Le Kenya lance une enquête sur les lunettes connectées de Meta
jeudi 2 avril 2026
L’essor de l’intelligence artificielle (IA) présente des enjeux ambivalents. Les pays cherchent à encadrer l’usage de cette technologie afin notamment de protéger la vie privée des populations.
Les autorités du Kenya ont ouvert une enquête sur les « Ray-Ban Meta smart glasses », développées par Meta, à la suite de préoccupations croissantes liées à la protection des données personnelles. Cette initiative intervient dans un contexte international marqué par des controverses autour de ces dispositifs connectés.
L’existence de cette enquête a été confirmée mardi 31 mars par The Oversight Lab, une organisation basée au Kenya et engagée dans la défense des droits numériques. Selon elle, le Bureau du commissaire à la protection des données a indiqué avoir « déjà ouvert des enquêtes d’office concernant les préoccupations en matière de protection de la vie privée soulevées au sujet des lunettes Ray-Ban Meta et du traitement des données à caractère personnel dans le cadre de l’entraînement de l’IA de Meta », précisant que les conclusions seront communiquées à l’issue des investigations.
Pour plusieurs médias locaux, le régulateur kényan cherche à déterminer si ces lunettes respectent les lois en vigueur, notamment en matière de collecte, de traitement et de stockage des données. Les inquiétudes portent principalement sur leur capacité à enregistrer des images, des vidéos et des conversations de manière discrète, parfois sans le consentement explicite des personnes concernées.
L’enquête fait suite à des révélations issues d’investigations médiatiques, selon lesquelles des contenus enregistrés par ces lunettes auraient été examinés par des sous-traitants chargés d’entraîner les systèmes d’intelligence artificielle. Certains témoignages évoquent la présence de données sensibles, incluant des scènes intimes ou des informations personnelles, ce qui soulève des interrogations sur les mécanismes de contrôle et d’anonymisation.
« On y voit aussi des scènes de sexe filmées avec les lunettes connectées – quelqu’un les porte et a des relations sexuelles », raconte un employé de Sama, une entreprise kényane sous-traitante de Meta, à des journalistes suédois, propos relayés par Le Monde. « On voit des conversations où quelqu’un parle de crimes ou de manifestations. Ce ne sont pas que des salutations, cela peut aussi être des contenus très sensibles », poursuit un autre.
Au-delà du cas spécifique de ces lunettes, les autorités kényanes entendent évaluer les risques plus larges liés à l’essor des objets connectés intégrant l’IA. Ces technologies, qui permettent une captation continue de l’environnement, posent de nouveaux défis en matière de vie privée et de surveillance.
Pour Meta, cette enquête pourrait déboucher sur des exigences accrues en matière de transparence et de conformité sur le marché africain. Elle illustre également une tendance plus globale : les régulateurs, y compris en Afrique, cherchent à mieux encadrer les technologies émergentes.
Adoni Conrad Quenum
(Source : Agence Ecofin, 2 avril 2026)
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