Le Nigeria enquête sur les géants de la tech accusés d’exploiter les contenus de presse
mardi 7 juillet 2026
Alors que les médias voient leurs contenus alimenter de plus en plus les plateformes numériques et les modèles d’intelligence artificielle, plusieurs pays cherchent à rééquilibrer le partage de la valeur. Le Nigeria ouvre à son tour ce chantier.
Le Nigeria entend faire la lumière sur les relations entre les plateformes numériques et les médias. Les autorités ont annoncé, le lundi 6 juillet, l’ouverture d’une enquête visant plusieurs géants de la technologie, dont Meta, Alphabet (Google), X ainsi que certaines plateformes d’intelligence artificielle générative. Pilotée par la Commission fédérale de la concurrence et de la protection des consommateurs (FCCPC), cette procédure fait suite à une directive du président Bola Ahmed Tinubu après une plainte déposée par l’Organisation de la presse nigériane (NPO), regroupant les principaux éditeurs, journalistes et diffuseurs du pays.
« Nous reconnaissons l’importance stratégique des médias pour la démocratie nigériane ainsi que le rôle essentiel de la technologie dans l’innovation et la croissance économique. Notre responsabilité est d’établir les faits de manière objective et de veiller à ce que la concurrence dans l’écosystème numérique demeure équitable et transparente », a déclaré Tunji Bello, directeur général de la FCCPC.
Les investigations porteront notamment sur plusieurs griefs exprimés par les organisations de presse. Les autorités examineront d’éventuels abus de position dominante, l’utilisation présumée d’articles et d’autres contenus journalistiques protégés par le droit d’auteur pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle générative, ainsi que les conditions commerciales imposées aux éditeurs nigérians. Les médias estiment que ces plateformes exploitent leurs contenus sans rémunération suffisante, tout en captant une part croissante des revenus publicitaires numériques, fragilisant ainsi leur modèle économique.
Cette initiative s’inscrit dans un mouvement international de régulation des relations entre les plateformes numériques et les producteurs d’information. L’Australie et le Canada ont déjà adopté des dispositifs obligeant certaines plateformes à négocier une rémunération avec les éditeurs de presse pour l’utilisation de leurs contenus. En Afrique du Sud, une enquête de la Commission de la concurrence a conduit Google à accepter le versement d’une compensation annuelle de 688 millions de rands (environ 42 millions de dollars) aux médias d’information pendant une période de trois à cinq ans.
Le Nigeria dispose d’un marché numérique particulièrement stratégique. Selon la Commission nationale des communications, le pays comptait 154,7 millions d’abonnements Internet en avril 2026, faisant de WhatsApp, Facebook, Instagram et X des plateformes incontournables pour l’accès à l’information. Cette nouvelle enquête intervient également après une précédente procédure engagée contre Meta, sanctionnée en 2025 par une amende de 220 millions de dollars pour des violations présumées de la législation nigériane sur la concurrence et la protection des consommateurs, une décision que l’entreprise conteste toujours en appel.
Samira Njoya
(Source : WeAreTechAfrica, 7 juillet 2026)
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