Le pragmatisme est interdit au Sénégal : Un Etat qui met dix jours à se relever n’est pas numériquement souverain
jeudi 21 mai 2026
I. DIX JOURS À GENOUX
le 10 mai 2026, des pirates ont pénétré le trésor public. douanes paralysées, paies bloquées, soixante-dix gigaoctets de données sensibles volées. dix jours plus tard, l’état parlait encore de « reprise progressive ». ce n’est pas une panne. c’est une défaillance de souveraineté. quand un criminel étranger ferme les robinets financiers du pays depuis un ordinateur à l’autre bout du monde, qui gouverne vraiment ?
II. TROIS COUPS EN SIX MOIS, ZÉRO LEÇON
octobre 2025 : les impôts attaqués, dix millions d’euros de rançon. février 2026 : le ministère de l’intérieur piraté, « plus grande fuite de l’histoire ». mai 2026 : le trésor. même schéma, même silence, même communiqué rassurant. les experts réclament depuis des années une loi sur la cybersécurité, un cert national, des sauvegardes isolées. rien. on numérise sans verrouiller, on construit sans garde-fous, on s’étonne quand tout s’effondre.
III. LE DÉVELOPPEMENT SE MESURE AU TEMPS DE RÉPARATION
Les Etats-Unis, la France, l’Allemagne subissent aussi des attaques. mais ils détectent en heures, récupèrent en deux jours. chez nous, dix jours sans rapport, sans responsable, sans sanction. ce délai n’est pas technique : il est politique. il traduit l’absence de gouvernance, de budget, de formation, de culture du risque. quand les douanes tombent, ce sont les commerçants qui paient. quand la paie bloque, ce sont les fonctionnaires qui trinquent. la cybersécurité n’est pas un luxe. c’est la condition de toute économie numérique.
IV. RÉVEIL OU DÉCLIN
Le Sénégal est ciblé car il est stable, pétrolier, numérisé, et faible. cinq décisions urgentes : adopter la loi sur la cybersécurité ; créer un CERT national ; imposer des audits avant toute mise en ligne ; former des experts sénégalais ; obliger des sauvegardes air-gapped. ce ne sont pas des coûts. ce sont des investissements dans la souveraineté. car un pays qui met dix jours à se relever ne prétend pas au développement : il prétend. et dans le monde qui vient, celui qui ne maîtrise pas ses données ne maîtrise pas son destin.
Dr Seydou Bocoum
Economiste hétérodoxe
(Source : Groupe WhatsApp du RASA, 21 mai 2026)
OSIRIS