OSIRIS

Observatoire sur les systèmes d’information, les réseaux et les inforoutes au Sénégal

Show navigation Hide navigation
  • OSIRIS
    • Objectifs
    • Partenaires
  • Ressources
    • Société de l’Information
    • Politique nationale
    • Législation et réglementation
    • Etudes et recherches
    • Points de vue
  • Articles de presse
  • Chiffres clés
    • Le Sénégal numérique
    • Principaux tarifs
    • Principaux indicateurs
  • Opportunités
    • Projets

Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Janvier 2026 > Le numérique, nouvel Eldorado fiscal ? Défis et perspectives pour les pays (…)

Le numérique, nouvel Eldorado fiscal ? Défis et perspectives pour les pays africains

mercredi 14 janvier 2026

Fiscalité

Un achat sur une plateforme étrangère, une série en streaming, un influenceur suivi sur les réseaux sociaux : ces gestes quotidiens génèrent des milliards de revenus en Afrique. Problème : l’impôt ne suit pas. Ce paradoxe illustre l’un des défis fiscaux les plus urgents du continent à l’ère numérique. Joëlle TRAORÉ est docteure en droit fiscal de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et spécialisée en fiscalité internationale et africaine, avec une expertise des flux financiers illicites, des réformes fiscales mondiales et de la mobilisation des ressources nationales explique les jeux et enjeux

Le constat est aussi simple que redoutable. Une plateforme internationale peut vendre à des millions d’utilisateurs africains sans posséder la moindre infrastructure locale : ni bureau, ni entrepôt, ni personnel. Elle encaisse des revenus considérables mais échappe à toute imposition territoriale. La raison ? Le droit fiscal repose sur un principe séculaire : on impose une entreprise là où elle est physiquement présente. Dans l’univers numérique, cette logique s’effondre.

Dès 2015, le rapport de l’OCDE sur l’érosion de la base d’imposition (projet BEPS) reconnaissait que « l’économie numérique est en train de devenir l’économie elle-même ». Difficile donc de l’isoler fiscalement. Ce constat n’a pourtant pas empêché l’émergence d’un cadre international fragmenté, souvent inadapté aux réalités africaines et appliqué de manière inégale par les pays développés eux-mêmes.

Des réponses nationales dispersées

Face à cette fuite fiscale, plusieurs pays africains ont pris les devants, chacun avec ses propres outils. Le Nigeria a introduit en janvier 2022 une TVA de 7,5 % sur les services numériques fournis par des prestataires non-résidents réalisant au moins 25 000 dollars de ventes annuelles. Au Kenya, une taxe de 1,5 % sur les services numériques, en vigueur depuis 2021, a été remplacée fin décembre 2024 par une « Significant Economic Presence Tax » de 3 %, ciblant les entreprises sans établissement permanent mais réalisant un volume d’affaires substantiel dans le pays.

Le Sénégal a emboîté le pas en juillet 2024, en instaurant une TVA de 18 % sur les services numériques fournis par des non-résidents. Le Ghana applique une TVA de 15 % à laquelle s’ajoutent plusieurs prélèvements (NHIL, GETFL, COVID-19 HRL), portant le taux effectif à environ 22 %. L’Afrique du Sud, pionnière, étend sa TVA aux services électroniques fournis par des non-résidents depuis 2014. Mais ces initiatives restent nationales, sans coordination ni régionale ni continentale. Résultat : risque de contournement par les opérateurs et de marginalisation dans les négociations internationales. Sans cohérence collective, l’Afrique s’expose à subir des règles définies ailleurs.

Les incohérences du cadre international

L’OCDE a produit une abondante littérature technique sur la fiscalité du numérique, mais le cadre global demeure incohérent. Le Pilier 1 de la réforme fiscale mondiale, censé réattribuer une partie des bénéfices des multinationales aux pays de marché, peine à voir le jour. Plus problématique encore : nombre de pays de l’OCDE eux-mêmes n’appliquent pas ces principes ou maintiennent des régimes fiscaux avantageux pour attirer les géants du numérique. Cette situation interroge la cohérence du cadre international. L’Afrique ne peut rester spectatrice d’un débat dont elle subit les conséquences directes.

Des défis opérationnels considérables

Au-delà des choix politiques, taxer le numérique exige des capacités administratives encore insuffisantes dans de nombreux pays africains. Il faut identifier qui vend quoi, à qui, depuis où et pour quel montant. Cela implique d’obliger des entreprises étrangères à s’enregistrer à distance, à suivre les paiements électroniques, à contrôler les plateformes et à adapter les systèmes de TVA aux transactions dématérialisées.

Les influenceurs illustrent cette complexité. Beaucoup perçoivent des revenus publicitaires importants, souvent versés depuis l’étranger, sans jamais les déclarer. Ajoutons les cryptomonnaies, les paris en ligne et les contenus payants sur des plateformes. Privées : autant de zones grises, de nouveaux outils juridiques et des moyens humains renforcés.

Les marges de manœuvre africaines

L’enjeu n’est pas de freiner l’innovation mais de garantir que l’économie numérique contribue équitablement au financement des services publics.

Plusieurs leviers existent. D’abord, moderniser les législations fiscales : définir des seuils de taxation clairs, simplifier les procédures d’enregistrement à distance et adapter les règles de la TVA. Ensuite, renforcer les capacités techniques des administrations fiscales en matière de contrôle des flux numériques et d’échange d’informations.

