatiques, des compteurs intelligents ou certains équipements industriels et de transport. Dès lors, se pose la question de la capacité des acteurs concernés à migrer vers des solutions alternatives fiables.

Isaac K. Kassouwi

(Source : Agence Ecofin, 30 mars 2026)

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