Le Maroc se tourne vers l’Inde pour développer une IA adaptée aux langues nationales
mercredi 26 août 2026
Pour que la transformation numérique profite à l’ensemble de la population, les services publics doivent aussi pouvoir s’adapter aux langues utilisées au quotidien. Le Maroc explore ainsi les possibilités offertes par l’intelligence artificielle pour mieux intégrer la darija et l’amazigh.
Le Maroc veut faire des langues un nouvel axe de sa stratégie en matière d’IA. La ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni (photo, à droite), s’est entretenue lundi 24 août à Rabat avec le ministre d’État indien chargé notamment des Technologies de l’information, Jitin Prasada. Les deux parties ont convenu de créer une commission mixte consacrée aux langues et aux technologies numériques, avec en ligne de mire le développement de modèles d’IA adaptés aux réalités linguistiques marocaines.
Cette coopération vise notamment à permettre d’accélérer l’intégration de la darija et de l’amazigh dans les services numériques de l’administration. Les discussions ont porté sur le développement de modèles de langage légers, destinés à être utilisés notamment sur la plateforme Idarati. L’enjeu est de concevoir des outils capables de comprendre et de traiter les langues utilisées quotidiennement par les citoyens, afin de faciliter leurs interactions avec les services publics.
Pour avancer sur ce chantier, le Maroc entend tirer parti de l’expérience de l’Inde, confrontée elle aussi à une forte diversité linguistique. Le pays a notamment développé BHASHINI, une plateforme publique lancée en 2022 et consacrée aux technologies linguistiques et à l’IA multilingue. Selon les autorités indiennes, BHASHINI prend aujourd’hui en charge 36 langues pour le texte et 23 pour la voix, et est utilisée par plus de 800 sites gouvernementaux. Cette expérience illustre la possibilité d’utiliser l’IA pour rendre les services numériques accessibles dans plusieurs langues à grande échelle.
Le rapprochement intervient alors que le Maroc structure progressivement son propre écosystème d’IA. En janvier 2026, le pays a notamment lancé l’Institut Jazari ROOT, appelé à servir de centre de coordination d’un réseau national d’instituts spécialisés dans l’IA. La structure ambitionne de faire le lien entre la recherche, l’innovation technologique et les besoins concrets de l’économie et des services publics, avec une attention portée au développement d’une IA souveraine.
Au‑delà de la question linguistique, les discussions entre Rabat et New Delhi ont également porté sur les infrastructures numériques publiques, l’identité numérique, les paiements électroniques, la gouvernance des données et le développement des compétences. La coopération envisagée prévoit notamment des programmes de formation, des échanges d’experts et des partenariats entre établissements universitaires.
Samira Njoya
(Source : WeAreTechAfrica, 26 août 2026)
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