Mais le levier central reste la coordination. Au niveau sous-régional, des organisations telles que la CEDEAO, l’UEMOA ou la CEMAC peuvent harmoniser les règles fiscales et éviter une concurrence déloyale entre pays voisins. Au niveau continental, l’Union africaine peut porter une vision politique forte, tandis que l’ATAF joue un rôle technique essentiel pour appuyer les administrations et défendre les positions africaines dans les négociations internationales. Enfin, sensibiliser les citoyens, y compris les jeunes créateurs de contenu, aux enjeux fiscaux liés au numérique. La fiscalité n’est pas qu’une affaire de techniciens : c’est un levier de souveraineté.

Ne pas attendre que les règles soient imposées

La fiscalité du numérique n’est plus une option. C’est un impératif pour l’équité, la souveraineté et les recettes publiques. L’Afrique dispose de marges de manœuvre réelles : définir ses propres priorités, coordonner ses actions et négocier en position de force, à condition de ne pas attendre. Car dans l’économie numérique, l’immobilisme peut se traduire par une perte durable de recettes fiscales. Derrière chaque clic, chaque transaction et chaque écran se joue une part de justice fiscale et de souveraineté économique.

Dr Joëlle Traoré

(Source : Agence Ecofin, 14 janvier 2026)

Fil d'actu

  • Monnaies complémentaires et possibilités en Afrique : description et essai de mise en œuvre dans le domaine de l’agroécologie Burkina NTIC (30 juillet 2026)
  • Charte de membre Africollector Burkina NTIC (25 février 2026)
  • TIC ET AGRICULTURE AU BURKINA FASO Étude sur les pratiques et les usages Burkina NTIC (9 avril 2025)
  • Sortie de promotion DPP 2025 en Afrique de l’Ouest Burkina NTIC (12 mars 2025)
  • Nos étudiant-es DPP cuvée 2024 tous-tes diplomés-es de la Graduate Intitute de Genève Burkina NTIC (12 mars 2025)

Liens intéressants

  • NIC Sénégal
  • ISOC Sénégal
  • Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP)
  • Fonds de Développement du Service Universel des Télécommunications (FDSUT)
  • Commission de protection des données personnelles (CDP)
  • Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA)
  • Sénégal numérique (SENUM SA)

Navigation par mots clés

  • 4507/5424 Régulation des télécoms
  • 349/5424 Télécentres/Cybercentres
  • 3681/5424 Economie numérique
  • 1910/5424 Politique nationale
  • 4955/5424 Fintech
  • 532/5424 Noms de domaine
  • 2008/5424 Produits et services
  • 1588/5424 Faits divers/Contentieux
  • 740/5424 Nouveau site web
  • 5424/5424 Infrastructures
  • 2142/5424 TIC pour l’éducation
  • 188/5424 Recherche
  • 244/5424 Projet
  • 4388/5424 Cybersécurité/Cybercriminalité
  • 1856/5424 Sonatel/Orange
  • 1596/5424 Licences de télécommunications
  • 281/5424 Sudatel/Expresso
  • 1014/5424 Régulation des médias
  • 1333/5424 Applications
  • 1204/5424 Mouvements sociaux
  • 1702/5424 Données personnelles
  • 141/5424 Big Data/Données ouvertes
  • 597/5424 Mouvement consumériste
  • 365/5424 Médias
  • 648/5424 Appels internationaux entrants
  • 1625/5424 Formation
  • 96/5424 Logiciel libre
  • 2278/5424 Politiques africaines
  • 1054/5424 Fiscalité
  • 170/5424 Art et culture
  • 581/5424 Genre
  • 1829/5424 Point de vue
  • 1066/5424 Commerce électronique
  • 1480/5424 Manifestation
  • 323/5424 Presse en ligne
  • 125/5424 Piratage
  • 207/5424 Téléservices
  • 946/5424 Biométrie/Identité numérique
  • 437/5424 Environnement/Santé
  • 551/5424 Législation/Réglementation
  • 356/5424 Gouvernance
  • 1821/5424 Portrait/Entretien
  • 146/5424 Radio
  • 766/5424 TIC pour la santé
  • 280/5424 Propriété intellectuelle
  • 58/5424 Langues/Localisation
  • 1138/5424 Médias/Réseaux sociaux
  • 1996/5424 Téléphonie
  • 190/5424 Désengagement de l’Etat
  • 1031/5424 Internet
  • 114/5424 Collectivités locales
  • 409/5424 Dédouanement électronique
  • 1318/5424 Usages et comportements
  • 1095/5424 Télévision/Radio numérique terrestre
  • 552/5424 Audiovisuel
  • 3307/5424 Transformation digitale
  • 382/5424 Affaire Global Voice
  • 285/5424 Géomatique/Géolocalisation
  • 441/5424 Service universel
  • 665/5424 Sentel/Tigo
  • 174/5424 Vie politique
  • 1843/5424 Distinction/Nomination
  • 35/5424 Handicapés
  • 702/5424 Enseignement à distance
  • 814/5424 Contenus numériques
  • 584/5424 Gestion de l’ARTP
  • 180/5424 Radios communautaires
  • 2055/5424 Qualité de service
  • 519/5424 Privatisation/Libéralisation
  • 133/5424 SMSI
  • 519/5424 Fracture numérique/Solidarité numérique
  • 2775/5424 Innovation/Entreprenariat
  • 1420/5424 Liberté d’expression/Censure de l’Internet
  • 46/5424 Internet des objets
  • 173/5424 Free Sénégal
  • 854/5424 Intelligence artificielle
  • 195/5424 Editorial
  • 10/5424 Gaming/Jeux vidéos
  • 24/5424 Yas

2026 OSIRIS
Plan du site - Archives (Batik)

Suivez-vous