Le Nigeria mise sur la production locale pour rendre les smartphones plus accessibles
mercredi 1er juillet 2026
Les difficultés financières d’accès aux smartphones freinent l’adoption du numérique. Plusieurs pays africains s’intéressent de plus en plus à la production locale, entre autres solutions.
Le gouvernement nigérian veut stimuler la production locale de smartphones afin de rendre ces appareils plus accessibles à la population. La mesure intervient alors que le taux de possession de smartphones n’était que de 27 % au Nigeria en 2024, selon la GSMA.
Cette ambition a été réaffirmée la semaine dernière par Idris Ibikunle Olorunnimbe, président du conseil d’administration de la Nigerian Communications Commission (NCC). Dans une publication revenant sur sa participation à la table ronde du Digital Africa Summit, organisée en marge du Mobile World Congress (MWC) Shanghai, il a invité les fabricants internationaux à investir dans l’industrie locale des smartphones.
Selon Olorunnimbe, le Nigeria est « ouvert aux affaires » et prêt à collaborer avec des fabricants sérieux désireux d’implanter des unités de production de smartphones dans le pays. Il a invité les entreprises prêtes à construire une usine de fabrication de smartphones de qualité et à démarrer les travaux d’ici novembre à soumettre une proposition crédible. Il s’est également engagé à défendre personnellement ces projets auprès des plus hautes autorités de l’État afin d’obtenir les incitations, exonérations et autres mesures de soutien nécessaires à leur viabilité.
« Notre ambition est claire : produire au Nigeria des téléphones fabriqués par une main‑d’œuvre nigériane et, de plus en plus, avec des intrants locaux, capables de rivaliser avec les appareils importés en termes de qualité, de durabilité et d’expérience utilisateur, tout en étant plus abordables pour les Nigérians », a‑t‑il déclaré.
La question persistante du coût d’accès
Cette annonce des autorités nigérianes intervient dans un contexte de regain d’intérêt des gouvernements africains pour la production locale d’équipements numériques, en particulier les smartphones. Tous partagent la vision de lever la barrière de l’accessibilité financière, principale entrave à leur adoption et à celle des services numériques en Afrique.
Dans un rapport publié en décembre 2025, la GSMA indique que le prix médian d’un smartphone d’entrée de gamme en Afrique subsaharienne s’élevait à 39 dollars en 2024. Ce niveau représentait 26 % du revenu moyen de la population. Au Nigeria, entre 2018 et 2024, le coût médian d’un smartphone d’entrée de gamme est passé de 84 $ à 39 $, réduisant sa part dans le revenu mensuel moyen à 26 %.
L’organisation estime toutefois que cet effet a été largement annulé par la dévaluation du naira et la hausse du coût de la vie. Pour les 40 % les plus pauvres de la population nigériane, un smartphone d’entrée de gamme représente 56 % de leur revenu mensuel, contre 73 % pour les 20 % les plus pauvres.
Un modèle africain encore difficile à stabiliser
Cette ambition des autorités nigérianes relance le débat sur la viabilité de la production locale de smartphones en Afrique. Dans plusieurs pays du continent, les projets d’assemblage ou de fabrication se heurtent à des coûts de production élevés, ce qui remet en question leur capacité à réduire significativement le prix des appareils pour les consommateurs.
Selon une étude des autorités rwandaises, citée par la ministre des TIC, Paula Ingabire, lors d’une intervention devant le Sénat en juin 2023, le coût de fabrication ou d’assemblage d’un smartphone en Afrique est en moyenne supérieur d’environ 5 % à celui d’un appareil produit en Chine ou à Taïwan puis importé sur le continent. Cet écart s’explique notamment par le coût élevé des matières premières, de la main‑d’œuvre et de plusieurs facteurs de production.
Au Nigeria, la GSMA dresse un constat similaire. L’organisation indique que les précédentes initiatives visant à développer une industrie locale d’assemblage de smartphones peinent à atteindre une taille critique, en dépit de l’importance du marché intérieur. Ces initiatives sont portées par des entreprises comme Afrione, Imose, RLG, Bryte, Solo, Omatek ou encore Zinox.
L’association souligne que ces performances limitées s’expliquent par un environnement manufacturier contraignant, caractérisé par un cadre réglementaire encore perfectible, un approvisionnement en électricité coûteux et peu fiable, une pénurie de compétences techniques, ainsi que des perturbations récurrentes des chaînes d’approvisionnement, notamment pour les équipements et autres intrants importés. Ces facteurs réduisent leur compétitivité face aux fabricants internationaux, comptant pour moins de 1 % de part du marché.
Reste à savoir si ces défis seront surmontés si le Nigeria parvient à convaincre les grands fabricants mondiaux d’y implanter des unités de production. L’expérience égyptienne montre qu’une telle orientation peut produire des résultats concrets. Le pays a réussi à attirer plusieurs acteurs internationaux, notamment Xiaomi, Samsung, Oppo, Vivo, Nokia, Infinix et Honor, en s’appuyant sur des incitations à l’investissement et la structuration progressive d’un écosystème industriel. Le Caire s’attend à 15 millions d’appareils produits localement en 2026, contre 10 millions en 2025.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 1er juillet 2026)
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