Le New Deal doit répondre aux fondements de la transformation numérique
mercredi 25 mars 2026
L’IDENTITÉ NUMÉRIQUE ENFIN PRIORITAIRE, MAIS SA MISE EN ŒUVRE RESTE À CONCRÉTISER
En 2021, j’ai formé des cadres du Pastef sur une évidence, conforme au cadre de l’identification unique pour l’intégration régionale et l’inclusion (ID4D) promu par la Banque Mondiale : la première chose avant toute application, c’est de sécuriser et de numériser notre identité nationale. Cinq ans plus tard, je constate que le New Deal Technologique a enfin intégré cette séquence comme un pilier. C’est une avancée majeure : l’identité numérique unique est désormais affichée comme le socle de la souveraineté numérique sénégalaise.
Cependant, la prudence reste de mise. La suspension de la production des cartes d’identité en février 2026, suite à une tentative de piratage du fichier national, rappelle une vérité essentielle : la fiabilité et la sécurité du système doivent primer sur l’effet d’annonce. Construire une identité numérique souveraine exige un socle technique infalsifiable, pas une précipitation commerciale.
L’Estonie a mis dix ans à bâtir son système avant de le généraliser. Le Rwanda a fait de même. Nous avons désormais la stratégie ; il nous faut maintenant la patience et la rigueur pour exécuter sans faille. Sans identité numérique souveraine, fiable et sécurisée, il n’y a pas de transformation digitale durable. Le New Deal l’a compris sur le papier ; les prochains mois diront s’il le concrétise sur le terrain.
LE CLOUD ALIBABA : UNE OPPORTUNITÉ À CONDITION DE RESPECTER L’ARCHITECTURE EDGE/CORE
La seconde exigence technique que je soulevais en 2021 reste d’actualité : l’architecture numérique moderne distingue le cœur (core) de la périphérie (edge). Le datacenter souverain de Diamniadio, dans lequel l’État a déjà massivement investi, doit rester le cœur de notre cloud national : il héberge nos données sensibles, nos applications critiques, notre patrimoine national.
Le partenariat avec Alibaba Cloud pour les JOJ Dakar 2026 n’est pas une aberration en soi. Il devient une aberration si, au lieu d’utiliser cette infrastructure comme un edge computing (un relais périphérique pour les services non sensibles, les pics de charge ou les capacités spécifiques), on en fait une infrastructure parallèle qui sous-utilise nos équipements nationaux.
La question n’est donc pas de refuser Alibaba, mais de l’intégrer correctement : Diamniadio comme socle souverain, Alibaba comme complément opérationnel maîtrisé. C’est ainsi qu’on construit une autonomie numérique sans se priver des alliances technologiques. Le New Deal doit garantir cette cohérence architecturale, sous peine de gaspiller l’argent public et de fragiliser notre souveraineté. J’appelle le gouvernement à clarifier cette architecture et à rendre compte de l’utilisation du datacenter national dans ce dispositif.
Dr Seydou Bocoum
formateur des cadres Pastef le 08-09 mai 2021
(Source : Groupe WhatsApp du RASA, 25 mars 2026)
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