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Le Nigéria part à la conquête du marché africain des jeux vidéo

dimanche 9 mars 2014

Contenus numériques

« Il est minuit et vous avez été réveillé par le bourdonnement agaçant de moustiques. Tuez-les vite pour pouvoir vous rendormir » : cette scène courante du quotidien de nombreux Africains est aussi le scénario d’un jeu vidéo populaire fabriqué au Nigeria.

L’industrie des jeux vidéo, qui représentait déjà plus de 63 milliards de dollars (46 milliards d’euros) dans le monde en 2012, devrait atteindre près de 87 milliards (64 milliards d’euros) en 2017, selon une récente étude publiée par PriceWaterhouseCoopers.

De jeunes entrepreneurs nigérians ont décidé de s’attaquer au gigantesque marché africain, quasi vierge dans ce domaine. La recette du succès, selon eux : s’inspirer au maximum de leur quotidien à Lagos, mégapole africaine de 20 millions d’habitants, pour créer des jeux qui parlent aux Africains.

Hugo Obi est l’inventeur du jeu « Mosquito smasher » (« Tueur de moustiques »), une sorte de version nigériane de « Angry birds ».

Le principe est simple : il s’agit d’écraser le maximum d’insectes - d’autant plus casse-pied qu’ils sont potentiellement vecteurs de malaria - avec son pouce, en étant salué d’un gratifiant « Splat ! »

Après 10 ans passés au Royaume-Uni, où il a dirigé une société de recrutement, ce trentenaire nigérian a décidé de rentrer à Lagos pour lancer Maliyo, une société de jeux vidéo en ligne, en 2012.

Pour partager les coûts de fonctionnement astronomiques, dans un pays où les coupures de courant quotidiennes obligent à investir dans d’importants générateurs électriques, Maliyo, qui emploie cinq personnes, partage un espace de travail avec huit autres entreprises à Yaba, un faubourg de Lagos.

« Cette touche du quotidien »

Aujourd’hui, Maliyo, qui propose 10 jeux gratuits en ligne à environ 20.000 utilisateurs répartis au Nigeria, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, se prépare à lancer des versions pour smartphones de ses jeux les plus populaires.

Le jeu-phare de la start-up est « Okada ride », dans lequel un conducteur d’okada (taxi-moto) doit slalomer entre les vendeurs à la sauvette, les barrages et les policiers dans les embouteillages monstres de Lagos. Chucks Olloh, programmeur informatique de 32 ans dans la capitale économique nigériane, est un grand adepte d’« Okada ride ».

« Ce que j’aime dans les jeux vidéo nigérians, c’est qu’ils ont cette touche du quotidien », confie-t-il à l’AFP. Les concepteurs de jeux doivent s’adapter aux habitudes de consommation du continent.

A l’inverse des consommateurs européens et américains, les Africains achètent très peu de consoles et leur préfèrent les jeux en ligne. Et aujourd’hui, internet pénètre dans les foyers africains avant tout via les smartphones.

Au Nigeria, qui comptait déjà 100 millions d’utilisateurs de téléphones portables en 2012, on estime que 46 millions de personnes utilisaient internet en 2011, un chiffre en constante croissance puisqu’on ne comptait que 11 millions d’utilisateurs en 2008.

Lancée à peu près au même moment que Maliyo, Kuluya (« Action » en langue Igbo) voit déjà les choses en grand : l’entreprise a créé 70 jeux en un an et demi, dont sept pour smartphones, et espère atteindre le million d’utilisateurs sur téléphone portable d’ici fin juin.

Ses adeptes vont bien au-delà des frontières du Nigeria. « Nous avons beaucoup de téléchargements depuis le Ghana, le Kenya, l’Afrique du Sud », explique Lakunle Ogungbamila, qui dirige Kuluya.

« Un de nos jeux a été beaucoup téléchargé en Ethiopie, je ne sais pas trop pourquoi : il s’appelle Ma Hauchi et met en scène un chasseur qui tire sur des vautours. Un jeu très simple », explique-t-il.

Massaïs et zoulous

Le côté innovant des scénarios proposés a même séduit des joueurs en Chine, en Inde, en Thaïlande et à Taïwan, s’étonne-t-il. Aujourd’hui, Kuluya, qui a démarré avec 250.000 dollars, vaut 2 millions de dollars et emploie une dizaine de salariés.

Alignée derrière de grands écrans d’Apple et armée de tablettes géantes, dans un loft d’Anthony, à Lagos, l’équipe créative, 100% nigériane, trouve l’inspiration dans son quotidien... et surfe sur Google pour s’informer sur les autres pays d’Afrique.

Car si on trouve des jeux typiquement nigérians dans le catalogue de Kuluya, on trouve aussi des clins d’oeil à la culture kényane, par exemple, avec le jeu « Massaï » ou celui qui met en scène des « Matatus », les minibus qui circulent dans les rues de Nairobi.

L’Afrique du Sud n’est pas oubliée, avec le jeu « Zulu ». Pour l’instant, Kuluya, qui a fait appel à des investisseurs, gagne un peu d’argent grâce à la publicité.

Maliyo, quant à elle, se finance en créant des jeux pour des entreprises. La prochaine étape, pour Kuluya : instaurer le paiement par SMS en proposant des versions payantes, plus élaborées, de ses jeux à ses utilisateurs.

L’étape est délicate, dans un pays un temps renommé dans le monde entier pour ses fameux « 419 », ces arnaques bancaires sophistiquées via internet.

(Source : Jeune Afrique, 9 mars 2014)

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