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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2009 > Mai > Le concept d’AfricaPay se met en route

Le concept d’AfricaPay se met en route

mercredi 27 mai 2009

Fintech

Une vaste zone monétique globale pour toute l’Afrique. Utopique ? L’idée fait des émules, mais peine à vaincre certains scepticismes. Papa Mbaye Dieye, directeur du CTMI-UEMOA, répond à nos questions.

Les Afriques : On a entendu parler du concept de AfricaPAY durant la dernière édition de Carte Afrique à Tunis, pouvez-vous nous donner de plus amples détails sur ce terme ?

Papa Mbaye Dieye : AfricaPAY est une forme de globalisation des paiements en Afrique avec la mise en œuvre d’une plateforme unique qui permet d’interfacer tous les centres monétiques existant sur le continent de manière à créer une zone domestique de paiements africaine. C’est un peu à l’image de ce que nous avons fait en Afrique de l’Ouest (fédération de huit pays), mais à une échelle plus grande.

LA : Est-ce un projet réaliste ?

PMD : Bien sûr, ce n’est pas une œuvre facile, ni faisable dans un horizon court, compte tenu du fait qu’il faut d’abord une volonté politique affirmée ; ensuite une étude d’opportunités ; résoudre les questions relatives au cadre légal et institutionnel ; à la monnaie de compensation ; aux règles et protocoles à utiliser pour que tous les systèmes puissent communiquer ensemble.

LA : Comment se présente aujourd’hui la monétique en Afrique de l’Ouest, plus précisément le CTMI-UEMOA en zone UEMOA ?

PMD : Le CTMI-UEMOA est entièrement opérationnel depuis juin 2007 avec la mise en œuvre du volet interbancaire qui assure l’interopérabilité nationale, régionale et internationale (Visa, Mastercard) du CTM – délégataire pour permettre aux institutions qui ne jugent pas opportun d’investir dans la monétique de pouvoir le faire à moindre coût dans des conditions de sécurité conformes aux standards internationaux. Sont également opérationnels l’Autorité de certification régionale (ACR) pour l’émission des cartes régionales, les services de consulting et d’accompagnement aux banques dans le cadre de leur projet de connexion au CTMI-UEMOA, les actions de formation à l’endroit des banques, établissements financiers, postaux et structures de microfinance dans le cadre de la conduite de leur projet monétique, le Centre de traitement commerçant (CTC) depuis le 1er semestre 2008 pour permettre l’utilisation des TPE RTC et IP et l’émission de cartes interbancaires internationales EMV, sans compter le projet d’émission de cartes prépayées régionales (en cours de tests).

LA : Combien comptez-vous de banques en production ?

PMD : A ce jour, trente-deux banques, établissements financiers et postaux sont en production au niveau de la plateforme du CTMI-UEMOA concernant les fonctions retrait, consultation de solde. Ainsi, dans chaque pays, l’interbancarité est effective avec au moins trois à quatre établissements financiers. Nous lançons un signal fort aux populations de l’UEMOA pour leur dire que les cartes GIM-UEMOA pures (régionales) et co-marquées (internationales) sont à leur disposition et qu’elles peuvent les utiliser aussi bien dans toute la région UEMOA qu’à l’extérieur pour effectuer leurs opérations quotidiennes. Notre défi majeur est d’accroître la volumétrie des transactions monétiques traitées par le CTMI-UEMOA et de rentabiliser ainsi notre plateforme.

LA : Comment se comporte la monétique africaine avec la crise internationale que nous vivons ?

PMD : La monétique bancaire en Afrique est souvent liée à l’activité touristique étrangère. Le paiement par cartes étrangères dans le secteur touristique a été pendant longtemps le levier de croissance de la monétique africaine. Il faut que notre monétique soit pensée autrement et qu’elle soit moins dépendante de cette activité. En effet, avec la crise, l’activité touristique s’est quelque peu réduite et impacte naturellement l’activité « acquisition monétique ». C’est ce que nous avons compris depuis longtemps dans le cadre du projet monétique de l’UEMOA en mettant l’accent sur le développement de cartes locales au sens régional du terme, avec le logo GIM-UEMOA. Cela nous permet de créer une interopérabilité monétique domestique entre les huit de l’UEMOA et d’offrir ainsi à nos populations un réseau plus large avec des commissions plus réduites à la charge des utilisateurs ou porteurs pour développer une monétique de masse.

LA : Que vous inspirent les développements récents du paiement par téléphone mobile sur le continent africain ?

PMD : Vous savez, les espèces constituent le premier instrument de paiement au regard de la part de la monnaie fiduciaire dans le volume des paiements, et elles le seront sans aucun doute en Afrique pendant quelque temps, le temps que la carte bancaire puisse jouer pleinement son rôle et emporter davantage l’adhésion de nos populations. La carte bancaire est accessible, simple d’utilisation, acceptable partout, fiable, dotée d’une grande sécurité et capable de répondre aux besoins de la clientèle.

Par ailleurs, il convient de suivre l’évolution technologique et de ne pas perdre de vue que d’autres solutions émergent dans notre continent après avoir connu des déploiements réussis dans d’autres continents, et vous avez raison de parler du paiement par téléphone mobile. En effet, il ne s’agit pas seulement de paiement, mais de tout ce qui tourne autour des opérations électroniques, bancaires et financières.

Avec les opportunités offertes par les applications et services de télécommunications, la technologie mobile permet de mettre en relation plusieurs domaines comme le média, l’électronique, la monétique, les services bancaires et financiers. Aujourd’hui, le mobile est un véritable support de paiement et d’opérations bancaires et financières.

Propos recueillis par Mohamed B. Fall

(Source : Les Afriques, 27 mai 2009)

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