Le Mali inaugure un data center Tier III et renforce sa souveraineté numérique
lundi 2 février 2026
A mesure que le Mali accélère la numérisation de ses services publics et de son administration, la question de l’hébergement et de la protection des données s’impose comme un enjeu central. La conservation locale des informations figure parmi les objectifs majeurs du nouveau data center.
Les autorités maliennes ont procédé, samedi 31 janvier, à l’inauguration officielle d’un data center de niveau Tier III à Bamako, en marge de la 3ᵉ édition de la Semaine du Numérique du Mali. Présentée comme une infrastructure stratégique, cette installation vise à renforcer la souveraineté numérique du pays en favorisant l’hébergement local des données publiques et sensibles, jusque-là majoritairement stockées à l’étranger.
« Cette réalisation constitue une étape déterminante vers la conservation et la sécurisation des données nationales, gage de souveraineté numérique et d’autonomie technologique », a déclaré le ministre malien de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, Alhamdou Ag Ilyène, lors de la cérémonie.
Selon les informations communiquées par les autorités, le data center est conforme aux standards internationaux les plus exigeants. De niveau Tier III, il garantit une disponibilité des services de 99,982 %, grâce à une redondance complète des équipements critiques, une alimentation électrique sécurisée et une continuité de service assurée même lors des opérations de maintenance. L’infrastructure est conçue pour héberger les plateformes de l’administration électronique, les bases de données stratégiques de l’État, ainsi que, à terme, des services numériques destinés au secteur privé.
Au-delà de l’enjeu technique, cette initiative s’inscrit dans une volonté plus large de réduire la dépendance du Mali à l’égard des infrastructures étrangères et des solutions de cloud extraterritoriales. Les autorités ont indiqué qu’un processus progressif de rapatriement des données actuellement hébergées hors du pays est envisagé, notamment pour les plateformes issues des programmes de dématérialisation des services publics. L’objectif affiché est de renforcer la sécurité des informations, d’améliorer les performances des services numériques et de garantir un meilleur contrôle réglementaire.
Souveraineté numérique au Sahel : une dynamique régionale en marche
L’inauguration de ce data center intervient dans un contexte régional marqué par une accélération des investissements numériques au sein de l’AES (Alliance des États du Sahel). Quelques jours plus tôt, le Burkina Faso a également inauguré des infrastructures numériques de dernière génération, tandis que le Niger a annoncé son intention de se doter prochainement de centres de données de grande capacité. Cette dynamique traduit la volonté commune des États sahéliens de bâtir un socle numérique souverain, fondé sur l’hébergement local des données et la mutualisation des capacités techniques.
Toutefois, à l’instar d’autres pays africains, la souveraineté numérique ne se limite pas aux seules infrastructures. Elle englobe également les applications, les systèmes d’exploitation, les équipements et les fournisseurs de services, des segments encore largement dominés par des acteurs étrangers.
Si le développement de data centers constitue une avancée structurante, les défis liés à la cybersécurité, aux compétences locales et à l’émergence de solutions technologiques nationales demeurent centraux.
À terme, les autorités maliennes estiment que cette infrastructure pourrait contribuer à accélérer l’e-gouvernement, à soutenir l’innovation locale et à renforcer l’attractivité numérique du pays, tout en posant les bases d’une intégration numérique plus poussée au sein de l’espace AES.
Samira Njoya
(Source : Agence Ecofin, 2 février 2026)
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